‹ Examen du système commercial connu sous le nom de système protecteurChapitre 43 sur 82 · ET LE COMMUNISME · texte numérisé non relu

ET LE COMMUNISME

Je le demande à nos manufacturiers protectionistes, qui repoussent avec tant de vivacité le socialisme , en disant que c'est l'émanation dp mauvais sentiments, anciens comme le monde, en vertu desquels," de tout temps, il y a eu des sectes, des factions, des coteries, des classes ou des individus qui ont voulu que la société feur donnât plus qu'ils né lui rendaient eux-mêmes : cette prétention insoutenable ne se retrouve-t-elle pas au fond du système prétendu protecteur? Au lieu de dire à chacun : a Tu es libre, donc tu es responsable de ton sort ; travaille plus et mieux qu'un autre , si tu veux être traité mieux a ,-le protectionismfe , comme un démoh tentateur, souffle k l'oreille des chefs d'industrie que c'est pour eux un droit de se faire subventionner par le public, que chaque branche de l'industrie nationale a le droit de prospérer aux frais de la société. Les chefs d'industrie n'ont pas résisté à ce sophisme séduisant, et les gouvernements se sont inclinés comme s'ils eusse ut eu devant eux la vérité en personne sortie de son puits tout exprès pour se révéler à eux. U est donc convenu que , si Ton ne peut approvisionner la société mïx conditions indiquées par le cours des produits sur le marché général, ou si l'on ne veut prendre la peine qui y serait nécessaire, il y aura de droit un supplément de prix; c'est la société qui paye. Xa prime sera d'autant plus forte que l'industrie dont il s'agit aura été plus nonchalante ou moinls intelligente, sera restée plus en arrière ou travaillera plus mal. Voilà là justice distributive du système protecteur. Si c'est de la bôtfne justice,

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je prie qu'on dise comment on réfutera la célèbre doctrine promulguée au Luxembourg en. 1848, d'après laquelle la part de chacun dans le revenu social devait être proportionnelle non aux services rendus, jnais aux besoins. . En partant de cette fausse idée que toute industrie française a le. droit de prospérer aux dépens du peuple français, les proteôtionistes raisonnant de la manière suivante : pour chaque producteur il y a un prix nécessaire, c'est l'expression sacramentelle ; il faut donc élever le drpit de douane a§ses haut pour que le produit similaire de l'étranger ne. puisse être vendu que bien au delà de ce prix.. Ce raisonnement pèche par la base : il n^y a point de prix uécessaîre. Toyterhistoire.de l'industrie se résume en une suite de perfectionnements à la faveur desquels les frais de produc^ tion de la plupart des articles tendept.sans cesse à bisser et baissent rapidement, à moins qu'un monopole ne les eu empêche. Le prix nécessaire du commencement de Tajnnée souvent n'est plus celui de la fin ; le prix nécessaire "d'une fabrique de l'Alsace n'est pas celui d'uue fabrique de la Normandie. La société ne doit aucun prix absolu aux chefs d'industrie*. C'est le producteur qui a, lui, un devoir envers la société, devoir- dont rien ne peut l'affrauchiri cçlui de suivre les progrès de son art, en quelque pays qu'ils: se révèlent, et de se les approprier, s'il ne les devapce pas % luir-même. Ce que la société doit, c'est à tous la liberté, à tous une égale justice ; et c'est précisément pour cela qu'elle ne peut s'accommoder de monopoles décernés sôu§ le $i'ttè qe protection, ^. la faveur desquels, comme le disaient if. Cobden et ses amis; telles ou telles catégories de personnes mettent sans cérémonie, en présence des.magistrats et avec leur concours, la main dans la poche de leurs coqcitoyens. . *■ .

Sur ce point, les vrais principes furent fort clairemeui indiqués dans la Chambre des communes en 1$46, alors qu'où discutait la liberté du commerce des céréales, lin or&-

ENTRE LE PROTECTIQaiSME ET LE COMMUNISME. 13g

teur protectioniste , interpellant vivement sir Robert Peel, alors premier mirfistre, le somma de dire quel prix du blé il garantissait aux propriétaires, «Mojl répondit ^illustre fepimne d'Etat, je ne vous garantis aucun prix. Ce n'est pas au gouvernement de vous garantir vos profits ; garantissezvo,us-les vous-mêmes, en surpassant vos compétiteurs, ou tout au moins en les égalant par yotre activité, votre esprit d'ordre çt votre intelligence. » Il n'y a pas d'autre langage à tenir dans une société qui croit à la liberté, et qui par conséquent a le sentiment de la responsabilité humaine. Et qu'est-ce que les protectionistes eux-mêmes répopdent aux socialistes, quaçd ceux-ci demandent qu'on garantisse aux ouvriers un minimum de bien-être ?

Dans un de ses excellents opuscules, Bastiat s'est proposé 4'établir que le principe du protectiçnisme était le mêrns que celui du conjmimisme ' . Bastiàt a dit vrai : de part et d'autre, c'est l'intervention arbitraire de l'Etat dans des transactions qui, pour le bon ordre de ]a société, doiventêtre libres. Les relations entre le système protecteur et le communisme sont tellement intimes y que, pour être complets, ils ne sauraient se passer l'un de l'autre. Appliquez le communisme, ayez lés ateliers sociaux de M. Louis Blanc, et vous serez forcés de fermer hermétiquement la frontière aux produits de l'étranger, car la concurrence étrangère renverserait tout l'échafaudag.e. Pareillement, prenez au sérieux la promesse du système protecteur de protéger tout le monde sans exception ; vous 9 'avez qu^un moyen de la réaliser ; pour faire profiter de la protection les industries qui, en dépit des droits inscrits à leur profit . dans les lois de douanes, ne peuvent vendre. leurs produits qu'au même prix que l'étranger, si même elles- ne les livrent, pas à meilleur marchéj il vous feudra décréter un Dàinimum de prix de vejate > tout comme la Convention avait décrété le . m$xi-

• » VivtêcHmMwê et Cotntministnç. •

mum. Ce sera même encore plus étrange, plus blessant pour le sens commun, car il faudra alors que ce soit un délit de vendre au-dessous du minimum légal, sans quoi des manu : facturiers qui offriraient au public des marchandises de bonne qualité à bon marché, voyez la perfidie ! feraient crouler le système. Lés communistes battront des mains : nous serons en plein dans leurs eaux, car l'Etat aura la dictature de l'industrie, Tant qu'il n'aura pas été rendu des décrets de ce genre, le -système protecteur restera : entaché d'une partialité révoltante; il favorisera les uns aux dépeùs <Jes autres, sans pouvoir justifier ses préférences; mais ces décrets, qui est-ce qui serait assez osé pour les proposer?

Parmi les applications de la doctrine communiste, une dés plus redoutées est la reconnaissance du droit au travail- Or, si l'on prétend que la société doit se taxer à perpétuité pour, soutenir des chefs d'industrie qui ne peuvent, ne savent ou né veulent se soutenir eux-mêmes, est-ce- que ce n'est pas le droit au travail qu'on ressuscite ? Si le droit au travail est reconnu au profit des manufacturiers par le fait du système protecteur, je demande pourquoi on ne l'institue pas au profit des ouvriers. La loi de responsabilité est la même pour tous; mais, s'il fallait faire r une exception, il me semble qu'elle devrait être plutôt en faveur des classes pauvres.

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