CHAPITRE PREMIER
Considérations générales sur l’art.
Avant de rendre compte du Salon de 1849, il nous semble essentiel de dire notre pensée sur l’art en lui-même et sur son importance morale au milieu de la société , afin de faire connaître les principes qui nous guideront dans l’examen critique que nous ferons des oeuvres exposées au palais des Tuileries.
Mais pour bien définir l’essence et la nature de l’art, pour en approfondir le but et en déterminer les moyens , il est nécessaire de le contempler dans sa pureté primitive , en le dé-
CONSI DÉRATIONS GÉNÉRALES
gageant de celte atmosphère d’erreurs, de faux systèmes, de folles théories , dans laquelle les temps modernes l’ont plongé.
En établissant un parallèle entre l’art antique et l’art moderne, on est étrangement surpris des différences qui naissent de la comparaison. Le caractère dominant de l’art antique est la grandeur, le calme et la majesté. La grâce, répandue à profusion sur les œuvres des artistes grecs, achève la séduction, et notre âme, en présence de ces merveilleuses beautés, est toute saisie d’admiration.
L’art moderne est-il doué de cette puissance ? élève-t-il notre esprit vers les régions éthérées? ses productions sont-elles empreintes de cette imposante simplicité dont le charme est irrésistible et dont l’éloquence est persuasive? Malheureusement non.
Aussi combien serait-il difficile d’assigner à l’art moderne un caractère distinctif? Ses métamorphoses incessantes, ses lois se heurtant, se détruisant entre elles, fatigueraient vainement l’esprit qui tenterait de ramener à l’unité ces