‹ Examen historique et raisonné des expériences prétendues magnétiquesChapitre 6 sur 16 · Chapitre VI · texte numérisé non relu

Chapitre VI

Les commissaires démontrent quon peut éprouver des effets peu marqués , insignifians et fugaces pendant qiüon e^t soumis aux passes. — Expériences à ce sujet. — - Les commissaires font la découverte des premiers èlemens de ï action magnétique.

Seriez-vous assez esprits forts pour douter que, pendant qu’un homme est placé devant un autre qui agite ses mains avec plus ou moins de grâce, pour douter, dis-je , que cet homme puisse éprouver des effets insignifians et fugaces , des effets tout-à-fait indépendans des gestes de l’homme agissant ? Oui , me direz-vous peut-être : eh bien, je rends grâce au rapporteur 5 il m’a donné les moyens

de dissiper vos doutes et de vous^ ramener aux bonnes doctrines. Voici le fait : ( page i3. )

« M. Magmin , docteur en médecine, âgé de cinquante- » quatre ans , demeurant rue Saint-Denis , marchant )) très-difficilement , par suite d’une chute faite , il y a » plusieurs années, sur le genou gauche, et très-proba- » blement aussi par suite du développement d’un ané- » vrysme du cœur auquel il a succombé au mois de sep- » tembre dernier , a été magnétisé parole rapporteur les )) 18, 19, 20, 21, 22 et 23 août 1826; le nombre des » pulsations a été moindre à la fin des cinq séances qu’au » commencement : ainsi il baissa de 96 à 90 , de 96 à » 86 , de 77 à 71 , de 82 à 79, de 80 à 76, .et dans la » sixième , le nombre a été le même au commencement » qu’à la fin, c’est-à-dire 83. Les inspirations ont été » égales , à une seule exception où elles ont été à l\o au » commencement et à 2*6 à la fin. M. Magmin a consw tamment éprouvé une sensation de fraîcheur dans » toutes les parties sur lesquelles les doigts du magnéti- » seur ont été dirigés , et maintenus long-temps dans la » même direction.

» M. Roux, qui se plaignait d’une affectiomchronique » de l’estomac, a été magnétisé six fois par M. Foissac, les » 27, 29 septembre, 1, 3, 5 et 7 octobre 1827. Il éprouva, » comme M. Magmin, une diminution sensible dans le » nombre des inspirations et des battemens du pouls. Puis » un peu de chaleur à l’estomac et une grande fraîcheur » au visage. » ( Même page. )

Voilà des faits : or les faits ne se plient pas au gré des théories ; en face des faits, il faut se taire. Eh bien , que disent ces faits? ne prouvent-ils pas de la manière la plus péremptoire , qu’un homme assis , silencieux , calme et

ennuyé de voir des mains passer continuellement à quelques pouces de son nez , peut offrir de la diminution dans le nombre des inspirations et des battemens du pouls?

Ne prouvent-ils pas qu’il peut éprouver de la chaleur dans la région de l’estomac , surtout lorsqu’il a mal à l’estomac? Ne prouvent-ils pas enfin qu’un homme , dans cette position , peut sentir de la fraîcheur au visage , surtout s’il y a quelque porte ou quelque fenêtre ouverte ?

Ces faits sont déjà assez importans , mais ils n’auraient pas suffi pour conduire les commissaires à la découverte qu’ils avaient à faire dans les parties les plus excentriques du magnétisme animal , c’est-à-dire à la découverte des premiers êlèmens de son action. En voici d’autres :

m Thérèse Tierlin a été magnétisée les 22, 23 , 24 ,

» 29 et 3o juillet 1826 5 elle était entrée à l’Hôtel-Dieu,

» se plaignant de douleurs dans le ventre et dans la région » lombaire; pendant les cinq séances magnétiques, nous » avons vu les inspirations s’élever de 17 ài8, de 18 à- • » 19 , de 20 à 25, et s’abaisser de 27 à 24, et les puisa- )> tions s’élever de 1 18 à 125 , de 100 à 120 , de 100 à 1 13,

)> de g5 à 98 , de ï ry à 120. Nous avons remarqué que » cette femme semblait avoir peur des doigts et des mains » du magnétiseur, qu’elle les fuyait en retirant sa tête )> en arrière , qu’elle les suivait pour ne pas les perdre » de vue, comme si elle eût eu à en redouter un mal'"** )> quelconque. Elle a été visiblement tourmentée pendant « les cinq séances. Nous avons remarqué chez elle de » fréquens et longs soupirs, quelquefois entrecoupés , le »’ clignotement et l’abaissement des paupières, le frotte- » ment des yeux , la déglutition assez fréquente de la sa- » live i mouvement qui , chez d’autres magnétisés, a con-

» stamment précédé le sommeil , et enfin la disparition » de la douleur de la région lombaire. » ( Page i5. )

C’est dans cette observation, et dans une autre tout-àfait analogue, que la commission a fait sa première découverte : c’est ici que ses efforts ont commencé à devenir fructueux ! Soyons donc attentifs , et voyons de quelle manière la commission va nous signaler les premiers élé* mens de l’action magnétique. Il ne faut pas se faire illusion , toutefois ; il ne s’agit encore que d 'élémens , et d’élémens premiers , ils seront donc faibles ; maisM. Husson nous dit ( page i5 ) que nous les verrons se prononcer davantage à mesure que nous avancerons dans les autres divisions du rapport.

Tous les effets observés dans le cours de cette expérience ne sont pas non plus exclusivement attribués par le rapporteur à l’agent magnétique*, le magnétisme seul, dit-il , ne rend pas compte de tous ces phénomènes , mais il en est un assez bon nombre qui reconnaissent cet agent «■■►pour cause unique de leur production : |prce nous sera donc de trouver que le magnétisme, ou du moins que les manoeuvres magnétiques, entendons-nous, ont été pour quelque chose dans l’apparition des phénomènes offerts par Thérèse : comment en effet Thérèse auraitelle eu peur des doigts du magnétiseur, si on ne l’eût magnétisée? Comment aurait-elle pu suivre les doigts de Foissac, les fuir, en jetant sa tête en arrière , comme si elle eût cru en avoir quelque chose à craindre, d’être éborgnée , par exemple ? Comment enfin admettre toutes ces anomalies de la part de Thérèse , sans être forcé de reconnaître l’intervention des gestes du magnétiseur ? Force nous est donc , je le répète , de nous rendre à l’évidence et d’avouer que les manœuvres ont été pour

quelque chose dans la production des susdits effets. Ajoutons que les commissaires ont vu Thérèse fort tourmentée, visiblement tourmentée, pour me servir de leurs expressions , pendant les cinq séances} or , comme ils ont vu en même temps le magnétiseur s’agiter devant elle d’une manière assez étrange pour cette pauvre malade, il est naturel de conclure que le clignotement des paupières , que leur abaissement répété étaient encore sous la dépendance de la crainte des doigts de M. Foissac. Ainsi nous voilà d’accord } mais il y a eu d’autres effets que ni les commissaires ni moi n’attribuons exclusivement aux doigts de M. Foissac } ces effets ont été quelque peu fugaces } mais M. le rapporteur a eu tort de les appeler insignifians , puisque c’est en eux qu’il a découvert les premiers élémens de Faction magnétique. On a donc eu à observer et à consigner au procès-verbal , que Thérèse poussait de fréquens et de longs soupirs , que ces soupirs étaient quelquefois entrecoupés. Outre les soupirs, on a observé la déglutition assez fréquente de la salive*, or, ces soupirs entrecoupés, ce clignotement des paupières et cette déglutition de la salive, à quoi les attribuer P II y a tant de choses dans les soupirs d’une femme , qu’il n’est pas étonnant que les commissaires y aient trouvé les premiers élémens de l’action magnétique. Et la déglutition delà salive, qu’en dirons-nous ? Une jeune fille avale coup sur coup sa salive dans tant de circonstances ! Au dire des commissaires (page i4 ) , c’est un acte qui précède constamment le sommeil magnétique , d’où ils ont conclu que c’est encore un des premiers élémens de l’action de cet agent mystérieux : mais figurez-vous une douzaine de commissaires fort attentifs, une couple démagnétiseurs, et je ne sais com-

bien de spectateurs, tous les yeux fixés sur la patiente $ n est-il pas singulier de voir cette pauvre fille, assez embarrassée de sa personne, devenue , comme elle l’est, le point de mire de tant de gens , de ce public , n’est-il pas singulier , dis-je , de la voir se mettre à avaler sa salive? et n’a-t-on pas dû consigner cela au procès-verbal ?

Je me résume , et sérieusement , si je le puis; cette observation . et celle que je me suis dispensé de rapporter , à cause de sa similitude parfaite , ne sont qu’un tissu de -V— niaiseries et de désappointemens : et pour l’honneur académique , je ne me serais pas tant apesanti sur elles , si les commissaires, revêtant de grands mots des faits insignifians, ne s’étaient exprimés comme ils l’ont fait ( page i5 ) , c’est-à-dire, s’ils n’avaient déclaré positivement que leur intention était de fixer V attention de T Académie sur la série des phénomènes physiologiques qui se sont développés dans ces deux circonstances.

Ainsi la commission croit avoir été aussi loin que possible, en n’attribuant pas à la vertu magnétique la guérison des douleurs lombaires-, elle croit avoir montré beaucoup de sévérité en rejetant cette supposition ; mais pour les soupirs longs et entrecoupés , pour les clignotemens des paupières et la salive avalée coup sur coup , elle appelle cela une série de phénomènes physiologiques sur lesquels il convient de fixer l’attention d’une compagnie savante tout entière! Elle présente ces phénomènes comme les premiers élémens de l’action magnétique, e% elle ose dire qu’on verra bientôt ces élémens se prononcer davantage ! Que répondre à cela , si ce n’est que nous sommes bien curieux de voir les soupirs se prononcer davantage , de voir la déglutition se prononcer davantage, et enfin de voir toute la série se prononcer davantage?

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