‹ Examen scientifique du végétarismeChapitre 49 sur 60 · DE L ALCOOL COMME ALIMENT. EXAMEN CRITIQUE DES NOUVELLES · texte numérisé non relu

DE L ALCOOL COMME ALIMENT. EXAMEN CRITIQUE DES NOUVELLES

THÉORIES SUR l’aLCOOL

Notre etude sur la valeur énergétique des espèces alimentaires ne peut rester étrangère aux fameuses discussions dont 1 alcool a été et reste l’objet. -- L’alcool est-il ou n’est-il pas un alirnent? 11 faut à cette question une réponse claire et décisive, et c est ce que je vais tenter dans ce chapitre.

On sait ce qui s est passé depuis quelques mois.

Le professeur Duclaux (i), se basant sur les expériences et les conclusions des deux savants américains Atwater et Be.ne- DiCT, a prononcé publiquement et en quelque sorte officiellement, la formule de réhabilitation de l’alcool en affirmant que : L’alcool est véritablement un aliment.

Que faut-il penser de cette affirmation du savant directeur de 1 Institut Pasteur? — Est-elle bien l’expression exacte d’un fait e.xpérimental indiscutable? Peut-elle se justifier sur les défiiiitions et les principes fondamentaux de la physiologie nutritive? — Telles sont les questions à résoudre.

Et d abord examinons le fait, le fameu.x fait nouveau invoqué par Duclaux.

On savait, par les études de calorimétrie chimique que la combustion du gramme d’alcool éthylique dégage 7 calories. Toutefois la plupart des physiologistes hésitaient encore à enseigner que le même phénomène de combustion se produisît dans le corps des êtres vivants et que l’alcool ingéré avec la ration alimentaire fût capable de fournir à l’organisme l’énergie qu’il dégage en brûlant dans nos lampes.

Or, voilà que le physiologiste Atwater nous apprend que la combustion de l’alcool a réellement lieu dans les organismes vivants. — Et ce fait nouveau n’est pas douteux ; le caractère

I. Duclaux. Annales de l’Institut Pasteur, années 1902, igoS.

de l’auteur, la perfection de son appareil, la rigueur de sa méthode en sont la garantie.

Le calorimètre à respiration, installé depuis quelques années par Atwater et Rosa (i), est un superbe appareil dans lequel un homme peut aisément vivre pendant plusieurs jours. Figurez-vous une sorte de chambre avec lit, table, chaises, instruments de travail physique et intellectuel; mais cette chambre est ingénieusement disposée pour rester a température fixe, et pour enregistrer fidèlement toute la chaleur produite par la personne qui l’habite.

Or, si dans la ration d’entretien de cette personne, on substitue à certains aliments leur équivalent isothermique (isodynamique) d’alcool, la quantité de chaleur enregistrée par le calorimètre n’est pas modifiée par la substitution. La conclusion s’impose. L’alcool dégage dans le corps la même chaleur qu en brûlant librement...

Jusqu’ici tout est clair. — Mais, suivez bien maintenant l’ordre logique de cette discussion, et voyons ensemble si la découverte calorimétriqiie à’ P\X\\aXe'!: tx. Benedict (2) justifie bien le rôle alimentaire attribue a 1 alcool par les auteurs et affirme par le professeur Duclaux.

Comment une substance peut-elle être alimentaire? Pour être alimentaire, il faut d abord qu une substance puisse servir de réserve. J’entends par là que, introduite dans le corps, elle s’emmagasinera en restant à la disposition de l’organisme qui l’emploiera selon l’époque et l’intensité de ses besoins.

Nous savons encore, d’après l’enseignement donné, que la réserve et, en général, l’aliment répondent à trois buts essentiels : la réparation de matière, la production de chaleur, la production de force. — Expliquons bien et classons ces trois processus.

Azotée ou minérale, la réserve est essentiellement plastique, c’est-à-dire réparatrice de l’usure organique et de la puissance nutritive (métabolisme vital) ; accessoirement, la

1. \V. O. Atwater et E. B. Rosa. A new respiration calorimeter and experiments on the conservation of energy in the human body. The physical review, septembre et octobre 1899.

2. Après une première collaboration avec Rosa, .\twater s’est ensuite associé Benedict.

rtserve peut dtre encore thermiqiK au repos, motrice et ther-

tmquc au travail (suivant les conditions définies au chapitre précèdent); ^

2° Non azotée, ni minérale, la réserve est thermique pour 1 organisme au repos, c’est-à-dire réparatrice de la chaleur perdue, proportionnellement à son équivalent iso-dynamique (coefficient de Rubner) ; ^ ^

3° Enfin, non azotée, ni minérale, et pour l’organisme en mouvement, la réserve est essentiellement motrice, accessoirement thermique par contre-coup du travail musculaire, et elle est réparatrice des forces dépensées proportionnellement à son équivalent glycosique (coefficient de Chauveau).

Au total, une substance non azotée n’est motrice que si elle est susceptible de donner le glucose; sinon, elle ne sera que thermique. Au surplus, elle n’aura la qualité d’aliment moteur ou thermique que si elle se tient en réserve pour être utilisée en temps opportun.

C’est cet enseignement précis que nous devons appliquer à l’alcool.

L’alcool n’est pas azoté ; il ne peut donc servir qu’à réparer 1 énergie. Le peut-il? — Gréhant (i) nous apprend que, après son ingestion, on le retrouve en nature dans le sang et les tissus. Il ne se transjorme pas en glucose: il n’est doueras moteur (2).

S il est incapable de réparer les forces, du moins peut-il devenir un aliment de chaleur?

Assurément l’alcool ingéré produit de la chaleur : le fait nouveau d’Atwater et Benedict nous l’apprend formellement.

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