‹ Examen du système commercial connu sous le nom de système protecteurChapitre 20 sur 82 · IA LIBERTÉ 00 COMMERCE · texte numérisé non relu

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grand nombre. Après aVoir exposé que les filateurs français, s'ils remplaçaient leurs anciens métiers par des métier reri* videurs, n'auraieùt plus à payer que la moitié des salaires anglais, sans rien retrancher de ce que reçoit chaque ouvrier individuellement j il se demande pourquoi ce perfectionneraient fr'apas été adopté, et à cette question, il répond en ces termes :

a Si nous ne réalisons pas cette amélioration , ce n'est pas parce que les capitaux manquent à nos filateurs, mais parce que nous gagnons encore de l'argent même avec de mauvaises machines abandonnées depuis longtemps là où la concurrence est plus active, plusslirtiuléé. »

« J'ai déjà dit que nous ne suivons pas suffisamment les progrès réalisés en Angleterre. On a commencé, il y a une dizaine d'au nées, à y remplacer les anciens métiers par des machines qui renvident sans le secours de l'ouvrier. Aujourd'hui, pour certains numéros, il n'en existe plus d'autres, chacun s'est vu obligé, de suivre le progrès. Chez nous, on gagné eucore de l'argent avec des machines fort anciennes...

Certes, il ne manque pas de fabrications où la France soit très-avancée. Je ne pense pas qu'il y ait une nation qui possède plus que nous, je dirais volontiers autant que nous, le génie des arts manufacturiers. Toutes les fois que dans une industrie quelques-uns de ces hommes se sont rencontrés , qui ont ce que Napoléon considérait comtne une des plus sûres conditions du succès, le diable au corps f et qu'en conséquence les obstacles n'arrêtent pas $ ils ont fait des merveilles; ils ont changé, révolutionné les procédés. Maife il est arrivé plus d'une fois que ces esprits chercheurs et novateurs aient manqué, ou plus souvent que les moyens d'action, les capitaux, leur aient fait défaut. Quelquefois aussi, les chefs d'industrie, surtout s'ils étaient peu nombreux i ont par une sorte d'accord renoncé à améliorer leur art et à continuer sans relâche la poursuite du bon marché qtii importe tant au public, ou ils ne s'en sont occupés que mollement. Parmi les aveux curieux que présente l'enquête de

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1834, il en est un fort naît et fort concluant ici, d'un chef d'industrie à qui Ton demandait s'il se tenait au courant du progrès de l'étranger : Pourquoi m'en serais-je inquiété? répondit-il avec une bonhomie charmante, j'étais protégé! Même dans les industries nombreuses où apparaissaient des esprits portés à l'amélioration, doués d'une grande activité et pourvus de capitaux , l'absence de la concurrence étrangère a été cause que sous quelques rapports on est resté dans l'ornière. La concurrence intérieure perd alors de son ressort : l'ardeur des novateurs se tempère malgré eux, parce qu'on a beau faire, on subit l'influence du milieu dans lequel on vit, et les hommes les plus entreprenants, satisfaits d'avoir dépassé ceux qui les entourent , ralentissent leurs efforts quand ils ne sont pas vivement poussés. Je trouve un passage bien remarquable dans la lettre de l'honorable M. Jean Dollfus que j'ai déjà citée:

« Ma maison, dit-il, a une filature de 25,000 broches, dont 20,000 pour calicot ; elle pourrait, en remplaçant ses métiers, dont une partie date de près de quarante ans, filer le kilog. à 20 centimes meilleur marché qu'aujourd'hui ; mais la concurrence intérieure n'est pas assez puissante pour l'y contraindre \ »

Ainsi, M. J. Dollfus lui-même, M. J. Dollfus, un des hommes les plus éclairés de l'industrie européenne, M. Dollfus qui , autant que quelque chef d'industrie que ce soit , a le feu sacré du progrès, en l'absence de la concurrence étrangère n'est pas stimulé assez pour accomplir des améliorations qui sont importantes, qui lui sont parfaitement oonnues , c'est lui qui le déclare avec la loyauté qui le distingue , et c'est un des motifs qui lui font désirer que la France entre dans la voie de la liberté commerciale. Si le système protecteur exerce ce genre d'influence sur un tel homme, qu'est-ce donc avec le vulgaire !

Lettre dô M. Dollfus au Journal dm DébaU t 9 septembre 1851.

Lorsque, par l'intervention de la concurrence extérieure, on rend effective une responsabilité qui ne Tétait pas du tout ou ne l'était pas assez , il ne se ferme d'ateliers que ceux qui étaient mal placés, ou qui travaillaient dans des conditions inadmissibles, ou qui étaient dirigés par des mains incapables. C'est fâcheux pour les intéressés, c'est affligeant pour les hommes bienveillants qui prennent part à la peine de leur prochain, sans rechercher quelle en est la cause; mais, en vérité, parce qu'un individu aura mal choisi le siège de son industrie , ou s'obstinera à produire dans des conditions impossibles, ou sera incapable, faudra-t-il qu'il ait le droit d'imposer à perpétuité un tribut à la société ? A chacun la responsabilité de ses propres affaires.

L'aptitude des peuples modernes à exercer l'industrie avec avantage, sans recevoir un subside par le détour de la protection douanière , est démontrée encore par d'autres faits que ceux qui précèdent. Regardez la Suisse : elle s'est mise à fabriquer des filés et des tissus de coton de toute espèce , des soieries , des machines , sans rechercher l'abri prétendu indispensable de la protection , et elle y a trèsbien réussi. Pourquoi les Français n'auraient-ils pas le même bonheur désormais ? Les Suisses sont intelligents et laborieux , mais ils n'ont pas le monopole de l'intelligence et de l'amour du travail, apparemment. Par leur éloignement des ports , par l'absence des usines à fer dans leurs montagnes et leur éloignement des forges anglaises qui donnent cette matière à bas prix, ils avaient plus d'un désavantage ; tout a été surmonté. Une autre preuve est fournie par les tableaux officiels du commerce des principaux Etats. La France, l'Angleterre, l'Allemagne, exportent sur les marchés neutres les mêmes articles ou des articles analogues en bien des genres, tissus de coton, tissus de soie, tissus de laine, tissus de lin, tissus mélangés. Toutes les trois les y vendent avec profit; donc elles sont en état

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de supporter la concurrence les unes des autres , ou elles n'ont plus besoin que d'un modique effort pour être au même niveau dans tous les genres principaux.

Puisque nous exportons pour des centaines de millions dans des contrées où nous rencontrons la concurrence de l'Angleterre , puisque nous bravons les manufacturiers anglais jusqu'au cœur des Iles-Britanniques, puisque les articles que nous exportons sur les tiers-marchés les plus accessibles aux Anglais, et jusqu'à Londres même, sont presque tous de ceux que le tarif de la douane affecte de protéger d'une façon exorbitante, il faut bien reconnaître que les prescriptions du tarif sont surannées et manquent de justification, et l'assertion que nos ateliers n'auraient plus qu'à se fermer si nous abjurions le protectionisme, manque de fondement, même à l'égard de l'Angleterre qu'on affecte de tant redouter. Il est certain, en effet, que nous exportons en grande quantité des tissus de laine et de coton en tout genre , des laines filées, des étoffes de soie et de lin, des bronzes, des glaces, des cristaux, des meubles,'des articles de modes, des instruments de toute espèce, des machines même. La liste de nos exportations en Angleterre ou sur les marchés que nous disputent les Anglais serait bien plus longue , le montant en serait bien plus fort, si les matières premières n'étaient artificiellement enchéries par le système protecteur, dans l'intérêt de quelques catégories de citoyens dont le nombre est très-limité.

Enfin , c'est une vérité qu'on pouvait nier avec une apparence de raison avant 1851, mais qui est ressortie éclatante de l'exposition générale de l'industrie de Londres , que les grandes nations dont se compose la civilisation occidentale , depuis les frontières orientales de la Russie jusqu'aux confins occidentaux des Etats-Unis , sont presque au même degré d'avancement manufacturier; que chez toutes l'apprentissage des populations ouvrières et des chefs d'industrie est terminé , que chez toutes les bons procédés sont

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acclimatés , qu'entre elles il y a bien plutôt diversité qu'inégalité d'aptitude.

Je conviens que la mise en pratique même graduelle de la liberté commerciale est de nature à déranger les plans dès chefs d'industrie qui auraient espéré se faire ici - bas une vie de quiétude. Hélas! c'est que nous sommes icibas pour être dérangés. Le genre humain doit considérer les dérangements comme plus inévitables que jamais, dans le siècle où nous sommes. Nous devons être préparés aux dérangements qu'occasionne l'exercice de la liberté civile , depuis que nous avons voulu celle-ci , et que pour l'atteindre nous avons ébranlé et prodigieusement dérangé le monde. «La liberté, disait Royer-Collard , n'est pas une tente dressée pour le sommeil. » C'est vrai de la liberté civile comme de la liberté politique. Comment l'industrie échapperait-elle à cette loi? Tout y est mouvement de nos jours , et par conséquent dérangement. Là betterave dérange la canne , saut à être dérangée quelrque jour, peut-être prochainement, par quelque autre plante. Les chemins de fer dérangent les diligences et le roulage , le bateau à vapeur le navire à voile. Le coton dérange la laine et le lin, qui le lui rendent. La mécanique dérange le travail manuel de bien des façons; elle prend l'ouvrage du tisserand de calicot , et naguère elle gênait singulièrement les pauvres lîleuses de la Breta'gne. Un procédé nouveau supplante celui qui , la veille , semblait le nec plus ultra de l'intelligence humaine, et à travers tous ces dérangements, il y a un progrès continu, à savoir : le bon marché toujours plus merveilleux des produits; en d'autres termes, pour le commun des hommes, l'abondance qui est une des conditions de l'avancement intellectuel et moral , tout comme du bien-être matériel.

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