‹ Examen du système commercial connu sous le nom de système protecteurChapitre 63 sur 82 · DANS LA TRANSITION · texte numérisé non relu

DANS LA TRANSITION

et étrangers en général. Ce n'en est pas moins un bon procédé de leur part, de s'être abstenus d'exiger une réciprocité. Nos protectionistes, dont la doctrine consiste à croire que le souverain bien pour un peuple consiste à beaucoup vendre à l'étranger, auraient dû leur en avoir une reconnaissance particulière; car, il est notoire que. depuis 1846, nos exportations en Angleterre se sont grandement développées. De même, lorsque chez nous les amis de la liberté commerciale élèvent la voix , avant tout , c'est dans un intérêt français , quoiqu'il soit bien permis à un homme civilisé , à un chrétien , de n'être pas indifférent à ce qui est avantageux au genre humain envisagé dans son ensemble ; avant tout , c'est pour augmenter le bien-être des populations et la richesse de la France, c'est pour faire rendre aux idées de liberté et de justice un hommage dont il y aurait à s'applaudir, autant pour l'affermissement de la paix intérieure que pour la consolidation de la paix du monde. Le vrai patriotisme plaide pour la liberté du commerce ; le patriotisme des protectionistes est un patriotisme fourvoyé ou un patriotisme de contrebande. Et pourtant telle est l'importance de ce parti, tel est l'ascendant qu'il est parvenu à conquérir , que c'est un devoir pour le gouvernement de procéder à l'établissement de la liberté commerciale d'une manière telle, que, par les effets tangibles de l'expérience même, la conviction pénètre dans les esprits abusés.

Dans toutes les industries, nous avons des ateliers en plus ou moins grand nombre qui ne craignent pas la comparaison avec ceux de quelque pays que ce soit, pour la perfection des produits, l'économie des matières, la bonne division du travail, l'habileté et l'économie de l'administration ; mais, dans presque toutes aussi , on compte un certain nombre d'établissements qui sont restés en arrière. Chez la plupart, le mal n'est pas incurable : s'ils eussent senti plus vivement l'aiguillon de la concurrence, ils se fussent portés en avant, et ce qu'ils n'ont pas fait ils peuvent le faire encore; mais il en est d'autres qui ne peuvent plus vivre qu'artificiel-

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lement, et qui succomberaient sous la seule pression de la concurrence intérieure. Il convient de donner, à ceux des retardataires qui peuvent rejoindre, le temps qu'il y faut avec des efforts ; à ceux qui sont destinés à liquider, un délai suffisant pour que la liquidation ne soit pas trop onéreuse, et pour que ce qui y est employé, personnel et capital, n'éprouvé pas trop de peine à se transporter dans une meilleure localité, ou à se tourner vers quelqu'une des industries que la liberté du commerce doit étendre. Avec trop de précipitation, Ton porterait préjudice aux chefs d'industrie qu'il ne peut s'agir d'excommunier, aux ouvriers qui ne peuvent, du jour au lendemain, se mettre au niveau des habiles de leur métier ou apprendre les tours de main d'une profession nouvelle, et Ton causerait la destruction d'un certain capital, substance précieuse, matière première des améliorations. Aux deux catégories d'établissements arriérés que nous venons de signaler, il y a donc lieu de continuer, pour quelque temps encore, sauf à l'amoindrir dès à présent, le subside qu'ils reçoivent du public à titre de protégés. Toutefois, il doit être expressément entendu désormais que ce subside est de la même nature que la taxe des pauvres en Angleterre, un don gratuit de la bienfaisance publique, un secours qu'il serait honorable de ne plus recevoir.

Le changement qu'ont à subir, pour atteindre le niveau des autres , ceux des établissements arriérés qui peuvent se maintenir, exige, à peu près dans tous les cas, un certain capital de plus. La France, en temps régulier, forme tous les ans une certaine masse de capital, et le capital français s'accroît plus qu'en proportion de la population. Cet accroissement est pourtant borné, et, dans notre réforme commerciale, nous devons avoir égard à cette circonstance. Malheureusement, depuis 1848, la formation du capital est ralentie. L'année même 1848 fut marquée par une grande destruction de capital. Avant 1848, i\ nous venait du capital étran-

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