‹ Examens analytique et tableau comparatif des synchronismes de l'histoire des temps héroïques de la GrèceChapitre 9 sur 80 · VU · texte numérisé non relu

VU

Pausan, il. Ut, ptig. nS;tV, //, 2$2tU,t, HO.

SuuLts in hoc Ptrhe.

}4 DISCOUKS

piade, avoit donc précédé d’environ deux siècles les premiers chroniqueurs en prose qui soient connus. On peut induire, d’après quelques fragmeps qui nous ont été conservés, qu’Eumélus avoit développé les généalogies arcadiennes et thessaiiennes plus d’un siècle et demi avant que le père d’Acusilas eût déterré le monument en hronze de celles d’Argos.

A mesure que les recherches font remonter vers les temps antérieurs au vi.* siècle avant notre ère, on rencontre les témoignages continuels du soin que les Grecs avoiem pris pour perpétuer, plus sûrement que par des traditions orales , les souvenirs les plus simples et les plus importans de leur ancienne histoire. Cet usage existoit certainement au temps d’Homère. On en reconnoît les indices dans l’attention arec laquelle il rappelle les généalogies des héros qu’il introduit sur la scène ; Pindare a suivi son exemple ; et les calculs qu’ils nous ont laissés sur quelques généalogies , sont vérifiés dans mon Tableau. -

L’époque à laquelle appartient le Cinéthon de Lacédémone, précédemment cité, ne doit pas le faire confondre avec ces homérides et ces rhapsodes qui ne nous sont connus que pour avoir débité sur les places publiques des fragmens pris au hasard dans les poésies d’Homère et d’Hcsiode. Ce que Pausanias a dit du

généalogiste dont il vient d’être parlé , fait connoître que, quoique versifiées, les généalogies qu’il chantoit n étoient pas considérées pour cela comme des poésies de pure invention. Les récits en étoient mêlés fle quelque critique, qu’on reconnoit aisément, quand on y lit, par exemple, qu’Orcstc fils d’Agamcmnon n’avoit été préféré pour le trône par les Lacédémoniens qua raison de ce que Mégapenthès et Nicostrate étoient nés de Ménélas et d’une esclave. Ciné thon faisoit la même remarque sur l'illégitimité de la naissance de Penthilus fils d’Erigone; et de telles observations prouvent bien que, quoique versifiées, les généalogies rédigées par cet ancien auteur étoient non seulement de l’histoire, mais encore de l’histoire discutée. On se prévaudroit à tort de la durée en apparence fugitive de ces poésies chantées , 'pour jen affaiblir à nos yeux la force de preuve, et ne nous y faire trouver que le vague et la mobilité des traditions orales.

Les ouvrages d'Homère signalent chez les Grecs la première époque de la poésie historique dont il nous soit resté des pages bien suivies; mais à quelle occasion et à quelle époque a-t-on commencé en Grèce à publier les chroniques proprement dites, qui nous ont conservé les premiers élémens de l’histoire simple !

C’est au siècle qui vit naître Pittacus de Mitylène,

El

xvm, tjt.

JJ. ibtJ.

Thaïes, Solon, Ésope, Anacréon, et tant d’autres génies de divers genres. La coïncidence des productions publiées alors simultanément en Grèce , en Italie et en Éirurie, est certaine ; et pour la Grèce, l’époque en est précisément marquée par l’apparitiod de Thespis et de Chœrille, qui furent les premiers poètes tragiques. Ce synchronisme littéraire est bien digne d’être signalé; car ne diroit-on pas que la nécessité de répandre la connoissance du texte littéral de ce qui constituoit alors l’histoire, ne fut sentie que lorsque les tragiques eurent fait comprendre combien elle couroit risque d’être dénaturée par l’idée de la transporter et de la mettre en action sur les théâtres!

• C’est donc ici le lieu d’examiner si , lorsqu’il est pour la première fois parlé de l’origine de l’histoire écrite , il ne s’agissoit rien de plus que de recueillir partout dans la Grèce des traditions orales pour en former un corps d’histoire uniquement fondé sur des ouï-dire, ou bien si ce sont des monumens gravés ou écrits dont on a seulement publié des copies littérales. Quand le fait aura été bien prouvé relativement à l’époque du vi. e siècle avant J. C., et qu’il sera démontré par d’autres autorités que l’usage des inscriptions remontoit chez les Grecs bien plus haut que le siècle d’Homère, on conclura, je l’espère, que

PRÉLIMINAIRE. i7

la première application qu’on fit de cet usage , dut avoir pour objet la conservation des généalogies et des suites de règnes et de sacerdoces. Cette question ne se trouve bien éclaircie que dans trois morceaux comparés de De nys d’Halicarnasse , de Cicéron, de Varron et de Tacite, qu’on n’avoit pas rapprochés.

Voici ce que Dcnys d’Halicarnasse nous apprend sur ce point:

« Beaucoup d’anciens historiens, dit cet auteur, ont » existé en grand nombre de lieux différens avant ■

» la guerre du Péloponnèse. Tels sont , Eugéon de » Samos, Déiochus de Proconnèse, Eudème de Paros,

» Démodés de Phigalic, Hécatée de Milet, Acusilas » d’Argos, Charon de Lampsaque, Mélésagoras de » Chalcédoine ; il en est, comme Hcllanicus de » Lcsbos , Damaste de Sigée , Xénomède de Chios ,

» Xanthus de Lydie , et beaucoup d’autres , qui pré'

» cédèrent cette guerre de si près , qu’ils attei- » gnirent l’époque meme à laquelle Thucydide flo- » rissoit.

» Ces historiens, s’étant tous proposé le même but » dans le choix de leur sujet, différoient peu les uns » des autres par le talent. En rédigeant, les uns les » histoires des Grecs , les autres celles des Barbares,

» ils ne se sont pas attachés à les fondre ensemble :

» ils les ont, au contraire , présentées isolément et

« divisées par peuples et par villes. Ils ne perdoient » ainsi jamais de vue que leur unique objet étoit. de » transmettre à la connoissance de tout le monde , et « tels qu’ils leur étoient parvenus , n’y ajoutant et » n en retranchant rien, tous les souvenirs qui se con- » servoient chez les naturels, tant par nations que » par villes, déposés dans des écrits soit sacrés, soit » profanes. Quelques fables s’y trouvoient mêlées, » auxquelles on ajoutoit croyance à cause de leur » haute antiquité , ainsi que quelques catastrophes » théâtrales qui paroissent aux gens de notre temps » pleines d’inepties (i). »

Après nousavoir ainsi donné une idée des premiers écrivains prosateurs de l’histoire grecque , le même auteur rend justice à leur style « clair, dit-il , usuel , » pur, concis, adapté aux matières, sans art et sans » recherche ; et cependant une certaine beauté et

( i ) La traduction entière de ce morceau résulte des avis réunis de mes confrères MM. Boissonade et Letronne :

' E va k. lit avnf ÇvAsééonsf enwWr , ïtai JiiniÇor% imyà>zJ.aiç f*n-

yjan Ka.vi «3m ti i, tunà mAnr trr * cf , ter* et /itCn*oif à-mui/uurat yfyiÇeuç , t at/mç tif ni? M/m amrmr yiùnt i%tnytAir , cvo< wtte*ActC«r. On a suivi les corrections nécessaires, pro-

posées par Sylburge ei Reiske, pour les deux mots it&uç et y^euç, à la place desquels les éditions donnent et yçstÇeti , qui ne peuvent se construire dans la phrase. L’emploi de l’adjectif (MCnkoç avec un mot tel que ne surprend point dans

le style de cette époque. Voyez à ce sujet Schleusner ( Nov. Thesnur. vtl .

Test. I, 557 ) et Suicer ( Thesaur.

eccUsiast. i , 678 ).

Diait

» plus ou moins de grâces répandues sur leurs pro- » ductions les ont fait durer jusqu’à nos jours. » A la suite de cet exposé , le même auteur censure , excuse et explique les défauts qu’il a fait remarquer dans ces anciennes sources historiques. Il en prend occasion de louer Hérodote et Thucydide de les avoir évités, et de ne s’être pas jetés dans des digressions de nature à tromper le vulgaire, comme avoient fait avant eux les premiers chroniqueurs , lorsqu’ils parvient « de ces Lamies sorties de terre, au milieu des » forêts et des bocages ; de ces Naïades amphibies , » qui s’échappoient du tartare pour traverser les flots » de la mer à la nage, dont le corps ctoit mi-parti de » l’homme et de l’animal , et qui s’unissoient aux » mortels ; de ces enfans demi-dieux , nés du com- » merce des hommes et des divinités; enfin de tant » d’autres aventures réputées à présent incroyables » et pleines d’absurdités.

» Si je suis entré dans ces détails , continue Denys » d’Halicarnasse, ce n’est pas que je veuille blâmer ces » auteurs : je leur pardonne , au contraire, tout-à-fait » de nesetre point abstenus de ces fictions mythiques, » en rapportant les histoires des peuples et des loca- » lités particulières ; car il s’étoit partout conservé , » comme je l’ai dit, des souvenirs de pareilles tradi- » tions , tant en général dans chaque région, qu’en

4o DISCOURS

» particulier dans chaque ville (i). Les fils', les recc- >» vant de leurs pères, avoient soin de les transmettre » à leur postérité, et ils demandoient que ceux qui » vouloient les publier les écrivissent eux-mêmes tels » qu’ils les avoient reçus des anciens (2). Les histo- » riens de ce temps-là , conclut Denys d’Halicar- » nasse, étoient donc dans la nécessité de diversifier » leurs histoires locales par l’emploi des épisodes » fabuleux ( 3 ). »

Le style d’un discours ne permettant pas , comme celui d’une dissertation spéciale , d’exposer en détail les objections , les solutions et les applications du commentaire au texte, je dois ici me borner à rassembler la substance des faits contenus dans celui que je viens de traduire.

Il me paroît prouvé, par le témoignage de Denys d’Halicarnasse, i.° que les premières histoires écrites en prose qu’il avoit sous les yeux, ne se composoient pas uniquement , comme on le dit et le redit, de traditions orales, ou de simples souvenirs intellectuels, mais de faits consignés successivement par le

(1) £r am <n yct\ tùfyùnuç %, Mirjr ULTO itnvf, *, xrtTs rn\nç , ilia fuifjju 7irt( i *a>£o»75 rutr Tiiovmr aKsveuaTvr, écrit ip tçrr.

( 2 ) £ 71 vç fcwXtjuÂrwç air wV

tiç t» w/w I xtfpHt, tuTtHÇ *£/ovt avyù( wicjt 7 ir i/ij'aurn.

( 3 ) ’Luitoiç fitrcJr me tu/pâmi cuay* tux7ar jiV tc nu Mm tv7ç pw-Scr/lnr im-

mit ai ç Ttxf Trxnxàç cuayç^ctf.

moyen de la gravure ou de l’écriture, suivant le sens qu on attachera aux expressions employées par l’auteur grec ;

2 ° Q ue les premiers copistes des inscriptions et des mémoires qu’on lisoit au vi. e siècle avant notre ère , n ajoutaient rien et ne retranchoient rien , pas même les fables , aux récits qu’ils transcrivoient pour en publier et en multiplier les copies;

3 . Que ces fables n étoient pas tellement incorporées avec des faits d’ailleurs probables de leur nature, que l’évidence de la fausseté des autres dût faire perdre toute confiance au récit des faits réels: car , en même temps qu’elles étoient jugées absurdes et ridicules, on ne les considéroit, etDenys d’Haficarnasse le dit en propres termes , que comme des épisodes sur ajoutés , suivant la force de l’expression grecque ; mais à quoi sur-ajoutés, si ce n’est à des vérités historiques, et comme furent insérés après coup par leurs auteurs mêmes les discours dans le texte de I histoire réputée incontestable !

4° Que, ces chroniques ayant été particulières à chaque localité, on ne pouvoit recueillir dans les temples et les lieux profanes que des faits locaux et n’ayant aucun rapport l’un avec l’autre , sans quoi Denysd Hahcarnasse n’auroit pas fait remarquer que, dans leur rédaction , on ne s’étoit pas occupé du soin

de fondre ces faits ensemble , et c’est bien là sans doute le caractère des chroniques pures et simples dont Je Tableau nous présente les élémens ;

5. 0 Que l’attention qu’on apportoit dans chaque ville à ne pas permettre au copiste d’élaguer même les épisodes fabuleux , devient , pour les faits naturels qui étoient le sujet de ces chroniques , un argument d’authenticité continuelle dont l'antiquité ne peut être assignée ni limitée ;

6.° Que ces fables épisodiques, dont la nature se déclare assez dans le morceau traduit, par la mention positive des Lamies et des Naïades, tenoient aux mêmes origines théogoniques dont Hésiode fait bien connoître la haute antiquité par celle des objets de comparaison qu’il a lui-même fournis.

Loin de prouver la fausseté des faits réels qui étoient entremêlés de ces épisodes fabuleux , ils indiquent donc seulement qu’originaircment les rédactions des chroniques dévoient remonter bien au-delà d’Hésiode et d’Homère; et lorsqu’on lit dans les généalogies des rois d’Argos , copiées d’après les monumens des temples par Phérécyde , que Pélasgus étoit fils de Niobé et du dieu Jupiter, ce qui excite le dédain du sceptique est ce qui prouve au contraire la fidélité de la copie du chroniqueur. On a cependant encore très-récemment prétendu , dans un ouvrage

PRÉLIMINAIRE. 4j

digne d’ailleurs de toute sa réputation, mais étranger à la critique de l’histoire , que, quand les premiers historiens grecs antérieurs à Hérodote parient des premiers événemens , soit de leur nation , soit des nations voisines , ils ne citent que des traditions orales, et non pas des ouvrages publics.

La difficulté de traduire bien précisément le mot ntvfLai , dans le passage de Denys d’Halicarnasse , pourroit fournir quelque prétexte aux partisans de cette opinion , quoiqu’il y soit fait une mention bien expresse au moins des écritures qui étoient déposées dans des lieux soit sacrés, soit profanes ; mais Cicéron n’avoit-il pas levé toute équivoque dans un passage de son livre de l’Orateur, que personne, Vossius même , ni Fréret, ni Sallier , qui ont cité ce passage, n’avoient encore rapproché du témoignage de Denys d’Halicamasse ! Or Cicéron montre clairement que les chroniques grecques publiées au VI.® siècle ne consistoicnt pas en souvenirs immédiatement recueillis des traditions orales , mais en copies faites littéralement d’après les monumens des temples : distinction très-importante, attendu qu’elle fait remonter bien plus haut la question de savoir s’il fut jamais un temps où l’histoire n’ait consisté qu’en tradition* orales.

« L’histoire , dit Cicéron , ne fut d’abord com- , a

» posée que d’annales simplement rédigées. Pour fixer » par ce moyen la mémoire des faits, depuis le com* » mencement de Rome jusqu’au pontificat de Pur> blius-Mucius (quatre-vingt-quinze ans avant J. C. ), » tous les actes de chaque année étoient mis en écrit » par le grand pontife, sur des tables qu’il faisoit éle- » ver et exposer à la façade de sa maison , afin de » fournir au peuple les moyens d’en connoître ; et » de là l’origine de ce qu’on appelle actuellement les » grandes annales. Plusieurs ont imité ce genre d’e- » crire, pour nous transmettre sans aucun ornement » les monumens simples des temps , des hommes , » des lieux, des faits et gestes. Tels furent, chez les » Grecs, Phérécyde, Hellanicus, Acusilas et beaucoup » d’autres; tels ont été chez nous Caton, Pictor et » Pison , qui ne s’occupoient nullement du soin » d’orner leurs récits, pourvu que les choses dont ils » introduisoient chez nous la connoissance , fussent » bien comprises; et pour cela, ils ne prétendoient » à d’autre mérite qu’à celui de la concision. L'his- » toire n’a commencé à prendre un ton plus élevé » que dans les écrits d’Antipater de Sidon , l’ami de » Crassus ; les autres ne l’avoient pas encore ornée , » ils n’étoient que de simples narrateurs. »

Cicéron avoit écrit ce morceau long-temps avant que Dcnys d’Halicarnasse eût publié sur le même

sujet les détails que j’ai cités précédemment , et les deux témoignages, s’éclairant réciproquement, confirment bien l’explication qu’on peut donner au mot , en le traduisant par l’expression de monumtns icrits. On voit donc , d’après ces deux autorités comparées, l’erreur de ceux qui pensent que l’ancienne histoire simple n’étoit composée que de simples souvenirs, et l’on vient d’en lire le témoignage contraire et bien formel.

Il faut remarquer ensuite que l’époque à laquelle Cicéron fait remonter les précautions publiques qui furent prises chez les Romains pour constater la fidélité littérale des sommaires de leur histoire , datoit de la naissance même de la ville, l’an 753 avant J. C. , et que c’est alors aussi qu’on paroît avoir commencé à publier les premières copies des chroniques de cette contrée. Un tel usage fortifiant l’opinion qui fait considérer les Romains comme une colonie grecque d’origine , la coutume d’exposer publiquement les sommaires historiques de chaque localité paroît avoir été de tout temps commune à la Grèce et à l’Italie. On sait , en effet , que les axones où se lisoit la rédaction originale des lois de Solon, ne consistoient qu’en de simples tables de bois de forme triangulaire , ainsi qu’à Rome les deltoi cités par Denys d’Halicarnasse. Ces axones ayant été conservés dans l’acropole

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d’Athènes depuis cet ancien législateur, il est à croire

que les Grecs avoient eu de temps immémorial la

même coutume d’afficher leurs annales comme leurs

lois.

Tarquin étoit d’origine étrusque, et l’on sait que les Romains tenoient de l’Étrurie leurs arts et leur science augurale. II seroit donc difficile d’imaginer qu’ils eussent pris, dès l’origine de leur ville, tous les soins de vérification publique dont Cicéron nous a donné les détails, sans que des soins semblables eussent été pris chez les Étrusques pour la rédaction des sommaires de leur histoire. Varron indique assez clairement le fond de cette précaution , lorsqu’il expose la manière dont ce peuple régloit pour son usage la durée inégale de chaque siècle. J’ai déjà expliqué le fait dans un autre mémoire , mais il faut ici le répéter encore.

Suivant Varron, l’cre de chaque ville datoit, chez les Étrusques, du jour de sa fondation, et finissoit avec la vie du dernier survivant à tous ceux qui étoient nés le jour auquel le siècle précédent avoit fini. La durée de tous les autres siècles étoit réglée de même. Varron , cité en cet endroit par Censorin , ajoute que les quatre premiers ont été chacun de 1 05 ans , le cinquième de 123 , le sixième et le septième de 1 1 9, et que le huitième s’écouloit à l’époque à laquelle

avoit été rédigée l’histoire étrusque qui lui avoit fourni ces particularités.

La première année du premier siècle de cette nation a dû dater de son arrivée sur les rivages d’Italie, et de la fondation de sa première ville par Tyrrhénus ; les annales de son histoire simple comprenoient donc un espace de 78 1 ans, lorsque leur vin* siècle s'écouloit, et qu’elles furent rédigées en corps d’histoire et publiées. Cette publication datoit donc de l’an 583 avant J. C. , et par conséquent de la même période à laquelle les Grecs commencèrent à publier aussi pour la première fois leurs chroniques locales.

J’en dois conclure que les Étrusques n’avoient pu déterminer, par les moyens qui viennent d’être exposés, la durée inégale de leurs siècles, sans avoir fait usage des registres de naissances et de morts. Ces registres existoient aussi de tout temps à Rome : ils étoient confiés au censeur, dit Cicéron, et connus DtUf.m.w.

sous le titre d œvtüites.

S’il est prouvé qu’il en étoit ainsi chez toutes les colonies tyrrhénienncs , il en avoit donc été de même dans les métropoles d’Asie , d’où les Tyrrhéniens étoient partis; car la colonie s’étoit partagée entre la côte méridionale de la haute Italie et i’île de Lesbos,

9 Antiq. rom. t ,

terre natale de l’historien Myrsile, qui avoit sans doute wpuisé ces détails dans les archives mêmes de cette ville.

Pour conclure que les moyens de conserver et de publier l’histoire avoient été uniformément les mêmes dans l’Asie mineure que dans le Péloponnèse, et partout où les Grecs avoient répandu leurs colonies, ne suffit-il pas de trouver éparses dans les auteurs les citations des noms d’Hécatée de Milet , d’Archétime de Syracuse, de Polyzèle de Messénie, de Xénomèda de Chios , de Bion de Proconnèse , et d’Antiochus de Syracuse ! Ce dernier surtout n’assuroit-il pas formellement qu’il avoit tiré des sources les plus anciennes et les plus dignes de foi ce qu’il avoit rapporté de la colonie d'Œnotrus en Italie, et n’avoit-il pas conf.if.im.4. [j nu é jusqu’aux temps voisins de la guerre de Troie la liste des rois œnotriens qui avoient régné sur cette contrée î

En faisant l’énumération des villes natales de chaque historien du v. e siècle et du vi. e , Denys d’Halicarnasse fait connoître que ce ne fut pas seulement à Argos, à Athènes, à Paros, àSicyone, que les faits de l’histoire sommaire avoient été successivement recueillis dans les chroniques des temples. Nous avons des preuves bien plus nombreuses et encore subsistantes des soins publics qu’on avoit pris de les graver partout.

Il est impossible de parcourir la Grèce et l’Italie sans être frappé du grand nombre d’inscriptions où se

lisent des fragmens de généalogies anciennes. Ce qu’a fait de notre temps Gruter, principalement pour les inscriptions latines, Polémon le Périégètc l’avoit fait pour la Grèce ; il avoit passé toute sa vie à voyager uniquement pour recueillir et publier les inscriptions.

A ne juger de son travail que d’après l’idée de sa parfaite ressemblance avec celui de Cyriaque d’Ancône au xv. e siècle de notre ère, de Fourmom, de Chandler et de tous ceux qui ont suivi leurs traces, on peut juger de l’étendue des connoissances généalogiques et chronologiques qui nous resteroient encore, si nous possédions une copie des manuscrits de Polémon. Nous n’en connoissons plus que quelques titres, et ils font assez voir de quelle importance en seroit aujourd’hui le recueil entier.

Un de ses livres comprenoit les inscriptions qui vt -

1 1 1 V , i tique aai-

étoient gravées sur les stèles ou colonnes; un autre, •uAm.Cmt. celles qui l’étoient sur les statues; un autre, celles Aii««.x. qu’on lisoit sur les offrandes sacrées d’Athènes ; un JW. autre, celles qui existoient à Lacédémone, à Sicyone ; un autre enfin , et c’étoit sans doute le plus volumineux, réunissoit, comme un Miscellanea , les inscriptions de tout autre genre qui se lisoient partout dans la Grèce. On ne supposera pas , je crois , qu’il ait omis de copier celles qui portoient les caractères de la plus haute antiquité ; c’étoit sans doute à Argos, à i

Sicyone , quelles se vouvoient. Nous sommes sûrs qu’ri en existoit à Thèbes de Béotie, puisqu’un auteur 4 uscmit.c. grec no us apprend quon y transporta une inscription C ,i^ v 'BukmJn \ déterrée en Épire, et qui fut jugée appartenir au temps d’Hercule, à raison de la conformité des caractères de cette inscription avec ceux des inscriptions du même temps qui existoient à Thcbes.

Le hasard qui a fait découvrir de notre temps les marbres de Paros , ayant fourni tout-à-coup à la critique moderne les moyens de vérifier la certitude de tant de faits rapportés d'ailleurs dans les récits détaillés , quelle idée ne devons-nous pas concevoir de la faqlité qu’on avoit de vérifier les faits de l’ancienne histoire grecque, lorsqu’au m.* siècle avant notre ère. où florissoit Poléinon le Péricgète , il ne fut plus nécessaire de faire de longs voyages pour recueillir J’un après l’autre, et à de très- grandes distances, les preuves gravées des principales dates historiques! Celui qui possédoit une copie des manuscrits de Po- Jémon se trouvoit donc en état de confronter les feits , Jes généalogies et les dates , avec bien plus d’avantage que nos Corsini modernes, qui, n’ayant eu à employer que des fragmens épars , ont néanmoins réussi à porter l’histoire au degré d’exactitude qu’elle a acquis par leurs travaux.

L’époque de Polémon.à laquelle on n 'avoit point

fait attention , signale donc à juste titre la révolution ta plus remarquable qui ait eu lieu dans la connoissance des sources historiques , après celle que produisit la diffusion de ces connoissances, au vi. e siècle avant J. C. , par la publication des premiers apographes qui aVoient été déjà copiés d’après les chroniques des temples ; mais Polémon avoit ajouté les copies de tous les genres de monumens graves : or, ces monumens, à quelle antiquité ne devoicm-ils pas remonter !

Les inscriptions dont on retrouve les dates éparses dans Hérodote et quelques autres auteurs, remontoient au moins au temps de Cadmus : car, suivant le témoignage des généalogies , Philomèle avoit déjà tracé, vers l’an 1430, l’histoire de ses malheurs, en lettres brodées sur un manteau ; en 1330, les registres de naissance étoient ouverts en Étrurie : c’est vers la meme date que remontoient les inscriptions des trois trépieds qu’Hérodote avoit vus et cités ; et celui que Denys d’Haiicarnasse citoit comme existant à Dodone, appartenoit à l’époque de la dispersion des Troyens après la prise de leur ville. Enfin des inscriptions qui datoient du temps des Héraclides , vers l’an 1160, furent admises en témoignage par le sénat de Rome sous le règne de Tibère , et voici le fait rapporté par Tacite : il est ici de la plus grande importance.

Tacu. Annal.

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