‹ Examen raisonné des ouvrages de M. de VoltaireChapitre 26 sur 34 · DIMAS · texte numérisé non relu

DIMAS

Seigneur, depuis quatre ans ce héros ne xit plus.

FHII.OCTiTE.

Il ne rit plus ! etc.

Il étoit surprenant qué, dutant quatre années, Philoctète n’eut rien appris de Laïus, ni deTlièbes, la patrie d’Hercule. Mais voici qu’à la première scène du second acte, quand il faut que Pbilootète soit . soupçonné d’avoir tué Laïus, on parle ainsi de ce même Philoctète :

Il partit ; et depuis sa destinée errante

Ramena sur nos bords sa fortune flottante :

Même il étoit dans Thèbe , en ces temps malhenreux

Que le ciel a marqués d’un parricide afireux.

* Représentée, pour la première fois, à Paris, le vendredi i8 novembre 1718, et à la Cour le 11 février 171

Depuis ce ).om: fîitol , avçc quelque apparence,

De nos peuples sur lui tomba la défiance.

Que dls^je? assez long-temps les soupçons des ThébaioA Entre Phorbas et lui ilotterent incertains..

La contradiction est çvidcoie. Philoctète étoit dans Thèbes, quand Laïus fut tué, quand Phorbas vint annoncer la mort de ce roi; on soupçonne Philoctète de ce parricide ; et j malgré tout celai , Philoctète peut l’ignorer ! De toutes les invraisemblances, celleci n’est ni la moins forte ni la moins grossière; comme de tous les menteurs, le plus grossier est celui qui se contredit lui-même. C’est ce qui arrive encore ■an malheureux Philoctète, d’une manière assez plaisante, vers la fin du troisième acte^ Après c^ue le grand-prêtre a dénoncé (Edipe comme meurtrier de Laïus, l’ami d’Hercule dit héroïquement a,u roi :

Contre vos ennemis je vous.offre mon bras j , î Entre un pontife et vous je ne balance pas..

Mais l’ami d’Hercule fait bientôt voir qu’il n’a parlé qu’en fanfaron; car voici comme il se contredit , en parlant au meme (Edipe :

Si vous n’aviez, seigneur, à craindre que des rois, Philoctète avec vous combattroit sous vos lois;

Mais un prêtre est ici d’autant plus redoutable,

' Qu’il vous perce à nos yeux d’un trait plus respectable •, Fortement appuyé sur des oracles vains.

Un pontife est souvent terrible aux souverains.

La meme iragétlle nous offre une autre invraîr

D’ŒDÏPE. ■ 247

«embbbe« son moins évidente. Le poète a supposé que le pontife tôt inspiré, et; que les dietn. lui ont révélé la cqnnoissance du meurtrier de Laïus. Dès la seconde scène du premier acte, ce pontife s’ex' prime ^{nsi , eq s’adressant au peuple ; ' -

Le p)i vient : par ma voix le Ciel va lui parler ^

Les Destins à ses yeux veulent se dévoiler, ;

Les temps sont arrivés. '

ft -

< <ffdî})e paroîl, et le grand-prêtre ne (fit plus que • des choses vagues. Quand il s’écrie, au sujet du mcHi'lrier, ... ...

' fl laut qn’on le eoanoisse, il £rut qu’on le punisse ,

(Hdipe.ne lui demande pas.; Quel est ce meurtrier?

U sc jette sur des lieux comimms do morale , et 9e fait plus aucune, question au grand-prêtre,, qui voulüit tout à l’heure lui dévoiler ses destins'^ et qui maiotenaot garde un profond sUence. (Hdipe attend j,uscju’au troisième acte à faire parler ce pontife inspiré , qui auroit dû parler dès le premier, comme IJ l’avoil promis au peuple. Mais s’il eût déclaré sitôt le coupable', cette révélation exigeoit la suppression totale du rôle de Pbiloctcie, et demandoit un autre plan.. Voilà donc la conduite d’une tragédie fondée sur l’absurdité d’un grand-prêtre qui ne dit pas ce qu’il sait ; et sur l’absurdité d’un roi qui n’interroge œ grand-prêtre qu’au moment où le poète veutbjjen le lui permettre. Cette faute u’esi point dans la Iragédle-

de Sophôclc, qüi ri’a point annoncé le grand-prétre comme devin : c’est Tirësias, qu’CBdipe fait venir an second acte; ce devin déclare à ce malheureux roi qu’il est lui-méme le meurtrier qu’il vent connoltre. De ce moment, l’action s’anime avec une nouvelle vivacité, et ne tombe point en langueur, pendant deux actes. Comme là tragédie françoise, qui reste, jusqu’à la fin du troisième acte , au même point où elle étoit au mUifeu du premier.

Voltaire ne s’est jamais embarrassé de mettre, dans la conduite de ses pièces, aucun air de vérité : au lieu d’être une imitation de la nature, l’art n’est chez lui qu’une imposture continuelle. A chaque scène, à chaque pas, vous le trouvez en défaut contre la vraisemblance. Si (Hdipe envoie cherci^ Phorbas dès le premiei' acte, pour s’informer du ifleurlrier de Laïus , Phorbas ne paroitra qu’au quatrième , sans que le roi témoigne la moindre impatience d’un si long retard, dont on ne lui donne aucune raison . Si , à la fin du quatrième , on lui vient annoncer l’arrivée d’Icare , qu’il doit être extrêmement curieux d’interroger, il sort, et reparoit à l’acte cinquième, sans avoir vu Icare, qu’il ne fait venir qu’après avoir long-temps parlé tout seul. S’il est nécessaire que Phorbas se trouve en présence de ce même Icare , pour achever d’éclaircir l’infortune d’Œldipe, le roi s’y prendra d’une plaisante manière; il dira , avant d’avoir vu Icare,

* .... allez chercher Phorbas ;

11 faut de mes bontés lui laisser quelque marque

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