ALPHONSE PICARD ET FILS, ÉDITEURS
82 , rue Bonaparte , 82
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On s'est plusieurs fois occupé de littérature et de bibliographie excentriques.
Après Nodier, qui écrivit deux piquantes notices sur ce sujet dans le Bulletin du Bibliophile ; après Octave Delepierre et son Histoire littéraire des Fous (Londres, 1860, in-8°), un maître en bibliographie, Gustave Brunet (Philomneste Junior), de Bordeaux, a publié un curieux ouvrage : Les Fous littéraires. Essai bibliographique sur la littérature excentrique, les illuminés, visioyi7iaires , etc. (Bruxelles, 1880, in-8°). Plus récemment encore, un bibliophile de Cahors a présenté quelques joyeuses silhouettes d'aliénés S et c'est en grand nombre, d'ailleurs, que pourraient être cueillies çà et là d'autres notices éparses.
Je me garderais bien d'oublier les brillantes pages que Théophile Gautier a réunies sous ce titre : Les Grotesques (Paris, 1884, in-8°), et qui ont eu de sj nombreuses éditions. On ne saurait être plus spirituel assurément que ne s'est
< Louis Greil, Les Fous littéraires du Quercy (2« édition ; Cahors, 1886, petit iD-8»).
EXCE.NTRIQUES ET GROTESQUES
montré Gautier dans cette galerie grimaçante devenue célèbre. Il a même certainement outré la note et dépassé la mesure en y faisant coudoyer, pour une simple peccadille de mauvais goût, Scalion de Virbluneau^ sieur d'Ofayel, par Théophile de Viau, un poète savoureux dont la valeur, quoi qu'en ait dit Boileau, ne peut pas être contestée ^ .
Une histoire documentée de la littérature excentrique est encore à faire. Elle mériterait de tenter une bonne plume de chercheur et d'humoriste et serait accueillie sans doute avec empressement par une foule de curieux.
L'extravagance littéraire a multiplié les surprises de toutes sortes. Fous, toqués, grotesques, abstracteurs et détraqués nous ont fourni depuis longtemps des échantillons variés, inouïs de toutes les aberrations, de toutes les incohérences possibles.
Mais dans une monographie des divagations de l'esprit, deux catégories s'imposeraient, deux sections distinctes seraient de rigueur : d'une part, les déments, les hallucinés, les visionnaires, tous ceux enfin qui relèvent d'un cas pathologique, tous ceux dont les facultés mentales sont plus ou moins troublées et dont la liberté morale est plus ou moins atteinte ; d'autre part, les sots prétentieux, les ignorants ridicules, les simples Grotesques.
Ces derniers, les plus nombreux, sont aussi les moins excusables. Les autres peuvent inspirer quelque pitié, voire parfois quelque sympathie ; mais ceux-ci ne sont justiciables que de la risée publique.
Grotesques, ces pseudo-poètes ignares, rimaillant sottement sans notions prosodiques, sans inspiration, sans apti-
^ Gautier a donné pour compagnons à Théophile ; Colletet, Villon, etc. L'étude est sérieuse, en dépit de sa forme paradoxale. L'auteur des Grotesques est même revenu plu 8 tard sur le poète agenais, dans un chapitre remarquable de ses Poètes français (t. u, 1861). — V. Jules Andrieu, Théophile de Viau. Etude bio-bibliographique, avec une pièce inédite du Poète et un tableau généalogique (Agen et Bordeaux, 1887, in-8")/
EXCENTRIQDES ET GROTESQUES 7
tudes ; grotesques, ces écrivailleurs étrangers à la syntaxe, qui, dépourvus de toutes connaissances spéciales, sans études préalables ni soupçon de science, s'érigent en réformateurs et en apôtres.
En aucun temps, ce travers étonnant ne prit des proportions plus considérables. Les Grotesques littéraires, en effet, nous envahissent par légions. La presse en regorge ; le livre aussi. C'est une crise étrange, qui menace, hélas ! de se prolonger indéfiniment.
En Agenais, comme ailleurs, l'excentricité littéraire a cruellement sévi, et dans la Bibliographie générale de r Agenais^ j'ai été conduit à en signaler brièvement au passage de nombreux cas bien caractérisés.
En y revenant aujourd'hui, je n'entends certes pas épuiser le sujet, et moins encore troubler la présomptueuse quiétude des Grotesques contemporains. Mon projet vise uniquement l'ébauche de quelques types disparus. Ce n'est donc qu'une simple contribution à l'histoire générale de cette littérature bizarre dont les tristes ou plaisants chapitres seront sans doute écrits un jour.
Parlons d'abord des poètes, naturellement les plus nombreux en bibliographie grotesque : le langage rimé, la cadence des vers ont des charmes que goûte môme l'inconscience.
< Paris et Agen, 18SG-1891, 3 vol. gr. in-S".
E:!;CEIfTRIQUES ET OROTESQUES
DARODES DE LILLEBONNE