LE RETOUR
C'était la fin, le départ définitif, la dernière journée de cet inoubliable voyage. A 5 heures, par une nuit froide, sous une bise aigre, le coche qui nous emportait partit dans la direction de Bordj-bou- Arrendj. Pendant toute la durer de notre voyage, j'allais dire de notre pèlerinage dans le sud nous avions été, comme de véritables ouali, favorisés par un temps exceptionnel. Mais le changement de décor ne se fit pas attendre. En effet, lorsque nous arrivâmes dans les contreforts du massif du Maadid, le ciel s'embruma ; de lourdes nuées s'amoncelèrent sur nos têtes, et une pluie fine vint cingler les carreaux de la diligence. Les pentes rocheuses, les montagnes, les vallons, les éboulis de pierres apparaissaient tristes et mornes.
A midi, nous étions à Bordj-bou-Arreridj, ou. après un déjeuner sommaire, nous prîmes le train pour Alger. A g heures J, on commença à apercevoir les mille lumières qui se succèdent comme un chapelet d'étoiles tombées du ciel sur la terre, comme un poudroiement d'or dans la nuit noire.
I tait le retour vers la civilisation, vers le labeur quotidien. Des le lendemain, chacun recommença à rr.user son sillon, dans la monotonie grise de l'existence.
On se console en faisant revivre, aux heures de loisir et dans les moments de tristesse, les souvenirs, les sensations, les visions des immensités disparues où l'on eut, loin des mesquineries et des compétitions humaines, le sentiment du beau absolu et de l'indépendance réelle.
Mars [89g.