‹ Examen externe du bassin normal en clinique obstétricaleChapitre 2 sur 8 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les accoucheurs des siècles précédents se sont plus occupés des phénomènes du travail, de l’accouchement et de la délivrance que de l’examen de la femme pendant ou à la fin de la grossesse.

a Jusqu’au commencement du siècle, dit Réveil (1), par suite du manque d’études anatomiques, le bassin fut peu connu. L’art obstétrical s’en ressentit, c’est ainsi qu’à une époque peu éloignée de nous on ne croyait l’accouchement possible que par le relâchement et l’écartement des articulations pelviennes. » Pour les accoucheurs, tout bassin, comme le fait remarquer Schrœder, est étroit par luimême. Mauriceau (2) énumère ainsi les causes des accouchements laborieux et difficiles : « Les difficultés qui se rencontrent aux accouchements arrivent ou de la part de la mère ou de la part de l’enfant, ou même de celle de tous les deux. De la part de la mère, à cause de la mauvaise disposition de tout son corps ou seulement de quelques-unes de ses parties, et principalement de la matrice, ou bien à cause de quelque forte passion de l’âme dont elle peut être préoccupée.

(1) Réveil. Thèse de Lyon, 1882.

(2) Mauriceau. Traité des maladies des femmes grosses, MDCCXXI, chap. X, Des accouchements laborieux et dilliciles.

» Pour raison de tout son corps, comme si elle est trop jeune ayant le passage trop étroit, ou trop vieille étant grosse de son premier enfant, d’autant que pour lors, ses parties, qui sont plus sèches et plus dures, ne peuvent pas prêter facilement à la dilatation comme il arrive aussi à celle qui est trop maigre: outre cela les vieilles ont l’articulation du coccyx ou croupion plus ferme, ce qui fait qu’il ne cède pas si aisément à la sortie de l’enfant, qu’aux jeunes.

» Les boiteuses ont quelquefois les os du

passage mal conformés. »

Ces raisons indiquent assurément une connaissance encore peu approfondie du bassin et des obstacles qu’il peut apporter à l’accouchement. Gardien (1) le reconnaît fort bien lorsqu’il dit dans son traité d’accouchement en 1824 : « On ne trouve presque rien dans les ouvrages des anciens sur les vices de conformation du bassin, et les obstacles qu’ils opposent à l’accouchement sont bien mieux décrits par les modernes. Les configurations vicieuses du bassin méritent une attention spéciale de la part de l’accoucheur, puisque souvent dans ce cas, il est obligé d’aider la nature et d’y suppléer. » Et il donne à la suite quelques conseils que nous retrouverons plus loin, sur la façon de procéder à cet examen.

11 est intéressant de suivre jusqu’à nos jours l’importance croissante que les accoucheurs vont attacher à cette partie de l’art obstétrical ; c’est

(1) Gardien. Traité complet d’accouchements. Paris, 1824.

ainsi que Bauclelocque écrira dans son traité sur l’art des accouchements : « ...L’on ne peut être pénétré de quelques-unes de vérités fondamentales de l’art d’accoucher sans connaître toute l’importance d’un pareil examen. Si les accoucheurs s’étaient livrés davantage à cet examen, s’ils en avaient fait sentir avec force toute la nécessité à l’égard des femmes contrefaites, et si ces femmes s’y étaient soumises avant de s’engager dans les liens du mariage, nous ignorerions peut-être encore les tristes ressources de notre art qui ont eu tant de victimes pour quelques mères et quelques enfants qu’elles ont sauvés d’un péril certain. Quelle est en effet la femme qui se serait exposée à devenir mère ou qui aurait voulu acheter si chèrement ce titre si on ne lui eut laissé d’espoir avant de devenir grosse', que l’opération césarienne ou la section du pubis? Quelle est celle qui aurait consenti d’avance au sacrifice de son enfant pour se soustraire à ces opérations et goûter à ce prix des douceurs de l’hymen ? » Baudelocque va sans doute un peu loin à dessein, afin de faire encore mieux ressortir l’importance de l’examen du bassin ; il se résume plus loin et dit : « Sous quelque point de vue qu’on présente cet objet, il paraîtra toujours également important: soit qu’il s’agisse d’une jeune femme dont la mauvaise conformation extérieure laisse des craintes sur l’état du bassin, soit qu’il s’agisse d’une femme mariée, prête d’accoucher ou qui éprouve déjà les douleurs de l’enfantement; l’accoucheur qu’elle consulte devient en quelque sorte l’arbitre de sa destinée ou de celle de son enfant et son jugement peut influer sur la vie de

l’un ou sur celle de ces deux individus à la fois (1). »

En 1823, Gapuron, dans son Traité d’accouchements, disait: « Un des points les plus essentiels en pratique est d’apprécier exactement la forme et les dimensions du bassin, soit pendant les cours de la grossesse, soit pendant le travail de l’accouchement. 11 ne suffit pas d’étudier cette espèce de canal sur le squelette ou dans l’état sec, il faut encore le considérer tel qu'il est sur la femme vivante, c’est-à-dire par rapport à ses enveloppes charnues et aux viscères abdominaux dont il est en partie le soutien (2). »

Velpeau, après avoir indiqué la marche à suivre dans l’examen d’une femme « pour- reconnaître l’état de son bassin », conclut ainsi : «Quand tous ces caractères d’une bonne conformation se rencontrent, on se dispense ordinairement d’aller plus loin, mais s’il en manque quelques-uns, on tâche de déterminer le genre de difformité qui existe » (3).

Bailly écrivait plus tard dans l’article : Bassin du nouveau dict. de Méd. et de Ghir. pratiques: « La connaissance exacte du bassin est de la plus grande importance pour l’accoucheur. Elle est la base de la science obstétricale. Elle nous donne la clef des phénomènes mécaniques du travail de l’enfantement et nous permet d’aider efficacement ou de suppléer la nature dans les cas où cette grande fonction se trouve déviée de son type physiologique » (4).

(1) Baudelocque. L’ai l des accouchements. 1807.

(2) Capuron. Traité d’accouchements, 182:-$.

(3) Velpeau. Traité d’accouchements, 1835.

(4) Bailly. Art. Bassin. Nouveau dict. de Méd. et de Ghir. pratiques.

Enfin, en 1874, M. Pinard mettait en tête de sa thèse inaugurale : « Il n’est pas d’opération plus délicate, plus importante pour l’accoucheur que celle qui consiste à reconnaître les viciations de la filière pelvienne et cela, non-seulement au commencement du travail de l’accouchement, nonseulement pendant la grossesse, mais encore avant la conception (J). »

Nous sommes donc convaincus de la nécessité de savoir diagnostiquer les viciations de la filière pelvi-génitale, mais pour arriver à ce but, il faut avant tout connaître l’état normal du bassin lui-même.

Lorsqu’un chirurgien se trouve en présence d’un membre luxé ou fracturé, il complète son diagnostic par la comparaison avec le membre sain, ce dernier lui donne la mesure exacte de la déformation pathologique de la partie malade. En médecine, la tâche est plus difficile, car l’auscultation, la percussion ou la palpation ne fournissent de données sûres qu’à la condition de faire le parallèle avec l’organe sain que l’esprit seul a en vue. L’accoucheur devra, lui aussi, comme le médecin, étudier à fond et graver dans son esprit ce type normal qui sera plus tard, à chaque instant, son point de repère et de comparaison.

La division de notre sujet découle tout naturellement des considérations précédentes.

(1) Pinard. Thèse de Paris, 1874.

I. Dans un premier chapitre nous étudierons ce qui concerne l’anatomie et la physiologie du bassin obstétrical :

Page 1