NE DÉVELOPPE PAS JJ£ TRAVAIL NATÎOHAL
liberté et de l'égalité civile; car autrement, dans le plus grand nombre des circonstances de la vie, pour le commun des hommes, la liberté et l'égalité sont des mots vides de sens. Ici , ce qui est vrai de l'individu, ne peut manquer de l'être de la société prise collectivement, puisque l'avantage que l'individu retirerait de la liberté du travail ne résulterait d'aucun outrage à la liberté du prochain , d'aucune infraction à la justice.
C'est quand une pratique donne du profit à l'un en foulant au pied les droits de l'autre, c'est seulement alors qu'a- ► vantageuse à l'individu ou à une fraction de la société , elle peut être nuisible au corps social dans son ensemble. Si , comme chef d'industrie ou ouvrier, je prétendais m'enrichir ou m'élever à l'aisance en prenant le bien de mon prochain, en violant envers lui la liberté et la justice, oh! alors, ma tentative serait une attaque contre la société; car toute atteinte, même individuelle, à la liberté et à la justice, du moment qu'on lui laisse suivre son cours, atteint la société dans les organes mêmes où siège la force vitale. Mais , en vérité , si je ne prétends à rien qui ne soit le légitime exercice de ma liberté, la mise en œuvre de la justice que la société promet et doit à chacun de ses membres, et si quelqu'un, intervenant auprès du législateur, obtient de celui-ci un acte qui m'appauvrisse pour l'enrichir lui-même, qui me dépouille de ma liberté pour lui conférer un avantage, qui viole l'égalité pour l'investir d'un monopole, quel est celui de nous deux qui lèse l'intérêt social ? N'est-ce pas mon adversaire, quand bien même il crierait de toutes ses forces qu'il revendique les droits de la société?
Les protectionistes cependant soutiennent que leur système , contraire aux droits les plus respectables de l'individu, est d'utilité publique. C'est quelque chose comme le propos de ce marchand qui disait à la foule qu'à chacun en particulier il livrait ses marchandises à perte , mais qu'il se
rattrapait sur la quantité.
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La prbtëtitieh , Sttitànt eut , garantirait l'existence toêdife (le 1S hâtitth -, feftfr ce serait elle qui lui assurerait du travail. J*kl déjà détaontré ■ te qu'il y a de chimérique à prétendre qUë sans le régime protecteur, la France serait frëdiiite à fertiter ses âtêlieré : je pourrais îtiéme sur ce pôidt itltbquer le témoignage des ptotectionistes eux-mêmes. Gès tiïémes honttheS qui, dès qu'il s'agit de toucher au tarif, s'écrient que notre industrie est hors d'état de lutter contre rétraii&er; écoUtez-les quand ils se présentent aux expositibnfe périodiques de l'industrie, où quand ils prononcent deë discours d'apparat. À lies croire alors* rieh n'égale leurhabileté ; ils sont les vainqueurs des vainqueurs de ta terne» Mais analysons les effets du système ph)tébteur dans ses rapports avec l'étendue du travail national.
Le syfetèine protecteur a pour effet d'imprimer à l'activité hatibnalé Une direction autre que celle qu'elle eût choisie si Oh eût laissé àUx citoyens leur liberté . Quoiqu'il puisse donner lieu à l'ouvietturè dé beaucoup d'ateliers nouveaux; et après les avoir suscités, les faire durer tant qu'il dure lui-même) il n'en faut pas conclure qu'il augmente d'autant la sonudé des fabeUrâ Utiles de la nation , il se pourrait qu'il n'y ajoutât rien; absolument rien* et même qu'il ne ftt que les dimi* bber feri prétendant les accroître.
Et j ètt effet , toute industrie > quelle qu'elle soit > . exige dfeùx sotteô d'agents; des bras et des capitaux. Quand, par de* moyens Artificiels , bn rend une industrie plus lucrative que d'aùttes , alléchés par cet appât, des capitaux qui s'emplbyaiëttt ailleurs se tournent vers cette destination nouvelle et y attirent une proportion correspondante de bras auparavant aussi occupés autre part. La société a acquis le travail qui s'accomplit dans les nouveaux ateliers, mais elle a perdu celui auquel servaient ou auraient servi les bras et les capitaux ainsi détournés. C'est un changement et non une
1 Chapitre vm.
NE DÉVEL$tâ M9 Le fftlVML îtATIOxlAL. fcf
fetèâtioii «e travail, et si le changement n'a Blé ptbtttytift qttfe par le systèttië protecteur, c'èst-à-dirfe par lié privilège boiifeté aux entre J)fëti ëtits des riotivehui ateliers de se faire payer Utile jJrittiè plat* leurs coiicitoyens , il est à pfetl près certàiil (Jiie, ptésentëmëht au tfabins, il est ihiisible; car s'il feûtét'é jjrbfi table darië l'état naturel des choses, je Tfeùx dire soufc letègitede là liberté et de là justice, il est vraisemblable que les particuliers, guidés pat l'instinct de letir intérêt. S'y fhsèeUt déjà décidés spohtànéitifeiii ou qu'ils ii'y eussetii pas tardé. Tbute évolution ijùi consisté à retirer le bàpitàl et les bras d'une certaine direction pour les porter dans iihë autre , n'enrichit là société (j^i'âiitaht qiiè les produits des nouveaux ateliers )peuverit , sur le marché géhéral du ttïbiide * ; "s'échahgfer bohtrb unie masse d'argeiit jriUs grande tjuë c'ëlW qif on eût ttbtëtihfe àveb l'aiicietirie déstinatioii des tnêihéS BftLfeét du itiéliië capital. Ehpâtfeil cas, et àlbrs èeUlëtoent ; Vè knrplus de gâih teiidu aux eiitreptëtiéurë d'indUStrilé jtëtf iefe hbtiVbàU* ateliëtà serait poUr le pays iiti bénéfice positif; ihàife alors âufei pourquoi dèâ droite protecteurs 1 LésiridUS^ tties protégées ée protégeraient suffisamment tdùtes setiléS. Ett tdiit autre cas , le profit t}lie fôilt les eUtreprenëtirs , jfttf delà bè qù'ilè retiraibiit préfcédèmmeiit des itidiiètrifes pà* fcux dëlâiêséës , eét prié sur le public ; et c'est potii- bélui-ri liil SàbKficë atiquel personne n'a plhs lfe droit de le soumettre; car tibuàhe èauribhs trop lé dire; de iibs jourâ, bti né dbit d'irtlpflt qu'à l'Etat. NbUé recùlotis jusqu'à la féodalité; si notre droit public admet que , de particulier à particulier! il jr lait aUtre chose de légitime qu'un échange de services librement consenti , sur le pied de la réciprocité.
En raiâonnàht ainsi , je suppose que les hoititnes fen général aietit assez de bon seUs et connaissent aësez biëti ietlr§ intérêts pour que , laissés à leur libre arbitre , ils adoptent
1 Je renvoie à la défini lion donnée plus haut ( pag. 20 , note) de ce qu'il faut entendre par le marché général.
de préférence les industries les plus avantageuses. Cette supposition eût été plus que passablement hasardée jadis; présentement elle est fort légitime : c'est un des aspects de cette hypothèse plus générale qui est maintenant érigée en principe de droit public dans tous les Etats de l'Europe et du Nouveau-Monde, à savoir que l'homme moderne est mûr pour la liberté civile , et que si , dans les temps anciens, l'individu a eu besoin que Pautorité exerçât sur lui une tutelle minutieuse, il y a beaucoup plus d'avantages que d'inconvénients à ce qu'il en soit affranchi désormais.
Je ne conteste pas que le système protecteur fasse travailler; mais fait-il travailler plus, ou plutôt fait-il travailler mieux , je veux dire plus utilement , avec plus de fruit pour la société? Là est la question. Si quelque khan de Tartarie , dans un accès d'humeur atrabilaire, ordonnait qu'à l'avenir les ouvriers travaillassent une main liée derrière le dos, il faudrait, pour procurer à la société qui lui serait soumise une très-médiocre quantité de produits, que tout homme valide travaillât seize heures au moins par jour au lieu de dix ou douze : cet édit sauvage ferait donc travailler plus ; il n'en serait pas moins un fléau. C'est que, dans le travail, il ne faut pas, si Ton veut en juger sainement, se borner à voir l'intensité et l'étendue de l'effort qui est fourni par les hommes. L'effort est l'aspect pénitentiaire du sujet. L'homme est tenu à effort ici-bas. Le Créateur, pour que notre âme se retrempât sans cesse, a soumis notre espèce à cette loi qu'elle n'eût rien sans peine, et que tout plaisir qui ne viendrait pas à la suite d'un effort sur le monde ou sur nous-mêmes serait sans saveur. Mais quand on veut apprécier justement, par rapport à la société, tel travail particulier dont il s'agit, ou le système qui a suscité et provoqué ce travail, il faut aller au résultat, au produit du travail, le jauger, le peser; car, au point de vue de l'intérêt social, c'est ce résultat, ce produit qui donne la mesure exacte de la valeur du travail lui-même. L'homme,