CHAPITRE XVIÎ
CARACTÈRE CHIMÉRIQUE DU SYSTÈME PftOTBCïfclJR.
Le système protecteur, tel qu'il est entendu aujouriTlifli et qu'il l'a été depuis Colbert, suggère à chaque ûatiou cetti prétention singulière' qu'elle se suffise à elle-même $ peM pfes en tout genre, mais qu'elle fournisse à l'étranger bèafl* coup de marchandises. Il pose en principe qu'il faut' ex«* porter le plus possible et ne rien importer, s'il se' peut. C'fesjt tout bonnement impraticable : car du moment que lç système protecteur est en vigueur en France, èlque ilôûs tè proclamons excellent, nous recommandons au voisin dô se l'approprier. Quand j'exclus les marchandises étrangërts, en me vantant d'avoir trouvé ainsi le moyen d'enrichif lûdii pays,. j'excite l'étranger à exclure les marchandises., frttapaises , et alors Comment Caire pour exporter celles-ci 1 ;
Bien plus, la France, né peut vendre ses marchandises qu'en uChetant celles de l'étranger. Comment verut-oja, en effet, qu'wr individu ou un peuple qui à acheté d'un autre fe'açquitte autrement qu'avec ses, propres productions bu avec celles qu'il a reçues d'un tiers en échange des siennes? La règle est absolue; l'or et l'argent ne l'enfreignent pas quand ils interviennent de fait dans les transactions,. de ma* trîère à être- réeHemenUransiûis d'un pays à tin dutré,' a*
DU SYSTÈME PROTECTEUR. Ht
lieu d'-être simplement mentionnés sur les lettres de change. Gftr ces'deux métaux, qu'ils soient monnayés ou en lingots 4 , Sont dès marchandises tout comme lé fer, le plomb, le cuivre, tout. comme le blé et le vin et les autres produits dé l'industrie. Tout peuple qui n'a pas sur son territoire des tiiifles tiches d'or et d'argent, a besoin d'en recevoir poûï fabriquer ses bij oux et ses ustensiles, et pour entretenir sa taqnnaie. 'Mais alors c'est unç importation tout à fait Sfciti 7 blable à celle des bois exotiques, à Gelle que la France fait "ell cuivre, ou en étairi, ou en plomb, et -cetter importation, M moyenne, se règles de même que toutes les autres, sur leS besoins qu'on a de ces deux marchandises spéciales.
Il faut donc acheter lorsqu'on veut 4 vendre. Jusqu'ici Cependant, dans tes traites de commerce que l'on passait; leé négociateurs fusaient, à qui mieux mieux, afin de vendre saia* acheter, ^et ils envoyaient à leurs gouvernements deà dépêches où ils se vantaient d'avoir fait adroitement passer des slaûse&doiit l'effet devait être qu*on vendît et Cachetai p$s. Je pourrais cîfërdes documents parlementaires de fraîche date où Ton Se targue d'avoir obtenu ce beau résultat. On 'était déjoué nécessairemeiit -par la force des choses, et c'étaitfort heureux, car vendre sans acheter, ce Serait donner sàM recevoir. Pour résoudre le problème d'exporter sans inàporter, il faudrait Ique Bèlui auquel on aurait vendu fft banqrferoute, et ce n'est pas chose dont on se félicite côiâmùnétnent. Ou croyait avoif été d'une habileté, suprême; oij n'avait fait qu'une balourdise. .
Golbert était excusable-, lui, tie peûser qu'il était posrsible de vendre sans acheter; U, supposait que la vente dfcfc
* ie ne mêla pas de différçnçe ioi entre la monnaie et le* métaux pré* cieux en lingots , parce que rien n'est plus facile que de convertir rua en l'outré. Pour mettre en- lingots.de .la monnaie , "il n'y a qù'4 la fondre /ce" qui te fait presque sans trais. Monnayer deSiingeis est atwst .fort simpléi C'est tme opération qui, pour l'argent , n'absorbe pas en France plus d'un et demi* pour cent de la Valeur des fingôls* et qui pour l ! or est plus économique' encore, car elle n'est que de deux pour mjuV.
11Ç CARACTÈRE CHDtÉRIQUE
.marchandises françaises au dehors, si elle était accompagnée de restrictions à l'entrée des marchandises étrangères: en France, attirerait dans Je pays une grande quantité d'or et d'argent; et, tlans ce temps-là, c'était une opinion généralement admise, que l'or et l'argent sont k richesse par exçeÛenfce, sinon la richesse unique. On visait donc à accumuler dans l'enceinte des frontières la plus grande masse possible, de monnaie. En 1670, quand Louis XIV était au comble de la puissance, Qolbert apprend qu'un navire a apporté au .Havre yne somme d'un milliou en or. Là-rdessus il se hâte d'écrire à l'agent (Je ^administration à Rouen: «J'ai été un^eu « étonné de n'avoir pas reçu cet avis par vous, vu que vous « savez qu'il n'y a riçn qui puisse être plus agréable. au roi « que de semblables nouvelles. .N'y manquez donc pas à « l'avenir V» En cela Colbert subissait l'influence du préjugé qui dominait alors, caries hommes les plus distingués ne peuvent entièrement se soustraire aux erreurs qui ont de l'empire autour tl'eùx. Aujourd'hui les idées se, sont rectifiées là-dessùs, et l'expérience a éclairé lés gouverner ments. Côlbert, s'il revenait au monde, serait naturellement parmi les esprits les plus avaincés de l'époque. Il rirait de ceux qui attacheraient une grande importance/ à l'arrivée d'un million en or et même de dix. Il se féliciterait bien dàvantages'il apprenait des arrivages inusités en^ charbon r en coton, parce qu'il y verrait la preuve du développement de llndustrie manufacturière,, le présage d'un progrès marqué dans la richesse de la société.
, L'opinion qu'un, pays qui reçoit du numéraire mptalli que, ou des lingots de métaux précieux, s'enjichit èxtraprdinairement, et que celui qui en emporte s'appauvrit d'une façon alarmante-, n'est plus avouée que des hommes arriérée. Les documents officiels £mai\és du. gouvernement se gardent bien de la mentionner *. Le charme qui s'attachait
• Histoire de Volhert> par M. Pierre Clément , p. 290..
1 On a pu cependant la voir consignée-dans un des rapports présenté* au
DW SYSTÈME PROTECTEUR. 11?
aux métaux précieux est détruit. Ils sont réputés des fiaarchandises comme les autres , et on a constaté qu'il était impossible de lès retenir, quelque moyen qu r on tentât, lorsque le courant du commerce tendait à les faire sortir. De toute part à 'peu près, on a effacé des Codes les peines sé\éres qui avaient été édictées contre ceux qui exportaient de l'or ou de l'argent 1 . Il est reconnu qu'au delà d'un certain point, l'abondance Mes pièces de monnaie est un mal et non pas un bien. Et, en effet, si les espèces affluaient indéfiniment dans un pays, pour qu'elles restassent toutes dans la circulation, les transactions n'ayant pas augmenté d'importance, il faudrait que, toutes*autres circonstances étant les mêmes, dans la même opération commerciale où-figuf ait auparavant un 'poids de 500 grammes d'argent monnayé, au titre de #/10dèfih, sous le nom d'une' somme de 100 fr.,- apparût un poids plus~ Fort, de 600 grammes car exemple*, faisant 120 fr. Cette substitution de 600 gfapnmes à -500 1 indiquerait que la valeur de l'argent aurait subi daH§ le pays tine baissé, dans le rapport de 600. à 500. Dès lorc, toutes les fois que Ton commercerait avec l'étranger, on éprouverait une pertevL'étranger livrerait ses marchandises au taux de X argent dans le pays, et il ne prendrait celles du pays qu'au taux de l'argent sur ie marché général du monde. J'ai fait remarquer ailleurs qu'un pays* placé dans une situation pareille' ferait avec l'étranger dés affaires dans le genre du jçrand seigneur qui, â la suite d'un pari» vendait sur le Pont-Neuf de& écus de si* livres pour vingtrquatre sous. Par la force des choses,, les commerçants étrangers ou nationaux feraient sortir de Por.de ce pays, en dépit de tous les règlements, parce que ce* serait une opération très-profitable. On
Conseil général de l'agriculture, dû commerce et des manufactures, pendant la session de 1850 de ce Conseil, au nom d'une Commission de membres du Conseil. Je crois devoir ici laire le nom du -rapporteur. -.
'-BansrpHisieurs Etats, en Espagne et en 4ngleterre par exemple, on était allé^usqu'à la peine de niort.
419 C^RfCTÊRE CHJMÉMQUÇ .
en exploiterait la monnaie à peu près comme les mines d'argent du Mexique et les ipines d'or de la Californie.
l*a pratique des nations civilisées prouve , de la façon la plus positive aujourd'hui, que la richesse dune société n'est pas en proportion de la masse de métaux monnayés epi'elle possède. On voit en effet, de nos jours, les nations, à mesure qu'elles perfectionnent leurs institutions industrielles et leur civilisation en général , diminuer la soïnme de monnaie qui auparavant était reguise pour laccomplisr sèment- d'une masse d'affaires déterminée. Ainsi, l'Angleterre, qui est incontestablement la plus riche nation de lXurope, n ? a pas, de nos jours, plus 4 un milliard de francs de monnaie. Je -suis convaincu que la France avait dans ces derniers temps, je veux dire en 1850 par- exemple » , une ïûoindre sojnDœ en pièces de jnonnaie qu*il y a douze oty quinze ans, et pourtant, pour uge même masse de transactions, nous en avions encore beaucoup plus que les Anglais. Jiies titres et instruments de crédit, tels que les billets de banque, et plus encore les lettres de change, les billets à ordrç, le^, comptes courants, se sont substitués avec avantage aux njétaux précieux, dans une forte proportion, cl\ez les peuples les plus avancés j et c'est un bénéfice tout net pqiir la société, puisqu'il est profitable de remplacer, dans le .mécanisme des échanges, des métaux qui coûtent fort cher par * du papier qui ne conte rien,- autant que le bon agencement de la machine et l'avancement intellectuel et moral dft la population qui. s'en sert comportent ce remplacement V :
1 Je ne parle pas dû moment présent, parce que depuis 1690 il y a 4tt Pjraoce.ua encombrement accidentel de monnaie. KftB partie du produit de: exploitation, des mines d'or de la Californie, .est venue chercher un débouché en France , et 1^ trouve en* effet, à noire détriment , par lé viee <fe notre législation monétaire.
* Il serait trop long et hors de propos4'expliqner ici ei> détail comment ce remplacement a lieu, et entre quelles limites il est avantageux. Je renvoie le lecteur qui désirerait des données moins sommaires sur ce -sujet il mon volume de la Monnaie, section x, où il s'agit du rapport entrrta qpan- Uté des espèces d'or et d'argent et la richesse des Etats. . „ .
DU «TftTàMB PROTSCTKUJU 4ftt
Mais siTopmion de la prédominance des métaux précieux a disparu, te? conséquences qui en avaient été déduites sont restées. Parmi ces conséquences, il en est une sur laquelle s'appuient les protectionistes, c'est la théorie de la balance dit oommerce. Selon cette fausse notion sur le commerce international, tout gouvernement jalou* d accroître la richesse 4e la société doit viser à ce que la somme des exportations autres que l'or et l'argent surpasse la somme des importax tions indépendantes de ces deux métaux. C'était logique du temps qu'on attribuait, aux métaux précieux une valeur, exceptionnelle , une vertu exclusive , et qu'on en faisait la ripfyesse suprême; car si ce que j'importe en marchandises autres que l'or et l'argent ne (ait que la moitié de ce que j'ai exporté, il est à croire que l'autre moitié me sera livrée eu .or oyt en firgent, à moins que. mon acheteur ne soit insolvable. J'aurai donc gagné de dépouiller les autres peuples d'une partie de ce qu'ils avaient de ces deux métaux privi^ légiés, de cette richesse incomparable , pour" me l'approprier; mais si l'or et l'argent .ne sont que des marchan : 4ises ordinaires, je ne puis voir qu'un détestable calcul ou une duperie dans le système commercial qui tend à ep. faire arriver au delà de oe qui est nécessaire pour confectionner le surplus dp vaisselle, ou de bijoux , ou de monnaie, que comporte l'agrandissement de la prospérité, du pays Qt l'extension .de ses. affaires , à l'exclusion d'autres marchandises qui répondent à (les besoins réels.
t# quantité annuelle dé" métaux, précieux qui est nécessaire à chaque peuple, pQur l'entretien ou l'accrofsseipent de la monnaie particulièrement, est extrêmement bornée en moyenne. On en a la preuve bien claire dans ce fait que, jusque dans ces derniers temps , on suffisait aù$ besoins de tous les peuples de notre civilisation occidentale, comprenant l'Europe et l'Amérique, ainsi qu'une partie de l'Asie et de l'Afrique, avec moins d'un million de kilogr. d'argent, faisant 222 millions de francs, et 24,000 kilogr. d'or,