PARIS
3ilCHEL LÉVY lUÈIlES, ÉUITEUIIS
Rue Vivicane, 2
lOAN STACK
Le titre d'un livre ne suffit pas toujours à en expliquer le sens, et les meilleures intentions courent, parfois, le risque d'être mal interprétées.
Dans d'autres ouvrages, j'ai étudié la société américaine dans ce qu'elle a de grand, de fécond, de véritablement fort.
Le présent livre n'est ni la contradiction, ni la critique de ces précédents ouvrages, et je ne voudrais pas que le public crût qu'il implique, de ma
part, sévérité excessive, outrages ou calomnies. C'est une autre face de la société américaine que je signale en peignant les excentricités, c'est-àdire des exceptions.
Tous les pays du monde ont leurs ridicules et leurs excentricités, leurs exceptions qui, parfois, sont des monstruosités. Seulement, aux Étals- Unis, ces côtés particuliers des mœurs ont un cachet spécial qui tient à beaucoup de choses, entre autres :
Les conditions exceptionnelles de la société ;
Le mélange des races ;
L'organisation politique du pays ;
L'abus de la liberté, qui est tout à côté delà pratique de ce grand bienfait ;
La difTérence dans les mœurs, laquelle se constate d'une ville à une autre ville, autant que d'un État à un autre État ;
La multiplicité des religions;
Le climat lui-même;
Si bien que dans ce vaste Tout qui compose l'Union américaine, l'unité n'existe pas ; si bien que rien n'est moins saisissable en apparence que les liens de cette société, et que l'on est exposé à froisser le Nord en rendant justice au Sud, à mé-
contenter l'Est en exaltant l'Ouest, et réciproquement.
De là les nombreuses erreurs commises par tant d'écrivains qui n'ont vu les États-Unis qu'au pas de course, et qui ont, ensuite, prétendu généraliser ce qui n'était que particulier, en confondant l'exception avec la règle, Vexceutricitési\ec le caractère commun.
Mais ce mélange de tant d'ingrédients hétérogènes, cette confusion de tant d'hommes et de tant de choses étonnés parfois de se rencontrer, a produit d'étranges combinaisons et des excentricités plus particulièrement remarquables en Amérique que partout ailleurs. En constater l'existence n'est point calomnier une société établie sur des bases remarquablement solides.
D'autres, avant moi, n'ont voulu voir, et, après moi, d'autres peut-être ne voudront voir la société américaine qne par ce côté des exceptions, bien plus facile à saisir et à comprendre. Ce procédé, je dois le dire, n'est ni juste ni honnête. En retournant la médaille, on trouve sur l'autre face de grandes, de belles, de charmantes choses; j'ai essayé ailleurs d'en esquisser quelques-unes.
On trouve, en Amérique comme partout, la
vertu assise au foyer domestique, l'honneur faisant loi dans les familles, la religion sincèrement pratiquée, la probité réglant les transactions, des femmes selon la morale et la société; des magistrats intègres, des fonctionnaires probes, des électeurs convaincus.
Mais à côté de cela, il y a ce que je peins dans ce livre.
Xavier Eyma