Chapitre XIV
Exemple remarquable de science médicale infuse . Inutilité des études médicales reconnue par les commissaires. Consultation de mademoiselle Céline.
A mesure que nous avançons dans l’examen des faits qui se sont passés sous les yeux.des commissaires,. l’intérêt augmente, le merveilleux s’accroît, et l’esprit est à la fois confondu par tant de prodiges et écrasé sous le poids de tant de preuves irrécusables. Sans doute l’intuition et la prévision étaient déjà évidentes et. même portées à un très haut degré dans /les deux cas précédents, puisque les commissaires ilous répélenten-» core ( pag. 63 ) que les deux individus qui en font le sujet, «voyaient la maladie dont ils étaient atteints* » ( Paul voyait, en effet, sa paralysie , et Cazot son* » épilepsie), indiquaient le traitement par lequel on » devait les combattre, en annonçaient le terme et en; >j prévoyaient les attaques, » cequiest prouvé, comme, on le sait, par les faits interprétés tout naturellement. Mais avec tout cela ces deux individus étaient des égoïstes; tout se rapportait à eux : diagnostic, pronostic, traitement; tout était pour eux, rien pour les autres ; etalors, je vous le demande, à quoi bon tant de finesse dans Pintuition , tant de perspicacité dans la prévision ? La nature se mettait en frais pour bien peu de cliose ! Ici les faits seront d’un intérêt général, la question embrasse l’humanité entière, et les hommes vraiment philanthropes n’auront plus à gémir sur l’exigui té des résultats. Empruntons au rapporteur se&
propres expressions : « Ici le magnétisé, plongé dans le » somnambulisme, juge la maladie des personnes avec » lesquelles il se met en rapport; il en détermine la » nature et en indique le remède. » (Pag. 63, 64. ) Yoici les preuves.
Nous sommes d’abord avertis par M. Husson ( pag. 64), que mademoiselle Céline, quia naturellement l’haleine fort douce, contracte, pendant qu’on la magnétise, une baleine fétide et repoussante; qu’elle entend les personnes qui lui parlent de très près et en » la touchant, et qu’elle n’entend pas le bruit de n deux assiettes que l’on brise à côté d’elle.
jj C’est lorsqu’elle a été plongée dans cet état de » somnambulisme, que la commission a reconnu trois » fois chez elle la faculté de discourir sur les maladies » des personnes qu’elle touche , et d’indiquer les re~ » mèdes quil convient de leur opposer. « ( p. 64. ) Discourir sur les maladies ! En vérité, nous sommes impatients d’entendre Mademoiselle Céline : M. le Rapporteur* nous en fait venir l’eau à la bouche. Trois fois, dit-il, elle a discouru par devant la commission , et fort heureusement, lui, rapporteur, a recueilli précieusement les discours proférés par cette demoiselle; voyons donc ces discours :
« La commission trouva parmi ses membres quel- » qu’un qui voulut bien se soumettre aux indaga m lions de celte somnambule. ( J’en fais mes cornpliments à M. Husson, le mot indagation est par- >3 faitement trouvé. ) Ce fut M. Marc. Mademoiselle >3 Céline fut priée d’examiner avec attention l’état 3> de la santé de notre collègue. Elle appliqua la
» main sur le front et la région du cœur, et au » bout de trois minutes , elle dit que le sang se por- » tait à la tête; qu’actuellement M. Marc avait mal » dans le côté de cette cavité ; qu'il avait souvent de » l’oppression, sur-tout après avoir mangé; qu’il de- « vait avoir souvent une petite toux; que la partie » inférieure de la poitrine était gorgée de sang; que » quelque chose gênait le passage des aliments; que » cette partie était rétrécie ; que pour guérir M. Marc, » il fallait qu’on le saignât largement; que l’on ap-
pliquât des cataplasmes de ciguë , et que l’on fît des » frictions avec du laudanum sur la partie inférieure » de la poitrine; qu’il bût de la limonade gommée; « et qu’il ne se promenât pas immédiatement après le » repas. » ( p. 64» 65. )
O Laennec ! Corvisart , Avenbrugger ! et vous tous
médecins auscultateurs , percuteurs, etc.; que vous
êtes petits près de Mademoiselle Céline ! que de temps, que de labeur ne vous faut-il pas pour découvrir de larges hépatisations des poumons, de vastes cavernes, etc.? que vos indagations , comme dit le rapporteur, sont pénibles , étroites et mesquines ! voyez Mademoiselle Céline , trois minutes lui ont suffi pour l’exploration de toutes les cavités de M. Marc : elle voit sa
tête , elle suit ses bronches , elle pénètre dans sou estomac , enfin , pour nous servir encore des expressions du rapporteur, elle détermine la nature de ses maladies ! n’est-ce pas en effet déterminer des maladies que de dire , ce Monsieur a mal à la tête ? ou bien il a une petite toux ? ou bien il a quelque chose qui gêne le passage des aliments? Il est bien vrai qu’il ne.
faut pas beaucoup de temps pour remarquer que
M. Marc est chargé d’une mauvaise graisse , qu’il a le teint olivâtre , qu’il a le cou extrêmement court , conséquemment qu’il doit éprouver quelque difficulté à respirer, sur-tout lorsque son estomac est plein : mais Mademoiselle Céline avait trouvé tout cela par une indagation particulière. Ce n’est pas tout, elle a indiqué les remèdes, car ce n’est pas M. Foissac qui lui avait enseigné les noms et les usages de la ciguë , du laudanum, etc. , etc. ; c’est son indagation qui lui avait fait encore trouver cela.
On sent combien un diagnostic aussi positif, aussi précis , a dû émerveiller MM. les commissaires : « en effet, poursuit M. Husson, il nous tardait d’apprendre de M. Marc, s’il éprouvait tout ce que cette som- » nambule avait annoncé. » (65.)
L’impatience de ces Messieurs était bien naturelle- Que dit M. Marc ? « il nous dit quen effet , il avait de 3> l’oppression lorsqu’il marchait, que souvent, comme « elle l’annonçait, il avait de la toux, et qu’avant » l’expérience il avait mal dans le côté gauche de Ja >3 tête; mais qu’il ne ressentait aucune gêne dans le 3) passage des aliments. » (65.)
Tout ne s’est-il pas vérifié ? N’est-il pas merveilleux que cette demoiselle ait deviné que M. Marc était, comme on le dit , essoufflé et qu’il avait une petite toux ? Quant à la chose qui devait gêner le passage des aliments, je suis presque sûr qu’il ne faut pas faire un reproche à Mademoiselle Céline de l’avoir indiqué inconsidérément ; quelque demi- savant peut-être lui aura fait commettre celle bévue. Ce pauvre M. Marc 1
où a-t-on été soupçonner qu’il y avait chez lui quelque affection squirrheuse dans le voisinage du pylore, et de là, nécessité de la ciguë ?
Quoi qu’il en ait été de l’état du pylore de M. Marc, la consultation de cette demoiselle n’en était pas moins effrayante de vérité ; aussi voyez ce que dit M. Husson :
« Nous avons ét é frappés de cette analogie entre » ce qu’éprouvait M. Marc, et ce qu’annonçait la som- » nambule , et nous l’avons soigneusement annoté. » (650
L’annotation vaut l’indagation : tout cela est de la
même force. Que l’Académie avait bien choisi ses com-
missaires !
Cependant la commission n’était pas satisfaite : elle désirait constater de nouveau cette singulière faculté de discourir sur les maladies et d’indiquer les remèdes convenables : « Cette occasion fut offerte au rappora» teur (dit M. Husson, en parlant de lui-même),
» sans quil l’eut provoquée , par la mère d’une jeune
fille à laquelle il donnait ses soins depuis fort long- » temps . »
Remarquons bien ce préambule : les amateurs du merveilleux n’y trouveront rien de remarquable; mais les hommes soupçonneux et les défiants , les hommes enfin à interprétation naturelle , n’auront garde d’oublier ces premières déclarations, savoir: que l’idée de faire magnétiser la malade en question , n’est pas venue au rapporteur; qu’il n’a pas provoqué ce fait; qu’il traitait depuis fort long-temps cette malade; et qu’enfin , c’est la mère , poussée par on ne sait qui , qui demanda le magnétisme pour sa fille. J’avoue
que si j’eusse été partisan du magnétisme, j’aurais préféré que la provocation fût venue de la part de M. Husson , parce que son caractère inspire de la confiance ; mais les choses sans doute n’auraient pas pu s’arranger ainsi ; la provocation devait venir d’ailleurs. Mais ce qu’il y a de singulier, c’est que les commissaires ne se soient nullement inquiétés de remonter à la source de cette prétendue fantaisie , qui n’était à coup sûr rien moins que spontanée.
« La malade, âgée de vingt quatre à vingt-cinq ans, » était atteinte depuis deux ans environ d’une hydro- » pisie ascite, accompagnée d’obstructions nombreu-
ses, les unes du volume d’un œuf, d’autres du » volume du poing, quelques-unes du volume d’une * tête d’enfant', et dent les principales avaient leur >3 siège dans le côté gauebe du ventre. L’extérieur du 33 ventre était inégal , bosselé, et les inégalités corres* 33 pondaient aux obstructions dont la capacité ab- 33 dominale était le siège. M. Dupuytren avait déjà 33 pratiqué dix ou douze fois la ponction et avait tou- 33 jours retiré une grande quantité d’albumine claire, 33 limpide, etc. Le rapporteur avait été présent une 33 fois à cette opération, et il fut facile à M. Dupuytren 33 et à lui de s’assurer du volume et de la dureté de >3 ces tumeurs, etc. Ils prescrivirent différents remè- 33 des et ils attachèrent quelque importance à ce que 33 mademoiselle *** , fût mise à l'usage du lait d'une 33 chèvre à laquelle on ferait des frictions mercuriel - 33 les. ( Pag. 65, 66 ) ».
Ainsi, voilà une jeune personne malade depuis au moins deux ans à Taris, malade d’une affection cou-
nue, atteinte de lésions bien évidentes et bien matérielles, traitée par un chirurgien qui, dans ses leçon» cliniques, cite souvent des cas de sa pratique particulière, malade enfin pour laquelle on avait déjà appelé plusieurs médecins, et M. le rapporteur s’applaudit d’avoir trouvé une occasion unique pour mettre le» magnétiseurs à l’épreuve! Il semble, à l'entendre, que cette malade lui était tombée du ciel, qu’elle devait être aussi inconnue à MM. les magnétiseurs , que si elle 1 ui était arrivée directement de la Chine ! Et
notez que ce n’est pas à lui, comme il l’a dit plus haut, que l’idée est venue de la mettre en rapport avec une somnambule de profession ; que cette idée était venue à la famille à l’instigation de personnes qu’il ne connaît pas ! Eh bien, que fait M. Husson ? Sans se douter qu’il est peut-être le jouet d’une intrigue, le 21 février 1827, il va chercher M. Foissac et sa somnambule , et il les conduit mystérieusement dans une maison, rue du faubourg du Roule; sans leur indiquer, dit-il ( pag. 66 ), ni le nom, ni la demeure, ni la nature de la maladie de la personne qu’il allait soumettre à l’indagation de la somnambule.
Voyez la grosse malice î II ne dit, ni telle chose , ni telle autre chose, ni telle autre, et il ne lui vient pas le plus petit soupçon qu’on en sait peut-être bien tout autant que lui.
Nous allons voir maintenant si ce qui s’est passé dans cette consultation était ou non de nature à confirmer, ou du moins à éveiller des soupçous semblables; e’est-à-dire , si , comme dans le cas de M. Marc, la somnambule se bornera à quelques in d ica lions vagues-
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et insignifiantes , ou si elle mettra effrontément le doigt, non-seulement sur cequi existe matériellement, mais aussi sur les prescriptions déjà suivies par la malade.
« La malade ne parut dans la cliambre où se fit 5j l’expérience que quand M. Foissac eût endormi » Mademoiselle Céline, et alors après avoir mis une j» de ses mains dans la sienne, elle l’examine pendant » huit minutes, non pas comme le ferait un médecin,
» en pressant l’abdomen , en le percutant, en le scru- » tant dans tous les sens, mais seulement en appli- » quant la main à plusieurs reprises sur le ventre , sur w la poitrine , le dos et la tête. »
« Interrogée pour savoir d’elle ce qu’elle avait ob- » serve chez la malade , elle répondit que tout le » ventre était malade, qu’il y avait un squirrhe, et » une grande quantité d’eau du côté de la rate;
» que les intestins étaient très-gonflés; qu’il y avait des » grosseurs du volume d’un œuf dans lesquelles )j étaien t contenues des matières puriformes, et que ces » grosseurs devaient être douloureuses ; qu’il y avait » au bas de l’estomac une glande engorgée, de la » grosseur de trois deses doigts, et que cette glande était » dans l’intérieur de l’estomac ( on voit que la som- » nambuîe y mettait du sien et qu’elle brodait son >j thème); que la maladie était ancienne, et qu’enfin
« Mademoiselle ***** devait avoir des maux de tête. «
( pages 66 et 67.
Une précision aussi remarquable et aussi frappante sous certains rapports, aura-t-elle pour effet de faire ouvrir les yeux aux commissaires? non 5 elle paraîtra
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merveilleuse , si vous le voulez, prodigieuse; mais elle ne fera qu’ajouter encore à leur aveuglement pour le magnétisme animal»
Enfin, on interroge la somnambule sur le traitement à faire suivre à la malade; elle répond : que le lait d'une chèvre que Von frotterait d onguent napolitain con viendrait U!
Je le demande ; n’élait-ce pas une imprudence, une maladresse insigne de la part de la somnambule que d’aller jusqu’à indiquer ce moyen thérapeutique ? n’était-ce pas compromettre tout le succès de l’intrigue? Hé bien ! il paraît que non; on a voulu frapper le grand coup aux yeux des commissaires, et on a réussi : le rapporteur s’est empressé dJ annoter soigneusement cette circonstance précieuse au grand contentement des magnétiseurs.
Je dois ici rapporter un incident qui se rattache à ce fait. Le rapport de la commission, je l’ai dit au commencement de mon examen , n’a pas encore été discuté, mais il a été lu dans le sein de l’Académie. Cette lecture a été écoutée avec attention ; mais lorsque le rapporteur est arrivé à ce passage, une éxplosion générale de marques d’incrédulité a eu lieu dans l’assemblée, au point même de troubler le lecteur. Aussi M. Husson a t-il depuis ajouté une note à cet endroit de son texte {Au bas de la page 67). Voici cette note :
« Sans attacher une grande importance à cette sin- » gulière rencontre de la prescription faite par la » somnambule de l’usage du lait d’une chèvre fric- » tionnée d’onguent mercuriel avec cette même pres- » cription recommandée à la malade par M.Dupuytren,
*> la commission a dû consigner dans son travail » cette coïncidence. Elle la présente comme un fait » dont le rapporteur garantit V authenticité ; mais » dont ni lui, ni elle ne peuvent donner aucune ex- » plication .»
Jfai dit daus un autre ouvrage (Examen du rapport sur le choléra-morbus) , que beaucoup de médecins pensent avoir répondu à tout , lorsqu’ils vous ont dit avec suffisance, ceci est -un fait : mais savez-vous ©e qui établit le titre et la valeur d’un fait ? C’est la connaissance des rapports de causalité qu’il a avec telles ou telles circonstances; ainsi, pour ne pas sortir du fait qui nous occupe, supposez que la somnambule ait été informée d’abord, comme tout l’indique, de la prescription de M. Dupuylren : que devient le fait ? rien autre chose qu’un grossier moyen d’intrigue. Supposez, au contraire, qu’elle ait découvert l’urgencede ce moyen par un sens nouveau développé en elle-même, le fait alors est un résultat immense ; c’est un pas , comme jamais il n’a été donné d’en imprimer à la thérapeutique, et ce pas on le devrait à une femme privée de toute instruction médicale. Le rapporteur ajoute que c’est un fait dont il garantit Y authenticité; mais qui doute que sa somnambule ait dit cela ? M. Husson ne pourra donc jamais sortir de cette étroitesse d’idée? Il ne veut pas concevoir que l’authenticité ne donne aucune valeur à un fait de cette nature, et que c’est le quo modo seul qui nous importe. « Nous garan- » tissons l'authenticité dece fait, dit-il; mais nilacom- » mission, ni moi , ne pouvons en donner aucune » explication.» ( Loc. cil. ) Il se trompe, il s’abuse
lui-même; il a par devers lui une explication, et la preuve en est qu’il l’a donnée, lorsqu’il a dit ( p. 64 ) que cette demoiselle Céline devait au somnambulisme la faculté d 'indiquer les remèdes qu’il convient d’opposer aux maladies , et lorsqu’il a déduit cette vingtneuvième conclusion ( p. 76.), savoir : que le magnétisme , comme moyen thérapeutique, devrait trouver sa place dans le cadre des connaissances médicales.
Ainsi , indépendamment de l’authenticité sur laquelle nous sommes d’accord , M. le Rapporteur a , comme moi , une explication à donner sur le fait : il l’explique par Y intuition et la prévision , facultés qu’il croit développées dans mademoiselle Céline par le moyen du magnétisme; moi, je trouve qu’on peut l’expliquer par la supposition , que non-seulement rien ne rend impossible , mais que tout rend vraisemblable, d’une information préalable, donnée tout bonnement à cette demoiselle. C’est au lecteur à choisir ici, comme dans toutes les autres expériences.
Mademoiselle Céline a été consultée trois fois sous les yeux delà commission. J’ai donné les détails des deux premières consultations; quant à la troisième, elle est tellement analogue à la seconde, que pour ne pas fatiguer les lecteurs, je crois devoir me dispenser de la rapporter. Je dirai seulement qu’il s’agissait encore d’une maladie fort ancienne et matériellement déterminée (engorgement des glandes cervicales ); que c’est encore la famille de la malade qui voulut avoir l’avis de la somnambule de M. Foissae ; et que cette fois , le rapporteur n’eut pas même la peine de conduire le magnétiseur et la somnambule chez la malade;
car il fut simplement appelé pour assister h cette consultation magnétique ( p. G8. ) J’ajouterai que la somnambule ne manqua pas de deviner, comme on le pense bien , qu’il y avait à la partie supérieure droite du cou une maladie scrofuleuse ; que la commission attribua à l’intervention du magnétisme cette nouvelle preuve de la perspicacité de la demoiselle Céline , et qu’elle pensa qu’il n’y avait pas jusqu’à l’expression scrofuleuse qui ne lui ait été révélée par l’agent magnétique !
Ici se terminent les faits rapportés par les commissaires : « Faits, disent-ils, que nous avons si péniblement recueillis (ceci est une expression académique en usage , car nous savons que les commissaires se sont parfois fort amusés.), « que nous avons observés avec » tant de défiance !»(ona pu en juger.) « Nous pour- » rions ajouter ceux que Y histoire ancienne et même » Y histoire moderne nous rapportent sur les prévi- » sions qui se sont réalisées, sur les guérisons obte- » nues par l’imposition des mains, sur..., etc.» Ce début va faire frémir les lecteurs, mais qu’ils se rassurent : « la commission, dit le rapporteur, ne gros- » sira pas son travail de faits étrangers au magné- » tisme. » ( p. 69. )
Il était impossible cependant de terminer un travail académique aussi sérieux et aussi important , sans le clore par une péroraison tant soit peu pathétique ; il convenait en effet de jeter un coup d’œil de satisfaction sur tout ce qu’on avait fait , sur la marche philosophique qu’on avait suivie , et de réclamer enfin de labénévolence de ses collègues , une approbation pleine
fe't entière : le rapporteur n’a pas manqué de le faire, elavec une confiance si profonde, que je ne puis m’empêcher de reproduire ici ce morceau , d’ailleurs fort touchant.
« Arrivée au terme de ses travaux, avant de clore 33 ce rapport, la commission s’est demandé si , dans » les précautions quelle a multipliées autour d’elle « pour éviter toute surprise ; si dans le sentiment de » constante défiance avec lequel elle a toujours procédé; « si dans l’examen des phénomènes qu’elle a observés.
elle a rempli scrupuleusement son mandat. Quelle 5) autre marche , nous sommes-nous dit, aurions nous » pu suivre? quels moyens plus certains aurions-nous » pu prendre ? de quelle défiance plus marquée et plus discrète aurions-nous pu nous pénétrer? Notre con- « science , Messieurs , nous a répondu hautement que 3) vous ne pouviez rien attendre de nous que nous >j n’ayons fait. Ensuite avons-nous été des observateurs 33 probes , exacts et fidèles ? c’est à vous qui nous 33 connaissez depuis longues années, c’est à vous qui 33 nous voyez constamment près de vous, soit dans le 33 monde , soit dans nos fréquentes assemblées , de ré- 33 pondre à ces questions. Votre réponse, Messieurs, 33 nous l’attendons de la vieille amitié de quelques-uns 33 d’entre vous , et de l’estime de tous. 33 (p. 76, 77.)
Je m’imagine que lorsque l’Académie royale de médecine, Académie rétribuée par la Nation, s’empare d’une question scientifique pour la traiter, elle n’a pas le dessein de ne travailler que pour elle, défaire de cette question une affaire de famille; je m’imagine qu’elle a en vue l’avancement de la science, la propa-
gation des lumières et l’intérêt du corps médical tout entier : aussi quand une commission présente un rapport, il me semble que cette commission ne doit pas en appeler à Y amitié de tels ou tels membres, mais bien à la sagacité de la compagnie. Malheureusement, nos commissaires ne paraissent pas avoir compris cela , et ici, comme dans le corps du rapport, ils ont confondu la question de probité et d’honneur avec la question de raisonnement et de sagacité. Ce qui le prouve, c’est la nature des questions que le rapporteur finit par adresser à l’Académie au nom de la commission ; or, ces questions, quoique vicieusement conçues, sont d’un intérêt tellement général , qu’il est impossible de les laisser sans réponse.
Pour ce qui est des premières questions, la commission se les est adressées à elle-même. Les voici :
D. La commission a-t-elle scrupuleusement rempli son mandat sous le triple rapport des précautions à prendre , du sentiment de défiance nécessaire et de l’examen des phénomènes ?
R. Oui, la commission a scrupuleusement rempli son mandat sous le rapport de Y examen des phénomènes ; non , elle ne Ta pas rempli , sous le rapport des précautions à prendre et du sentiment de défiance dont elle aurait dû se pénétrer, puisque , sous ces rapports, elle a été arrêtée par la crainte de jaire injure aux magnétiseurs et aux magnétisés ( p. 58, 5g. ), et qu’elle a préféré s’en rapporter à leur bonne foi.
D. Quelle autre marche aurait pu suivre la commission ?
R. Elle aurait du rechercher, dans l’examen des
faits, lo ceux qui rentrent dans la classe des phénomènes physiologiques, dont la cause est connue 5 2° ceux qui résultent de certains étals morbides ; 5° se demander, pour les autres, si toute supercherie avait été physiquement impossible.
D. La commission aurait-elle pu prendre des moyens plus certains que ceux qu’elle a pris ?
R. Oui. Car tous les moyens qu’elle a pris étaient fondés sur la bonne foi supposée des magnétiseurs et des magnétisés.
D. La commission aurait-elle pu se pénétrer d’une méfiance plus marquée et plus discrète?
R. Non. Car l’tine de ces conditions exclut l’autre; toute méfiance qui devient marquée est indiscrète ; il en résulte que la discrétion que les commissaires ont accordée aux magnétiseurs et aux magnétisés, les a empêchés de marquer delà défiance, c’est-à-dire, de prendre des mesures indiscrètes.
Comme les commissaires n’avaient pas adressé ces questions à l’Académie, mais bien à eux-mêmes, voici ce que leur conscience , disent-ils, a répondu hautement : Tout ce que /’ Académie pouvait attendre des commissaires , ils l ont fait î Mais, d’abord, ce n’est pas leur conscience qui aurait dû faire la réponse, c’est leur jugement; car, consciencieusement parlant , ils ont fait tout ce qu’on pouvait attendre de commissaires probes et honorables ; mais, logiquement parlant, ils n’ont pas rempli le mandat que l’Académie leur avait imposé; ils n’ont pas fait ce qu’on devait attendre d hommes défiants, sévères et rigoitsrcujc .
Voici maintenant la question adressée à l’Académie ^
D. Les commissaires ont-ils été probes, exacts, fidèles ?
R. Probes ; oui. C’est ce que répondront ceux qui les connaissent depuis longues années, ceux qui les voient constamment près d’eux, soit dans le monde, soit dans les fréquentes assemblées de l’Académie : cette réponse, ils doivent l’attendre de la vieille amitié de quelques-uns, et de l’estime de tous.
Fidèles : à quoi? diront ceux qui les connaissent , et ceux qui ne les connaissent pas : si c’est à L'honneur , oui, ajouteront ceux qui les* connaissent ; si c’est au raisonnement f non, ajouteront ceux qui ont lu leur rapport.
Exacts : non ; répondront ceux qui les connaissent , et ceux qui ne les connaissent pas; ceux qui les voient dans le monde, et ceux qui ne les voient qu’à l’Académie ; ceux qui les aiment, et ceux qui les estiment , c’est-à-dire, tous : car on n’est pas exact, quand on se borne à constater l’autbenticilé de tels ou tels effets; et, quand on s’en rapporte aux magnétiseurs et aux magnétisés, pour tout ce qui peut concourir à la production de ces cflets.