DERNIERS EXCENTRIQUES
Le cas de Joseph Bouzeran, exceptionnellement curieux, ne saurait trouver ici de comparaison suffisante. Les divers exemples qui pourraient être encore présentés n'offriraient rien d'assez remarquable, et je vais me borner, pour finir, à quelques notes très rapides.
Il ne me paraît guère opportun de parler de l'extravagance célèbre et lucrative de cet Agenais du xvii^ siècle qui sut si bien battre monnaie avec son dévergondage laudatif, de Rangouze, le thuriféraire à outrance, le parasite par excellence, l'éhonté trafiquant d'une plume d'ailleurs médiocre *. Je préfère, dans les limites rigoureuses démon programme, rappeler l'entreprise étrange de l'abbé Raymond DE Fabry (Agen, 1750-1834), dontl'excentricité se traduisit par des Méditations sur la Révolution française rédigées en forme de Prières (Londres, 1794, in-12).
Ecartant les singularités mystiques, lesquelles pourraient cependant fournir bien des aberrations stupéfiantes, je ne signalerai, en matière de divagations philosophiques, que les rabâchages d'un pseudo-moraliste moderne, Mac-Daniel Cabanes :
— Critique du Monde. Pensées diverses (Agen, 1847, in-i8) ; et Pensées sur le Monde (Ibid., 1880, m-i8).
1 V. sur Rangouse et ses recueils inouïs, outre l'article du t. ii de la Bibliographie générale de V Agenais : Adolphe Magen, Un Trafiquant littéraire au xvu* siècle (Agen, 1853, in-8»).
DERNIERS EXCENTRIQUES iH
C'est là un ramassis d'étonnants aphorismes, de sentences biscornues et énigmatiques dont la gloire de La Rochefoucauld n'a certes pas à prendre ombrage.
Excentriques et Grotesques ne pouvaient guère, non plus, épargner le théâtre. Le passé fournirait sans peine des exemples que je néglige pour m'en tenir à deux mentions contemporaines :
— Le Créancier en prison. Vaudeville en un acte, mêlé de couplets, représenté pour la première fois sur le Théâtre d'Agen le 4 juin 1857 ; repris le 28 janvier 1858, par Emile de Massif (Agen, 18o8, in-16 de 37 pp.)
L'auteur, né à Rodez en 1800, mort à Agen en 1875, avait été notaire à Puymirol, après avoir passé par la sous-préfecture de Caslelsarrasin en 1848. A la seconde représentation de sa pièce d'affabulation ultra-puérile, il fut l'objet d'une comique ovation qu'il prit tout à fait au sérieux et qui est restée comme un des joyeux souvenirs de l'époque. L'impression du Ci'éancier en prisoîi fut même le résultat d'une malicieuse souscription organisée par quelques amis, dont l'un, spirituel avocat agenais, rédigea la préface narquoise du livret.
En 1869, un ancien professeur, Jean Jauffreau (Puy-l'Evêque, 1808 — Agen, 1883), voulut fêter le centenaire de Napoléon P'" par la publication d'une tragédie extraordinaire :
— La Mort de Napoléon I^^, ou la Consécration du malheur. Tragédie en cinq actes, — Agen, 1869^ in-S" de 96 pp.
ié EXCENTRIQUES ET GROTÉSQCÈS
Ceci n'était, hélas ! que la fin d'une trilogie colossale, dont les deux premières parties : La Mort du duc d'E^ighien et La Mort de Murât, sont heureusement restées inédites.
La science elle-même est loin d'échapper aux burlesques entreprises des Excentriques littéraires. C'est ici, au contraire, que la folie raisonnante, la conception fantasque, la divagation maladive se donnent libre carrière.
Les grands et insolubles problèmes sur lesquels s'épuisent vainement les efforts humains tentent et passionnent fatalement les esprits d'équilibre instable. Il n'est pas, à cet égard, de limites à l'extravagance. Les rêves les plus incohérents, les spéculations les plus invraisemblables, les opinions les plus absurdes ont eu des manifestations écrites.
Le grotesque scientifique fut de tous les âges ; mais il faut reconnaître que les diverses étapes du progrès en ont considérablement atténué le caractère et la forme. Les découvertes modernes ont tant détruit de préjugés inouïs et d'idées bizarres que l'Excentrique d'autrefois ne saurait être raisonnablement considéré et traité comme celui d'aujourd'hui.
C'est au xvi^ siècle que j'emprunte le premier exemple :
— L'Œcoïatrie, laquelle contient en soy grands secrets, assavoir des remèdes qu'on peut tirer des plantes, des urines, des os, des limaçons, de la carie des bois, des vieilles tuylles et pots cassez, etc., par Christophe Landre, médecin d'Orléans. — Nérac, impr. G. Gobert, s. d. [vers 1560], m-8° K
Le ridicule du titre et du contenu de ce livre est dû moins à l'initiative de l'auteur qu'à l'ignorance de son temps. Tout
y. L'article Landre, au t. », page 47 de la Bibliographie généfale de l'Agenais,