‹ Examen médical des miracles de LourdesChapitre 3 sur 8 · EXPOSE DES FAITS · texte numérisé non relu

EXPOSE DES FAITS

Avant de commencer cet examen , je crois nécessaire, pour les personnes qui n'ont point entendu parler du Miracle de Lourdes , d'en donner un exposé très-sommaire. Je l'emprunte à l'historien le plus accrédité de cet événement, à M. Henri Lasserre.

« Une enfant de près de quatorze ans, Bernadette SoLibirous, née de parents très-pauvres, jusque-là employée, h Bartrès, a garder les brebis, étant, le jeudi gras de l'année 1858 (11 février), occupée a ramasser du bois mort auprès d'une grotte sauvage des environs de Lourdes, y vit soudainement apparaître une daim

d'une incomparable splendeur, entourée d'une auréole de vive et douce lumière. Ses vêtements étaient blancs, noués par une ceinture bleue. Elle tenait a la main un chapelet.

« Le troisième jour, Bernadette retourna à la grotte, se mit en prières, et la même apparition se répéta.

« Une troisième fois, l'Apparition adressa la parole a Bernadette , et lui demanda de revenir pendant quinze jours.

« Plus tard, elle lui ordonna « d'aller dire aux « prêtres qu'elle voulait qu'on lui élevât une « chapelle dans le lieu de ces apparitions. »

« Elle invita, lors d'une autre apparition, Bernadette à venir « boire à la fontaine. » Celle-ci, ne trouvant point d'eau dans l'endroit désigné, se mit a creuser la terre de ses mains ; peu a peu le fond de la cavité devint humide, l'eau se mit à sourdre goutte h goutte, d'abord bourbeuse. Sur l'ordre de l'Apparition, Bernadette en but, mangea un peu de l'herbe qui poussait à côté. Le filet d'eau, d'abord très-exigu, augmenta peu a peu considérablement, devint limpide au bout de quelques jours. — La source a maintenant un débit de cent mille litres dans Tes 24 heures.

« Le dernier jour de la quinzaine, le 4 mars,

r Apparition commanda encore a Tentant d'aller Loire et se laver a la fontaine, et de manger cette herbe dont nous avons parlé ; puis elle lui ordonna, de nouveau, de se rendre vers les prêtres et de leur dire qu'elle voulait une chapelle et des processions en ce lieu.

« Le 25 mars, nouvelle apparition, a la fin de laquelle, répondant aux interrogations réitérées de Bernadette, la dame prononça ces paroles : « Je suis l'Immaculée Conception. »

« Enfin , deux apparitions eurent encore lieu, sans circonstances importantes a mentionner , le 5 avril et le 16 juillet de la môme année ; ce furent les dernières. »

Notons, dès à présent, que la vue de la dame, que les paroles qu'elle prononçait n'étaient perceptibles que pour Bernadette, qu'aucun des assistants ne voyait, ni entendait rien.

Tels sont les faits utiles a connaître pour comprendre la discussion qui va suivre.

Il n'est, pour le moment, nécessaire que de mentionner le fait de nombreuses guérisons obtenues par des individus affectés de diverses maladies, soit en se plongeant dans Peau de la grotte, soit en s'en lavant, soit aussi en fesant usage de cette eau transportée il distance,

Terminons ce résumé en rappelant que, le i8 janvier 1862, Monseigneur Pévêque de Tarbes « portant jugement sur l'Apparition qui a eu lieu a la grotte de Lourdes, jugea que l'immaculée Marie, mère de Dieu, a réellement apparu a Bernadette Soubirous, le 11 février 1858, et jours suivants, au nombre de 18 fois, dans la grotte de Massabielle, près de la ville de Lourdes ; que cette Apparition revêt tous les caractères de la vérité, et que les fidèles sont fondés à la croire certaine. »

Par le même Mandement, Pévêque de Tarbes « autorise, dans son diocèse, le culte de Notre Dame de Lourdes. »

Enfin, pour réaliser, en conformité de la volonté de la Sainte-Vierge, plusieurs fois exprimée lors de PApparition, le projet qu'il a de bâtir un sanctuaire sur le terrain de la grotte, Mgr. fait appel au concours des prêtres et des fidèles de la France et de Pétranger.

Dans ce récit, deux faits distincts, deux ordres de faits sont a relever : PApparition et les guérisons miraculeuses. Tous les deux invoqués pour établir l'intervention d'un pouvoir surnaturel , dans cette circonstance, tous les deux

aussi ils se servent mutuellement de preuve; car si l'Apparition , en inspirant la confiance aux malades, a été l'origine des guérisons, réciproquement les guérisons, si elles sont reconnues pour un effet surnaturel, attestent le caractère divin de T Apparition.

Cette connexité entre l'Apparition et les guérisons a été indiquée — et presque dans les mornes termes — par l'évêque de Tarbes. Avec toute raison, à son point de vue, il signale en laveur de sa cause l'argument décisif qui résulte de deux vérités se confirmant l'une l'autre : « Ces guérisons sont l'œuvre de Dieu , dit-il après avoir apprécié leur mécanisme. Or, elles se rapportent a l'Apparition ; c'est elle qui en est le point de départ; c'est elle qui a inspiré la confiance des malades : il y a donc une liaison étroite entre les guérisons et l'Apparition. L'Apparition est divine puisque les guérisons portent un cachet divin. »

Mais, à son tour, avec non moins de raison, celui qui doute ou qui nie trouve dans cette même liaison une condition précieuse pour la démonstration de sa thèse. Car, prouver que la prétendue Apparition ne fut qu'une illusion, suffirait pour infirmer, ou tout au moins pour rendre dou-

teuse la qualité miraculeuse des guérisons ; de même que, expliquer ces guérisons par les lois naturelles, suffirait pour rendre suspecte la qualité divine de V Apparition.

Quoi qu'il en soit , les preuves alléguées en faveur de la légende de Lourdes tombent , de plein droit, sous le coup de la médecine : car la médecine seule en possède la clef; seule ; elle peut en donner la version naturelle. Elle ne fait donc que remplir son devoir en apportant a la solution du problème le contingent d'analyse qu'il lui appartient de fournir, ■ — de fournir, comme elle y est invitée, non en simple conseillère , encore moins en tributaire , mais en arbitre.

Les deux questions a examiner sont les suivantes :

1° Bernadette a-t-elle réellement vu, ou a-t-elle seulement cru voir la personne dont elle a parlé? En d'autres termes, a-t-on ici affaire a une apparition ou à une hallucination ?

2° Les guérisons racontées comme s'étant produites par l'emploi de l'eau de la grotte de Lourdes sont-elles inexplicables autrement que par l'intervention d'un pouvoir surnaturel ?

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