‹ Excentriques et grotesques littéraires de l'AgenaisChapitre 2 sur 13 · DE MÉZIN · texte numérisé non relu

DE MÉZIN

L'épopée à majestueuse allure, aux grandes envolées d ame a toujours tenté la verve titubante des excentriques.

Celui-ci s'appelait exactement : D'Arodes de Lillebonne (Jean-Marie-Gabriel) et était né près de Mézin en 1781. Il publia un poème colossal :

— La Clovisiade, ou le Triomphe du Christianisme en France. Poème héroïque dédié à la France catholique et guerrière, sous les auspices de la Reine des Anges. — Paris, 1827, in-S" de 233 pp. pour les sept premiers chants; 1828, in-S'^de 110 pp. pour les 8", Q^et iOe chants ; 1829, in-8'= de 74 pp. pour les 11^ et 12° chants.

C'est bien, je crois, tout ce qui parut de ce poème, dont la dernière partie, de 1829, est chiffrée par erreur 331 à 404, au lieu de 349 à 422.

En voici le début :

« Je chante ce bienfait que l'univers atteste, Les combats d'un héros, son changement céleste, Ce pouvoir dont l'éclat, chéri de nos aïeux. Dissipa le prestige et l'erreur des faux dieux, Et qui, de Lucifer éclipsant la puissance, Unit la France au ciel et le ciel à la France. »

L'entreprise, hélas ! fut désastreuse pour l'auteur. J'ai dit de lui dans la Bibliographie de l'Agenais : Propriétaire de l'important domaine du Tourouna, près Mézin, il aurait doucement vécu dans l'aisance si la fureur de rimer ne l'avait aussi complètement possédé. Abandonnant la gestion de ses biens à des étrangers insouciants ou peu fidèles, il devait aboutir fatalement à la ruine.

PAR0DE8 DE LaLEBONNE

Pendant bien des années, Darodes de Lillebonnefit, chaque matin, deux kilomètres pour aller entendre la messe à Mézin et donner au public le spectacle d'une attitude extatique. Le reste de ses journées était invariablement consacré à la poésie.

La publication de son immense poème de la Clovisiade acheva de perdre une situation déjà fort compromise ; les souscripteurs devinrent de plus en plus rares, et le malheureux poète, forcé de vendre ses biens, s'achemina vers Paris, où l'attendait la misère et où la mort vint le frapper dans une pauvre mansarde,

Darodes de Lillebonne, victime de la folie des vers^ mourut en 1838.

C'est la seule des grandes extravagances poétiques faites pour inspirer la terreur dont je veuille parler, délaissant bien des énormités d'autrefois justement oubliées, telles que Le Deces ou Fin du Monde, divisé en trois Visions, de Guillaume de Chevalier* (Paris, 1583, in -4°) ; La Mariade,... sur les louanges de la très saincte et très sacrée Vierge Marie..., d'Antoine de La Poujade (Bordeaux, 1604, in-12), etc. — Je m'abstiens même de citer les autres débauches épiques modernes, comme Louis le Bienfaisant, Poème en xiv chants, de l'abbé Contenson, d'Auvillars (Toulouse, 1819, in-8°) ; Saiyit François-Xavier, ou Conquête de l'Lnde et du Japon, Poème en douse chants, de l'abbé Malateste, de Villeneuve (Paris et Agen, 1875, in-12), etc.

' Je regrette d'avoir omis le nom de ce poète apocalyptique dans le mémento littéraire du xvi» siècle de mon Histoire de l'Agenais (Paris et Agen, 1893, 2 vol. gr. in-8»J. — V. la Bibliographie de l'Agenais, art. Chevalier, t. i, p. 169.

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