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Notons toutefois ces deux faits

I" Mazé vient de montrer (Ann. de l’Inst. Pasteur) dans la germination des graines oléagineuses, que la réserve de graisse se décompose en alcool, par oxydation ; en s’oxydant encore cet alcool se transforme en aldéhyde’, corps analogue aux alcools et toxique comme eux ; enfin 6 molécules d’aldéhyde soudées ensemble (polymérisation) forment les hexoses, c’est-àdire les sucres et amidons necessaires au développement de la jeune plante.

La synthèse du sucre aux dépens de l’alcool, réalisée par les graines, est-elle également possible chez les animaux? — 11 serait intéressant de lé savoir. — Toutefois les expériences de Gréhant ne sont pas favorables à cette hypothèse.

2' On sait que tous les êtres vivants sont capables de produire de l’alcool. — Bien plus I ils en produisent tous normalement, par dédoublement

Mais se tient-il bien en réserve pour brûler sous l’influence du Système Nerveux régulateur de la chaleur animale ? — Ici la réponse est négative, et c’est précisément pour cela que l'alcool n’est pas un aliment.

En efl'et, bien loin d’attendre le besoin de l’organisme, comme il convient a 1 aliment, 1 alcool, d après les belles éludés biologiques de R. Dubois(i), agit aussitôt sur les tissus et les cellules. spécialement sur le système nerveux (2), pour exagérer d’abord leur activité et la ralentir ensuite. — La surexcitation initiale détermine une combustion exagérée et rapide, un réel gaspillage des véritables rései'ves. Cette chaleur soudaine et inutile, dont l'alcool ne fait d’ailleurs nullement les Jrais, se dissipe bientôt par un rayonnement exagéré de la peau. Puis apparaît la deuxième phase, celle du ralentissement nutritif, et l’on constate alors un rejroidissement notable du corps, au moment où l’alcool lui-même commence à entrer lentement en combustion.

Ainsi, l’alcool ne pénètre dans l’organisme que pour en bouleverser le mécanisme. Sans motif, sans besoins, il fait brûler les véritables aliments, et il ne se consume à son tour qu’au moment où l’organisme surmené se refroidit, sans arriver d’ailleurs à compenser ce refroidissement.

Prétendra-t-on maintenant que l’alcool est un aliment?

Voici d’ailleurs, pour terminer, une belle étude de Stammreich. En effet, cet auteur complète avec de l’alcool une ration alimentaire insuffisante et, à la fin de l’expérience, il constate une augmentation de l’excrétion azotée; ce qui veut dire que non seulement l’alcool n’a pas pu prendre la place

de leurs réserves, au moyen d’une diastase. Or les actions diastasiques sont réversibles ; c’est-à-dire que la même diastase peut, selon les conditions de milieu, combiner ce qu’elle a décomposé ou décomposer ce qu’elle a combiné. — Pottevin qui a démontré de façon lumineuse ce fait remarquable (Acad, des sciences, igo3 et 1904) en conclut que puisqu’il existe normalement dans tous les tissus vivants une diastase qui décompose le sucre en alcool, cette même diastase doit aussi, synthétiser l’alcool ingéré en glucose.

1. Raphaël Dubois. Dictionnaire de physiologie de Ch. Richet; articles alcools et alcoolisme.

2. Le système nerveux est le grand chef qui doit régler et coordonner tout; et c’est lui que l’alcool vient attaquer. N’est-ce pas le renversement de l’ordre normal ? Et l’alcool n’est-il pas en quelque sorte l’inverse d’un aliment?

d un aliment combustible dans la ration, mais encore qu’il a provoqué la destruction des tissus et de la chair vivante ellemême (i)...

Nous concluons donc encore une fois que l’alcool n’est PAS UN aliment; nous ajouterons même qu’il joue le rôle inverse d’un aliment (2).

Est-il besoin maintenant d’ébaucher ici l’histoire toxicologique de ce dangereux poison ? Il suffit qu’il ne soit réellement ni moteur, ni thermogénétique, et surtout qu’il bouleverse le mécanisme nutritif, pour que la seule physiologie condamne implacablement son emploi, aussi bien dans le rationnement du repos que dans celui de la force ou de la chaleur!

VALEUR ÉNERGÉTIQUE RÉELLE DES DIV'ERS ALIMENTS DANS LE TRA- VAIL. RECHERCHE DU RÉGIME ALIMENTAIRE APPROPRIÉ AU TRA-

VAIL DU iMOTEUR HUMAIN.

Il est temps d’aborder l’étude énergétique des divers aliments et des régimes qui nous les offrent. — Nous pouvons maintenant conduire cette recherche avec la plus grande rigueur, sous la lumière de l’enseignement fourni par les précédents chapitres, car nous savons positivement que la valeur motrice pratique d’un aliment se fonde sur ce double critérium : abondante et Jacile production du combustible glucose.

Les aliments azotés, l’albumine, la viande, ne fournissent le glucose qu’après une lente et pénible élaboration hépatique qui ne se termine que dix ou douze heures après leur ingestion. Ainsi transformés, 100 grammes d’albumine ne rendent guère

1. Si l’alcoolisme (intoxication lente par l’alcool) produit parfois l’engraisssement, ce fait n’est que l’expression visible du ralentissement nutritif dont il devient la cause. Qui ne sait d’ailleurs que l’engraissement est signe de dégénérescence?

2. C’est en vain que, avec Richet, on traitera de co»iô«s/it/e accessoire et de chaleur d’amorce, l’alcool et la bouffée de chaleur étrangère qu’il apporte, sous le prétexte qu’il peut ainsi réveiller l’organisme refroidi ou usé... Grave et dangereuse méprise 1... car l’excitation est rapidement suivie de dépression, et cette dépression sera d’autant plus funeste qu’elle se portera sur des organes et des réserves encore plus épuisés par l’excitation primitive.

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que 8o grammes de glucose, c’est-à-dire une énergie musculaire de 36o à Syo calories. En même temps apparaît un résidu de 25 grammes d’urée et de déchets azotés plus ou moins toxiques. Au total : énergie médiocre et tardive, surmenage des organes digestifs et du foie, production de résidus nuisibles. C’est plus qu’il n’en faut pour condamner l’usage de l’albumine dans la ration de travail.

Les graisses alimentaires ne peuvent que très indirectement donner le glucose. Après une longue digestion, elles sont versées dans le sang qui les porte vers les réserves adipeuses (i) communesdel’organisme. Quand l’animal travaille, si le glycogène hépatique s’épuise, les graisses émigrent du réservoir adipeux vers le foie qui les emploie à réparer le sucre consommé. C’est ainsi que, très tardivement, loo grammes de graisse donnent i5o grammes de sucre, c’est-à-dire un potentiel musculaire de Goo calories. Nous devons encore à Chauveau la démonstration de ce rôle indirect et assez éloigné des graisses dans le travail, et nous concluons avec lui que : La graisse alimentaire qui exige une opération digestive et hépatique asse^ laborieuse et qui ne donne à l’organisme qu’un pouvoir mécanique tardif, ne doit servir qu accessoirement à la ration de travail. Toutefois, puisqu’elle est capable de réparer tardivement le glycogène hépatique, la graisse pourra entrer avec avantage dans le régime du travail professionnel ou dans celui de l’entraînement sportif.

Les matières féculentes alimentaires, telles que l’amidon, se transforment peu à peu, dans le tube digestif lui-même, en sucre assimilable. Quelques heures après le. repas, ce sucre versé dans le sang est directement porté au foie qui l’emmagasine ou le distribue si les muscles sont en exercice. lOO grammes d’amidon alimentaire digéré donnent ainsi iio grammes de sucre, c’est-à-dire une énergie de qSo calories. — L’amidon,, qui n’exige qu’un travail digestif modéré pour fournir en peu de temps le combustible musculaire, peut donc entrer pour une part notable dans la ration de travail.

I. Ces réserves sont bien connues, surtout de l’obèse qui les accumule sans pouvoir s’en servir! La graisse se dispose sous la peau, autour des intestins et des reins, et à l’intérieur des muscles, qui, parfois, deviennent énormes sans augmenter de force. Au surplus, la graisse des muscles li’est que très indirectement indispensable.

Le sucre de canne ou de betterave se transforme rapidement dans 1 intestin. Il donne ainsi io5 grammes de glucose, c est-à-dire une énergie de 480 calories utilisable aussitôt après cette digestion , il sera donc très avantageusement introduit dans toute ration de travail.

Quant au glucose alimentaire qui fournit immédiatement une énergie de 410 calories, sans aucun effort de digestion, sans élaboration par le foie, il représente X aliment même de 1 exercice et doit servir de base à toute ration de travail.

Je ne veux pas terminer cet examen des espèces alimentaires, sans mentionner ici la part importante que les matières minérales doivent trouver dans le travail. Assurément ces substances ne peuvent en aucune façon dev'enir un potentiel alimentaire; elles ne contiennent aucune énergie. Mais elles sont des facteurs indispensables de 1 activité mécanique chez le nnoteur animal. Les sels, selon une expression fort juste, ont le pouvoir d'animer la machine humaine, en donnant à la matière vivante la faculté d’opérer les transformations alimentaires et de brûler le combustible vital!... On sait, en effet (ij, que les operations digestives et la combustion elle-même sont 1 œuvre de certains ferments appelés diastases-, et l’on sait aussi que ces diastases n ont d’activité qu’en présence des sels appropriés à leur nature. La potasse, la soude, la chaux, déterminent le jeu des principaux sucs digestifs. Le fer, fixé sur les globules rouges, communique à un sang généreux le pouvoir de transporter et de distribuer l’abondante ration d’oxygène qu’il a recueillie dans les poumons. Enfin, le manganèse développe la puissance de cet extraordinaire ferment d o.xydation — Oxydase de Bertrand — qui, répandu partout dans le corps et surtout abondant dans les muscles, a le monopole de toutes les combustions organiques.

Véritables e.xcitants naturels (2) du mécanisme vital et de la production de la force, les sels doivent donc prendre une place

1. Travaux de Bertrand, Charrin, Lagatu, Villiers, Lahmann, etc...

2. Ces excitants n’ont aucun rapport avec les faux excitants de l’alimentation commune. Les sels sont les véritables impulseurs du mécanisme vital; il ne faut donc pas les confondre avec l’alcool, le café, les extraits de viande qui ne font qu’agiter par irritabilité nerveuse en déprimant aussitôt après la force motrice et l’énergie vitale. Le sel de cuisine dont on abuse ne joue d’ailleurs pas le rôle des minéraux dont nous parlons ici.

prépondérante dans toute ration d’exercice intense, dans l’entraînement et le travail professionnel.

11 est maintenant aisé de définir physiologiquement le régime alimentaire de l’exercice.

Et d’abord, le régime carnivore, celui qui cherche déjà dans l’albumine de la chair animale tout l’azote de la ration d’entretien, ne conçoit pas d’exercice et d’excursion sans une abondante provision de pâtés, jambons, saucissons et viandes froides. Nous savons pourquoi ce régime est absurde. Il ne peut vous donner ni l’énergie immédiate dont vous avez besoin, ni la ration de sels nutritifs propres à développer le mécanisme vital. 11 surmène et fatigue les organes de nutrition, et ne vous procure une sensation fugitive de vigueur que par la production de déchets toxiques faussement excitants, qui ralentissent aussitôt votre activité. Après un tel repas, somnolence, lourdeur et fatigue compromettent plus sûrement la fin de votre excursion qu’une course accélérée de deux heures dans la montagne sous le soleil brûlant.

Moins exclusif, puisqu’il accepte, au moins en principe, l’usage des végétaux et des fruits, le régime semi-carnivore ne sait cependant ni satisfaire à votre besoin immédiat de force, ni conserver à votre organisme alourdi par une trop laborieuse nutrition, cette liberté et cette légèreté d’allure, cette continuité de bien-être que l’exercice réclame.

Au contraire, les trois régimes anticarnivores échappent entièrement à cette critique. Aussi bien pendant le travail que pendant le repos, le végétarien vit de laitage, de végétaux et d’œufs ; le végétalien se contente de végétaux, tandis que le fruitarien ne consomme que des fruits.

Dans ces régimes, le sucre etles sels minéraux abondent (i); tous les trois, ils prodiguent le potentiel vital et les matériaux actifs du travail physiologique ; jamais ils ne surchargent l’organisme de déchets toxiques. Ils représentent, en un mot, les régimes mêmes de l’e.xercice.

Je crois utile, toutefois, de les différencier, pour attribuer à chacun la place qui lui revient dans les divers genres de travail.

I. Les légumes verts et les fruits, qui contiennent en quantité les sels minéraux, prennent une place importante dans toute alimentation appropriée aux besoins du mécanisme nutritif et de l’activité motrice.

On doit distinguer, en effet, trois cas. Dans le premier, l’organisme s’entraîne et fait de Ve7nmusclement progressif. Dans le second cas, il s’agit du travail professionnel régulier (à l’abri du coup de collier) où l’on entretient simplement ses muscles. Enfin le troisième cas concerne l’homme de sport, déjà entraîné et bien en forme, qui doit développer, en quelques heures, une énergie intense où se révèlent sa vigueur et son endurance. ’l

Entre ces trois types de travail existe un caractère commun. Le moteur est en activité ; réclamant un riche potentiel exempt de toute toxine, il exige, dans tous les cas, un régime strictement anticarnivore. Mais le besoin d'azote n’est pas le même.

En effet, pendant l’entraînement, la masse musculaire se développant, il faut une ration azotée supplémentaire de 3o ou 40 grammes d’albumine que l’on trouvera aisément dans le végétarisme, avec le laitage, les &ufs et les végétaux richement azotés.

Chez l’homme développé, qui se contente d’entretenir sa musculature pour le travail ou le sport, l’usure quotidienne des muscles sera largement compensée par un supplément de i5 ou 20 grammes d’azote pris dans le simple végétalisme.

Enfin, dès qu’il s’agit du sport intense, mais forcément limité, où l’usure musculaire est momentanément négligeable, il faut, en cours d’exercice, adopter une alimentation fruitarienne sucrée, à base de glucose, qui fournira \ énergie immédiate sans fatigue nutritive.

En résumé, la ration de travail doit être essentiellement végétarienne pour l’entraînement, végétalienne pour le travail eipTdXxex , fruitarienne et sucrée pour l’exploit sportif (1).

Au surplus, chacun trouvera dans cet enseignement physiologique général l’indication qui convient à son genre d’existence physique. A chacun d’ailleurs de s’appliquer à varier sa ration de travail, sur les diverses phases que traverse son activité musculaire.

I. Remarquons toutefois que, les fruits oléagineux étant très azotés, le Iruitarisme paraît convenir aux trois genres de travail. 11 sutfirait d’augmenter la proportion des oléagineux pour l’entraînement, de la diminuer pour l’entretien du travail régulier, et de la réduire au minimum pour l’emploi sportif. Mais ce régime strictement fruitarien a double inconvénient : il coûte relativement cher et il semble un peu pauvre en sels minéraux.

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