CHAPITRE I
Le nom de bassin (pelvis) a été donné depuis Vésale par les anatomistes et les accoucheurs à un conduit osseux formé par les os coxaux, le sacrum et le coccyx, réunis par des ligaments solides et circonscrivant une cavité qui, chez la femme, renferme, outre le rectum et la vessie, l’appareil génital profond et que doit traverser le fœtus pendant l’accouchement.
Nous ne donnerons ici que les caractères généraux de ces os et des articulations qui les unissent, car on les trouve décrits en détail dans tous les traités d’anatomie descriptive ou obstétricale.
1° Os sacrum. — Le sacrum est un os impair médian symétrique, situé à la base de la colonne vertébrale qu’il termine, entre les os coxaux, et par conséquent en arrière du bassin. Il a la forme d’une pyramide quadrangulaire renversée, la base en haut. Il présente quatre faces, une base et un sommet.
Face antérieure concave en avant sur les côtés de laquelle se trouvent les trous sacrés.
Face postérieure convexe en arrière; au milieu une crête saillante formée par les apophyses épineuses des vertèbres sacrées, sur les côtés les trous sacrés postérieurs.
Faces latérales s’articulant avec les os iliaques.
Base s’articulant avec la dernière vertèbre lombaire, son bord antérieur arrondi constitue le promontoire ou angle sacro-vertébral. Ce promontoire est quelquefois
relevé par une vertèbre supplémentaire soudée au sacrum (1).
Sommet s’articulant avec le coccyx.
Coccyx. — Le coccyx est, comme le sacrum, formé par cinq pièces osseuses qui constituent un os impair médian symétrique. Sa face antérieure est concave, sa face postérieure est convexe, en contact presque immédiat avec la peau ; ses bords latéraux sont obliques en bas et en dedans ; sa base s’articule avec le sommet du sacrum et ce sommet est libre, arrondi ou bifurqué, facile à sentir sous les parties molles qui forment le plancher du bassin.
Us coxal. — Os innommés ou iliaques pairs, constituant les parties latérales et antérieures du bassin. Il est formé de la réunion de trois parties : l’ilion, l’ischion et le pubis. Il présente deux faces et une circonférence :
Face externe : au milieu de laquelle se trouve la cavité cotyloïde ; au dessus la fosse iliaque externe, au dessous le trou obturateur.
Face interne : elle est divisée en deux parties par un rebord mousse et courbe, la ligne innominée qui va du bord antérieur de l’aileron du sacrum à la face postérieure de la branche horizontale du pubis. Au dessus la fosse iliaque interne, en arrière de cette dernière une surface rugueuse pour l’articulation sacrojliaque ; au dessous une partie plane qui est le fond de la cavité cotyloïde ; en avant la face interne de l’ischion, le trou obturateur, la face postérieure de la branche horizontale du pubis, le corps du pubis et la branche ischio-pubienne.
(1) Uemelin. Anatomie obstétricale. Paris.
Bords : ses bords sont au nombre de quatre :
Antérieur : va de l’épine iliaque antérieure et supérieure à l’angle du pubis ; on y remarque une partie verticale ou se trouve l’épine iliaque antérieure et inférieure, et plus bas l’éminence ilio-pectinée, enfin une portion horizontale qui va à l’épine et à l’angle du pubis.
Inférieur: qui va de l’angle du pubis à la tubérosité de l'iscliion ; on y trouve la surface articulaire du pubis et la branche ischio-pubienne déjetée en dehors.
Postérieur : allant de l’ischion à l’épine iliaque postérieure et inférieure. On y remarque la petite échancrure sciatique, l’épine sciatique et la grande échancrure sciatique.
Supérieur: ce bord va de l’épine iliaque antérieure et supérieure à l’épine iliaque postérieure et supérieure. Il est sinueux en forme d’S, épais et présente une particularité peu signalée par les anatomistes et les accoucheurs. Sabatier l’a entrevue, il dit en parlant de l’os des iles : . « ...la crête de l’ilion le termine supérieurement ; c’est un bord épais, en quelque sorte demi-circulaire et contourné à contre sens ». C’est sur ce mot de demi-circulaire que nous nous arrêterons un instant.
Si on examine l’os iliaque par sa face externe, on voit que le bord supérieur est sensiblement circulaire surtout chez la femme ; il faudrait en excepter cependant le quart antérieur, c’est-à-dire la partie comprise entre la portion la plus épaisse du bord iliaque ou tubérosité iliaque et l’épine iliaque antérieure et supérieure. Les trois quarts postérieurs constituent environ le cinquième d’une circonférence parfaite dont le centre serait sensiblement voisin du centre de la cavité cotyloïde.
Voici les mesures prises sur 10 bassins de femmes normales et adultes au musée anatomique de la Faculté de médecine de Paris : (Orfila)
Distance entre la crête iliaque et le centre de la cavité cotyloïde.
Pièce n° 306 13cont
Somme = 129.0
La moyenne de ce rayon est, comme on voit, de près de 13 centimètres. Si donc on place la pointe d’un compas sur le centre de la cavité cotyloïde et qu’on fasse décrire à l’autre branche une circonférence de 13 centimètres de rayon, elle devra suivre sensiblement la crête iliaque depuis l’articulation sacro-iliaque jusqu’à la tubérosité iliaque d’où, dans son trajet pour atteindre l’épine iliaque antérieure et supérieure, elle ne s'en écartera du reste que fort peu. Si nous nous sommes un peu étendus sur ce détail anatomique, c’est qu’il va plus loin nous servir de base pour mesurer, par un procédé pratique, l’inclinaison normale et anormale du bassin.
2° Articulation (1). — Les articulations du bassin sont des symphyses, on en compte six: 1° Symphyses du pubis : présentant deux facettes rugueuses recouvertes par un tissu cartilagineux très adhérent ; elles sont en contact en arrière et séparées en avant par un fibro-cartilage. Elle est en outre entourée par quatre ligaments : Antérieur, postérieur, supérieur et inférieur, ce dernier, important, est appelé ligament sous-pubien ;
(I) Ribcmont Dessaigne et Lepage (Précis d'obstétrique).
Reynaud. — 2.
2° Symphyses sacro-iliaques : très serrées et maintenues par de puissants ligaments surtout en arrière, ligaments articulaires et para articulaires (grand et petit ligament sacro-sciatique). A l’état normal le jeu des articulations du bassin proprement dites est fort limité, il ne devient évident que dans la symphyséotomiè ;
3° Articulation sacro-coccygienne : C’est une amphyarthrose avec quatre ligaments: un antérieur, un postérieur et deux latéraux ;
4° Articulations inter-coccygiennes : assez fréquentes, enveloppées d’une gaine fibreuse ;
5° Articulation sacro-vertébrale : Elle comprend : 1° une articulation médiane ou symphyse sacro-vertébrale, analogue à l’articulation des vertèbres entre elles ; et 2° deux articulations latérales ou arthodies sacro-vertébrales situées sur l’apophyse du sacrum et sur l’apophyse correspondante de la cinquième lombaire. Les ligaments sont au nombre de six : Une capsule articulaire, le ligament jaune, le ligament, sacro-vertébral, le ligament ilio-lombaire et les ligaments surépineux et interépineux.
3° Du bassin en général. — Plans externes. — 1° Surface extérieure osseuse. — Cette surface se divise en quatre régions : antérieure, postérieure et latérales.
Antérieure. Elle est constituée par la symphyse pubienne qui occupe la ligne médiane. Il importe de savoir la reconnaître et en apprécier la forme et la hauteur : « ses dimensions, du reste, a dit Baudelocque, peuvent influer sur le mécanisme de l’accouchement. » Il faut également, si l’état des parois abdominales le permet, en déterminer le milieu en se guidant sur la saillie des deux épines du pubis. La hauteur de la symphyse a été évaluée
de 35 à 50mm. La face antérieure présente encore de chaque côté le corps du pubis avec ses deux branches horizontales et descendantes, la branche ascendante de l’ischion et le trou obturateur.
Postérieure. Elle est fortement convexe et constituée en grande partie par la face postérieure du sacrum. En dehors se trouvent la symphyse sacro-iliaque et le bord postérieur de l’os coxal. Sur ce bord on trouve en allant de haut en bas les deux épines iliaques postérieures, la grande échancrure sciatique, l’épine sciatique et l’ischion saillie massive et rugueuse où viennent s’insérer des muscles nombreux et puissants.
Entre le sacrum et le bord postérieur de l’os coxal, existe une profonde échancrure plus large en bas qu’en haut et que comblent en partie sur le cadavre les deux ligaments sacro -sciatiques.
Latérales. Ces régions inclinées en bas et en arrière pour leur moitié supérieure, en haut et en avant pour leur moitié inférieure, présentent de haut en bas : la fosse iliaque externe avec les deux lignes demi-circulaires, la cavité cotyloide et l’ischion .
Nous passerons sous silence la face interne et les parties molles (muscles vaisseaux et organes) en connexion intime avec le bassin, nous allons écrire avec plus de détails les parties molles externes ou apparence extérieure, la seule qui entre dans le cadre que nous nous sommes tracé.
2° Plan musculaire -(1). — Les trois principales saillies musculaires qui font un relief sensible. Sous la peau et le tissu cellulaire sous-cutané recouvrant le bassin, sont : celles du grand oblique, du fessier et de la masse sacrolombaire recouverte par le grand dorsal.
(1) Mathias Duval. Anatomie artistique.
Le grand oblique est aponévrotique dans sa partie abdominale antérieure et charnu dans sa portion latérale externe. Cette portion charnue se détache de la face externe des 7 dernières côtes auxquelles elle s’insère par autant de languettes triangulaires ou digitations entrecroisées avec celles des muscles grand dorsal et grand dentelé. De ces insertions costales, les fibres se portent en bas, les plus postérieures verticalement pour aller s’attacher à la crête iliaque, les autres obliquement en bas et en avant pour donner bientôt naissance à un large tendon membraniforme, dit aponévrose du grand oblique. Les fibres de cette aponévrose, continuant la direction primitive des fibres musculaires, passent en avant du muscle grand droit de l’abdomen et arrivent jusqu’à la ligne médiane où, s’entre-croisant avec les fibres homologues de l’autre côté, elles forment un long raphé médian dit ligne blanche de l’abdomen, allant de l’appendice xyphoïde à la symphyse pubienne.
A la face postérieure du bassin nous trouvons le grand dorsal qui part au moyen d’une large aponévrose triangulaire (aponévrose lombo-sacrée) des apophyses épineuses des vertèbres lombaires et sacrées et du tiers postérieur de la crête de l’os iliaque ; les fibres musculaires succèdent à cette aponévrose suivant une ligne oblique allant de la crête iliaque vers les dernières apophyses épineuses dorsales. Il est inutile de suivre ce muscle jusqu’à ses insertions supérieures.
Au-dessous du grand dorsal se trouve de chaque côté de la colonne vertébrale une puissante saillie musculaire constituée par le sacro-lombaire et le long dorsal.
Sur la face postéro-externe du bassin on rencontre seulement deux muscles superficiels et bien dessinés : le grand fessier et le moyen fessier.
Le grand fessier se compose de larges faisceaux charnus, obliquement dirigés de la région sacro-iliaque vers la partie supérieure du fémur. En effet ses fibres s'insèrent d’une part à l’extrémité postérieure de la crête de l’os des îles el par l’intermédiaire d’une aponévrose à la crête du sacrum ; de là ses fibres charnues se dirigent en bas et en dehors. Arrivées au niveau du grand trochanter elles sont remplacées par une large et épaisse lame tendineuse, qui se continue superficiellement avec l’aponévrose externe de la cuisse et s'insère profondément sur la branche de bifurcation externe de la ligne âpre du fémur. Le bord externe de ce muscle est légèrement concave, il répond à la ligne selon laquelle les fibres charnues sont remplacées par des fibres tendineuses ; il forme donc une saillie qui encadre en arrière le grand trochanter. C’est ce qui explique que le grand trochanter se trouve, lorsqu’il est recouvert par la peau, former une région légèrement déprimée, à dépression cependant moins marquée chez la femme que chez l’homme.
Le moyen fessier est situé au-dessous et en haut du grand fessier, il s’insère aux trois quarts antérieurs de la crête iliaque jusqu’au niveau de l’épine antérieure et supérieure et descend vers le grand trochanter à la face externe duquel il s’insère par un épais tendon.
Telles sont les principales saillies qu’on doit sentir et retrouver facilement sous le tissu cellulaire et la peau.
3° Plan cutané (1). — « Les différentes parties dures ou molles que recouvre la peau n’étant pas toutes situées sur le même plan et ne formant pas une surface unie et partout continue, doivent nécessairement se traduire à la sur-
(1) Fau (Anatomie des (ormes du corps humain), 18(5ii, et Paul Rjclier (Anatomie artistique).
l'ace du corps par des éminences, des dépressions, des méplats plus ou moins prononcés... » Fau (1).
Les dépressions que l’on remarque à la surface du corps correspondent généralement à des os ou bien à des parties ligamenteuses ; presque toutes les saillies sont produites par des muscles. Il est facile de vérifier cette proposition formulée pour la première fois par Gë“rdy. La cause nous l’avons vue en étudiant le plan musculaire immédiatement sous-jacent à la peau. Les muscles venant s’attacher aux os soit pour les mettre en mouvement, soit pour y prendre des points d’appui, forment nécessairement un relief autour de la partie osseuse. Les parties ligamenteuses qui donnent insertion à des muscles produiront le même phénomène.
Nous allons donc étudier à la surface de la peau les saillies, les dépressions et les lignes en conservant la division de : Face antérieure, inférieure, postérieure et latérales.
Face antérieure. — Cette face peut être comprise entre l’ombilic et la partie inférieure des parties génitales externes. Elle présente à considérer la saillie abdominale qui peut être intestinale ou utérine pendant la gestation. Dans cette dernière circonstance la forme et le volume du ventre n’ont rien de fixe, pas plus que l’utérus gravide. Sur cette saillie, du pubis à l’ombilic et souvent au-dessus, apparaît pendant la grossesse la ligne brune. Cette ligne devrait normalement coïncider avec l’axe du corps, mais en raison de la position du fœtus dans l’utérus elle peut être déviée ainsi que l’ombilic à droite ou à gauche et ne peut par conséquent servir de point de repère dans une mensuration quelconque.
A la naissance de la ligne brune se trouve le mont
(1) Fau (Anatomie des formes du corps humain). Paris, 1885.
de Vénus qui recouvre le pubis. La saillie de la symphise pubienne est facilement sentie sous la peau, bien qu’elle n’y fasse pas un relief très marqué; on peut, surtout si on déprime la paroi abdominale, en délimiter le bord supérieur, ce que nous aurons à faire souvent en indiquant notre moyen de mesurer l’inclinaison du bassin.
Plus au dessous apparaît l’angle supérieur de l’orifice vulvaire, plus ou moins visible suivant que le bassin est plus ou moins incliné en avant ou en arrière. Les grandes lèvres qui ferment et bordent cet orifice se contournent pour gagner le plan inférieur ou périnéal. Dans le bassin normal, la fente vulvaire doit être également sur l’axe même du corps.
Sur les parties latérales de la région antérieure on trouve un sillon profond, dirigé obliquement de dehors en dedans et de haut en bas. C’est ce que Fan a appelé le grand sillon ou arcade inférieure, le pli de Vaine des anatomistes. Il sépare la cuisse de l’abdomen et va de l’épine iliaque antérieure et supérieure au pubis, au niveau duquel (généralement à la partie supérieure) il s’unit au sillon opposé. La cuisse étendue sur le tronc, il prend l’aspect d’un pli large mais dans la llexion du membre il s’accentue davantage et se creuse quelquefois profondément. Pendant la grossesse et surtout chez les multipares et les femmes à utérus tombant, à ventre en besace, il se creuse très profondément aussi, en décrivant une courbe reposant sur le pubis. « Dans son trajet de l’épine iliaque au pubis, il suit à peu près le bord de l’échancrure antérieure du bassin. Les sinuosités de cette échancrure sont effacées par les ligaments aponévrotiques ». Fau. — Les ligaments inguinaux et cruraux recouverts immédiatement par la peau sont la cause de sa formation.
Les deux sillons inguinaux représentent les deux côtés d’un triangle isocèle à sommet inférieur et la bissectrice de l’angle du sommet doit, sur un bassin normal, coïncider avec l’axe du corps.
Enfin, pour terminer la région antérieure, il faut remarquer un second sillon : le sillon de la cuisse qui naît à la racine des grandes lèvres en dedans de la rainure qui sépare la cuisse du pubis et qui, contournant la base du membre abdominal, suit une direction ascendante, presque parallèle au pli inguinal, pour se terminer en dehors à quelques travers de doigt au dessous de l’épine iliaque. Il y a là ce que Paul Richer (1) appelle la fossette fémorale et qui répond à l’écartement des deux muscles : couturier et tenseur du fascia lata.
Face postérieure. — Nous donnerons comme limite supérieure à cette région l’angle supérieur de ce grand losange aponévrotique étudié plus haut, et comme limite inférieure les deux plis fessiers. Les deux côtés supérieurs du losange sont dus aux reliefs du grand dorsal inséré sur l’aponévrose ; ils sont en général peu marqués. Le losange est traversé en son milieu, verticalement et selon l’axe du corps, par le sillon lombaire médian. Ce sillon large et profond correspond sur le squelette à la crête spinale transformée en gouttière par les muscles de la masse sacro-lombaire qui le bordent de chaque côté. Néanmoins il est fréquent de voir les apophyses épineuses des vertèbres lombaires se révéler à l’extérieur par une série de saillies nodulaires occupant le fond du sillon. Ces saillies parfois irrégulières ne se montrent généralement qu’au nombre de trois ou quatre ; elles sont toujours fort discrètes dans la station droite, il en est autrement dans la flexion en avant (2).
1) Paul Richer. (Anatomie artistique).
2) Richer. Loc. cil.
Le sillon lombaire médian descend jusque sur le sacrum vers la moitié inférieure duquel il s’efface complètement. Près de sa terminaison il est marqué généralement d’une dépression (fossette lombaire médiane) qui correspond à l’union de la colonne lombaire et du sacrum.
En dessous de cette fossette va commencer le sillon interfessier très profond qui, passant sur la convexité du coccyx, ira rejoindre le plan périnéal ou plan inférieur.
Les deux angles du losange postérieur viennent aboutir à deux fossettes ( fossettes lombaires latérales). Ces fossettes correspondent à une saillie osseuse, l’épine iliaque postérieure et supérieure, transformée en dépression par le relief des masses charnues qui s’y rattachent. Dans un bassin normal les deux fossettes sont parfaitement symétriques et d’égale profondeur.
Au-dessous de ces fossettes se trouvent les' côtés latéraux inférieurs du losange : ces côtés suivent la direction de la crête iliaque et des apophyses transverses des fausses vertèbres du sacrum; ils sont formés par la saillie musculaire des grands et moyens fessiers fixés avec l’aponévrose sur les éminences osseuses. Le grand fessier très volumineux en ce point est soulevé à sa partie inférieure par les éminences ischiatiques. Les éminences fessières arrondies et saillantes se continuent avec les parties latérales.
Enfin, à la limite inférieure de la région on voit le pli fessier symétrique et transversal. En ce point, la face profonde de la peau est unie à l’aponévrose fémorale qui ellemême s’insère à l’ischion. De là, comme le fait remarquer Richer, entre le pli cutané et le bassin une connexion intime qui fait que l’un suit les mouvements de l’autre. Ce pli est perpendiculaire à l’axe du corps et vient se perdre à la face externe de la cuisse au niveau de la dépression située derrière le grand trochanter.
- 2fi —
Face latérale. — Cette face a pour limite apparente en haut le relief charnu du grand oblique, pour limite réelle la crête iliaque ; en bas le pli fessier que nous venons d’étudier.
Fau avait dit qu’un sillon profond, sillon de là hanche, était situé au dessous de la saillie du muscle grand oblique, qu’il correspondait à la crête iliaque dont il suivait exactement le trajet courbe et oblique d’avant en arrière et de bas en haut ; mais Riclier fait remarquer avec raison que ce sillon ne correspond nullement à la crête iliaque. En etïet les fibres les plus inférieures du grand oblique s’attachent par de très courtes fibres aponévrotiques à la lèvre externe de la crête iliaque, de telle sorte que le pli cutané qui résulte de leur relief, se forme non pas juste au niveau de la crête osseuse, mais audessous. En avant les libres charnues du grand oblique s’éloignent de la crête osseuse, il en résulte qu’à ce niveau le sillon iliaque répond exactement à la crête osseuse, décrivant une courbe à convexité supérieure. A l’extrémité antérieure de ce sillon, l’épine iliaque supérieure forme toujours une petite saillie.
La partie postérieure de ce sillon iliaque est comblée chez la femme par un panicule adipeux sous-cutané qui va faire disparaître aussi la fossette lombaire supérieure qu’on ne trouve que chez l’homme.
Au-dessous du sillon iliaque ou de la hanche, nous trouvons une surface déprimée qui correspond aux muscles moyen fessier et tenseur de l’aponévrose du fascia lata ; puis la saillie du grand trochanter à laquelle succède en arrière une dépression due à ce qu’en ce point la peau est appliquée sur l’aponévrose du fessier. Derrière cette dépression, le puissant muscle grand fessier produit une large saillie convexe qui se continue sur la face postérieure et se termine en bas au sillon inférieur de la fesse.
Face inférieure. — La face inférieure n 'offre rien de spécial ; elle est constituée par la région périnéale et présente d’avant en arrière : l'orifice vaginal, le périné proprement dit, l’orifice anal et la terminaison du pli interfessier au fond duquel on trouve facilement les dernières vertèbres coccygiennes.
4 0 Dimensions extérieures. — Ces dimensions bien étudiées par Naegelé, Schrœder (1), Veit, Verneau (2), doivent être connues de l’accoucheur « pour servir de terme de comparaison dans certains cas pathologiques d'asymétrie ou de rétrécissement général par exemple ». Demelin (3). Ces dimensions sont les suivantes :
Diamètre antéro-postérieur : De l’apophyse épineuse de la dernière vertèbre lombaire au bord supérieur de la symphyse pubienne (Conjugué externe ou diamètre de Baudelocque), 20 centimètres.
Diamètres transversaux : 1° d’une épine iliaque
antérieure et supérieure d’un côté à celle du côté opposé = 23 centimètres;
2° D’une crête iliaque à l’autre distance maxima = 26 centimètres ;
3° D’un grand trochanter «à l’autre =31 centimètres;
. 4° D’une épine iliaque postérieure et supérieure d’un
côté à celle du côté opposé = 7 cent. 3 ;
Diamètres obliques : 1° d’une tubérosité ischiatique à l’épine iliaque postérieure et supérieure de l’autre côté = 17 cent. 5 ;
2° De l’épine iliaque antérieure et supérieure d’un côté à l’épine iliaque postérieure et supérieure de l’autre côté = 21 cent.;
3° De l’apophyse épineuse de la cinquième lombaire
(1) Schrœder. Traité d’accouchement.
(2) Verneau. Le bassin suivant les sexes et les races. Th. Paris, 1857.
(3) Demelin. loc. cit.
à l’épine iliaque antérieure et supérieure = 18 cent. ;
4° Du milieu du bord inférieur de la symphyse pubienne à l’épine iliaque postérieure et supérieure, 17 cent. 2.
5° Mouvements. — Les mouvements du bassin sont fort limités quant à leur direction. La llexibilité des vertèbres lombaires fait que la partie supérieure du tronc peut bien se mouvoir un peu sur le bassin, mais les mouvements plus étendus et plus rapides du tronc entier tiennent à ce que le bassin tourne sur les têtes des fémurs sur lesquelles il est très mobile. Quand il n’y a qu’une seule jambe de fixée, le bassin peut aisément se tourner de tous les côtés, mais quand les deux jambes sont fixées, que par exemple elles s’appuient avec force contre le sol, le bassin ne peut plus tourner sur elles que dans un seul plan, savoir un plan vertical dirigé d’avant en arrière autour d’un axe qui passe par la tête des fémurs (l).
6° Inclinaison. — Considéré par rapport au reste du squelette, le bassin présente une inclinaison normale que l’on peut constater et mesurer en la rapportant aux plans du détroit supérieur et inférieur. « Elle est intéressante à connaître en obstétrique et n’est pas étrangère aux conditions nombreuses qui concourent à l’accomplissement d’une parturition heureuse et facile (2) ». Lorsque le tronc entier tourne sur lui-même, cette inclinaison ne change pas, pourvu seulement que la colonne vertébrale ne se courbe point. Elle demeure donc aussi la même dans la situation horizontale et l’on peut d’après elle se faire une idée nette de la situation de l’anneau pelvien même chez la femme couchée.
(1) Weber. Encyclopédie anatomique ; traduit de l’allemand par Jourdan,
(2) Arnaud, Thèse de Paris, 1856.
Le plan du détroit supérieur est incliné de liaut en bas et d’arrière en avant, il forme avec l’horizon un angle dont la moyenne est de 55° à G0°. Le plan du détroit inférieur présente une obliquité de même sens, mais moins prononcée; l’angle qu’il forme avec l’horizon est de 10° à 11°. Les deux plans prolongés se rencontrenl en avant du pubis sous un angle de 45° à 50°.
On a exprimé autrement cette inclinaison en disant que l’angle sacro-vertébral est situé à 7 centim. environ audessus de la symphyse pubienne, transformant ainsi, ce qui est toujours avantageux, une mesure angulaire en mesure linéaire.
« On peut admettre que le détroit supérieur affecte une direction horizontale sur un bassin normalement incliné quand une femme est couchée un peu plus bas que dans la position qui tient le milieu entre le décubitus dorsal et la position assise. Du reste l’inclinaison du détroit supérieur est beaucoup modifiée par l’attitude de la femme ; c’est-àdire lorsqu’elle est assise, couchée, etc., et diminue en général notablement quand cette dernière s’accroupit en fléchissant fortement les cuisses contre le tronc, ce qui abaisse le promontoire et élève la paroi antérieure du bassin (1). »
7. Bassin considéré, suivant les individus, les races, les sexes et les âges ( développement ).
Suivant les individus : « Le bassin classique absolument régulier, dit Hubert de Louvain, est aussi rare chez la femme que la perfection des traits du visage entrevue par l’art grec et peut-être plus de variétés encore peuvent-elles se rencontrer dans la configuration du pelvis que dans celle de la face (2). » 11 peut y avoir un renversement en dehors
(1) Aubenas, traducteur de Naegelé.
(2) Hubert de Louvain, cours d’accouchements, 1878
des os iliaques, les épines iliaques peuvent être quelquefois plus éloignées l’une de l’autre, les branches ischio-pubiennes peuvent être plus ou moins écarLées, il peut y avoir défaut de concordance entre la taille de la femme et les dimensions de son bassin, mais nous verrons dans le chapitre troisième que, en ce qui concerne le fémur, la concordance doit être rigoureuse sous peine de viciation de la filière pelvienne.
Suivant les rares : La question a été étudiée par Vrolick, professeur à Amsterdam, puis par Dubois, Depaul, Verneau... Vrolick (1) déclare qu’il est toujours facile de reconnaître le bassin d’une négresse du bassin d’une femme caucasique, et ce dernier du bassin d’une femme mongole.
Les principaux caractères distinctifs sont les suivants : Chez la négresse, les ilions sont dirigés plus verticalement et la partie la plus relevée de cet os se trouve très en arrière près des épines iliaques postérieures et supérieures. Les épines iliaques antérieures et supérieures sont plus rapprochées, le sacrum moins large, le plan du détroit supérieur moins incliné, le diamètre transverse moins prédominant, en un mot la forme générale du bassin porte un caractère d’animalité difficile à méconnaître. Il présente une forme allongée très caractéristique.
Le bassin de la femme mongole offrirait les mêmes différences mais plus exagérées encore.
Le bassin des Javanaises serait pour Vrolick le type du bassin idéal mais à formes un peu infantiles. Il faut se reporter, pour plus de détails, à l’excellente thèse de Verneau (2). Paris, 1875.
Suivant les sexes : Les différences sexuelles peuvent se résumer en disant que chez l’homme les dimensions
(1) Vrolick. — Etude sur le bassin suivant les rares. — Amsterdam, 1826.
(2) Verneau. Loc. cil.
verticales remportent sur les dimensions transversales, ce qui est le contraire chez la femme.
Les épines du pubis sont plus écartées chez la femme. Chez l’homme le sommet des épines sciatiques est quelquefois en dedans des épines iliaques postéro-inférieures, il est toujours en dehors chez la femme. — L’arcade du pubis est plus ouverte chez la femme, l’angle chez elle est de 75° et n’est que de 58° chez l’homme. — Chez la femme le sacrum et le coccyx sont plus élevés et plus aplatis, le sacrum est plus incliné en avant, ce qui rend chez la femme la courbure lombaire plus sensible.
La hauteur totale du bassin de l’homme est de 22 centimètres et de 19.7 seulement pour celui delà femme. Enfin l’inclinaison est plus grande chez cette dernière.
Suivant les âges : Ici nous entrons dans la question du développement du bassin dont il nous reste à dire quelques mots pour terminer cette étude, un peu longue peut-être, mais nécessaire cependant, de l’aspect extérieur du bassin normal chez la femme.
Litzmann, Duncan, Schrœder, Hubert de Louvain ont étudié le mécanisme du développement du bassin. Ces auteurs reconnaissent que les modifications qu’éprouve le bassin proviennent de ce que toutes ses parties constituantes ne s’accroissent pas dans les mêmes proportions, elles sont inhérentes à l’évolution des os qui le constituent et résultent de causes organiques et physiques.
Les causes organiques trouvent leur origine dans le travail de nutrition et les causes physiques tendent surtout à modifier la configuration que le pelvis prendrait si elles n’intervenaient pas; elles consistent en tractions, pressions variables selon leur intensité, leur durée, selon l’état des os et les résistances qu’elles rencontrent. Parmi ces causes
physiques, la plus importante est la pression du poids du corps.
Le sacrum ne s’enfonce pas, ainsi que l’ont admis P. Dubois et Gavarret, à la façon d’un coin dans les os iliaques ; Hubert et Valérius de Louvain ont réfuté cette opinion en montrant que le sacrum est plus large sur sa face antérieure que sur la postérieure. L’évolution du sacrum qui est solidement fixé entre les deux os des îles, se fait transversalement au profit du diamètre transverse. Le poids du corps tend à abaisser le promontoire en avant, mais la pointe de l’os ne pouvant se porter en arrière à cause des ligaments qui la retiennent, il s’ensuit que cet os subit une courbure marquée de haut en bas. Les os iliaques s’arcboutant l’un contre l’autre en avant et contre le sacrum en arrière, il s’ensuit que leur accroissement ne peut se faire qu’à l’avantage des diamètres antéro-postérieur et transverse du bassin.
Cette évolution des os du bassin est tardive et, des trois grandes cavités osseuses, dit Testut(l), c’est le bassin qui atteint le dernier son développement.
Chez le fœtus et chez l’enfant qui vient de naître, les dimensions du bassin sont tellement réduites que les viscères qu’il contiendra plus tard ne peuvent s’y loger et se tassent dans la cavité abdominale qu’ils refoulent dans tous les sens.
On admet, en général, que le diamètre antéro-postérieur du détroit supérieur l’emporte sur le diamètre transverse jusqu’à l’âge de huit ans.
Le développement complet sera effectué vers dix-huit ou vingt ans.
Nous verrons plus loin dans le chapitre III0 la concordance de ces faits avec les mensurations que nous avons pu pratiquer sur des bassins de jeunes filles de 13 et 14 ans.
(1; Testut. Traité d’anatomie descriptive.