‹ Excursion artistique en AngleterreChapitre 1 sur 7 · LILLE. — GAND. — BRUXELLES · texte numérisé non relu

LILLE. — GAND. — BRUXELLES

Je dois d'abord une déclaration à mes lecteurs : c'est que j6 n'ai aucune prétention â la découverte de l'Angleterre , voire même des choses dont je parlerai. Ma conscience étant ainsi rassurée , je serai plus libre pour consigner dans les colonnes de ce journal les souvenirs de l'excursion que je viens de faire dans deux villes d'Angleterre: Londres et Manchester, cette dernière ayant été, avec son Exhibition of the arfs treasures^ le but de mon voyage. J'ai pris, il est vrai, pour aller dans le « Rouen anglais , » soit dit sans aucune modestie industrielle, mais avec une grande modestie de clocher, le chemin des écoliers , et j'ai fait, pour aller de la capitale de la France dans la métropole du coton, mi affreux crochet qui m'a conduit dans les Etats de S. M. le roi Léopold, en passant par Lille.

Parlons d'abord de ce que j'ai vu pendant cette course en zigzag.

Ce qui m'avait arrêté &. Lille , c'était le désir de voir le musée Wicar, collection de quatorze cent trente-cinq des-

sins de maîtres , pour la plupart italiens , léguée à sa ville natale par un de ses enfants.

J.-B. Wicar, fils d'un menuisier, fut, après quelques heureux essais en peinture , pensionné par sa ville natale , pour suivre â Paris les leçons de David. Puis il partit avec son maître en Italie , et n'en revint qu'à de rares intervalles. — D'abord , il resta pour copier la majeure partie de la collection du palais Pitti , â Florence , qui fut gravée d'après ses dessins; puis, il fut commis par le général Bonaparte pour choisir dans les églises et les musées les œuvres d'art qui ont fait du Louvre, pendant un temps , le plus riche , sinon le seul musée de l'Europe. La haine du despotisme impérial , disent ses historiographes , l'habitude aussi, peut être, lui firent préférer le séjour de l'ItaUe, où, s'il deignit d'affreux tableaux académiques, il réunit à peu de frais , dit-on , car il avait les doigts un peu crochus, une magnifique collection de dessins. Mais , s'il en est ainsi , cette quasi-restitution au public des produits de ses fautes , fautes heureuses , puisque nous en profitons , l'influence dont il aurait usé auprès de Ganova pour faire rester en France quelques marbres antiques lors de la restitution ou de la spoliation de 1815, doivent lui faire pardonner quelques petits méfaits dont l'amour des arts était le motif.

Ces dessins des maîtres ne sont point de ces dessins finis et coquets , comme ceux qui figurent dans les albums de salon ; mais le plus souvent ils ne présentent que quelques traits , soit l'idée première d'un tableau ou d'une décoration architecturale , soit une étude d'après le modèle. C'est par eux que se révèlent les tâtonnements du peintre , la marche qu'a suivie sa pensée et ses procédés de composition. Aussi, de quel intérêt n'est-il pas d'examiner au musée Wicar, parmi les soixante-sept dessins attribués à Raphaël , et non à tort pour la plupart , la marche progressive de son talent et les transformations de sa manière! Ainsi, pour un • Couronnement de la Vierge, » peint par Raphaël â l'âge de dix-sept ans, l'attitude des coi*ps est étudiée d'après deux jeunes garçons, camarades d'atelier assurément, qui ont posé, pour la

^Vierge et Jésus-Glirist, avec le costume juste que Ton portait en Italie à la fin du quinzième siècle. L'étude des draperies se faisait à part , et dans un autre dessin , où se voit im jeune homme jouant du violon et posé de profil, des draperies légères indiquées par dessus le costume font reconnaître, ainsi que l'attitude du modèle, un des anges de ce « Couronnement de la Vierge. » A côté, c'est une étude sévère du manteau d'Homère pour • le Parcasse, » qui, livrée à des élèves habiles comme étaient les siens , permettait â ceux-ci de peindre, sans que le maître eût autre chose à faire que les études préparatoires et que de donner les derniers coups de pinceau , cette dernière touche destinée à fondre les différentes parties en im tout harmonieux et à montrer la griffe du Uon,

Si, dans les premiers croquis, l'étude de la nature et du nu est peu sensible , elle apparaît bientôt, et je n'en citerai pour exemple que celle de « l'Apollon jouant du violon • pour le « Parnasse. » Là , le modèle est étudié avec toutes les pauvretés et les laideurs de la nature ; la main qui tient le vielon, recommencée deux fois, y est particuUèrement courte, ramassée , calleuse, aux doigts larges, noueux et épatés. Par quelle magie ce modèle sordide s'est-il transformé en le jeune dieu, élégant et gracieux , qui préside au concert des Muses dans la fresque du Vatican? Allez le demander au génie. Ces dessins sont à la plume, d'une plume hardie et savante,* modelant du premier coup par la forme et la direction du trait , et indiquant tout par la précision de la touche. Il y en a aussi à la sanguine, comme « la Vierge d'Albe, » et deux copies d'enfants d'après le « Jugement dernier » de Michel- Ange, copie qui suflût à prouver , sans longs discours , l'influence du maître florentin sur le disciple du Pérugin. Enfin , quelques-uns sont tracés à la pointe d'argent sur un papier vert bleu ou sur papier rose préparés à cet usage. Ces dessins sont généralement plus uns. Telles sont les études pour la « Vierge au voile » du musée du Louvre*

Les dessins de Michel- Ange seraient nombreux, suivant le catalogue, et la plupart représentent des études et des pro-

jets d'architecture. Ils sont d'une plume fine et soigneuse, assez éloignée de celle qui, tout à côté, a représenté avec fougue un des damnés du « Jugement dernier » emporté par im diable , et surtout de ces dessins au crayon ncir pleins de repentirs, où la forme est cherchée avec soin, et qui, négligés par parties, sont accusés dans d'autres avec une précision sculpturale. Là est Michel-Ange tout entier , et après avoir vu une fois de ces dessins , il est bien difficile de ne point en garder un souvenir tel que l'on reconnaîtra tous ceux qu'il sera donné de rencontrer. Aussi , sans nier l'authenticité de toutes les études d'architecture dont je viens de parler, je me contenterai de dire qu'elles m'étonnent, et qu'il y a un examen à faire entre l'écriture qui les couvre et celle bien connue de Michel- Ange.

La collection de Lille ne renferme presque rien de Léonard de Vinci , si ce n'est de ces caricatures que le chef de l'école milanaise semble affectionner singulièrement, car on en retrouve partout. C'est au musée du Louvre qu'il faut aller l'étudier, dans ce portefeuille acquis, il y a bientôt deux années, de Vallardi, au prix de 35,000 fr., par les soins du conservateur des dessins, de M. F. Reiset. C'est de ce portefeuille que les journaux ont fait tant de bruit le printemps dernier, comme pour servir de réclame à un tas de fonds de magasin , toiles sans valeur mêlées à quelques morceaux exquis, que l'ancien possesseur de ce portefeuille mettait alors en vente.

Je citerai encore un magnifique dessin admirablement conservé, au crayon noir, rehaussé de blanc, sur papier bleu, attribué â Giovanni Bellini , le chef de l'école vénitienne. Qu'elle soit de Bellini ou non , cette t Vierge avec l'Enfant Jésus » peut passer parmi les plus belles œuvres qui soient.

J'en dirai autant d'une série de dessins microscopiques tracés sur vélin avec une plume d'une finesse extrême, et attribués à Giacomo Francia, le fils de Francesco, cet orfèvre bolonais souvent supérieur au Pérugin , et quelquefois égal â Raphaël. On ne peut s'expliquer le soin apporté à la confection de ces dessins, cette série de Madones toutes dessi-

nées à la ûle et de dimensions de plus en plus réduites , qu'en songeant aux nielles dont les orfèvres de cette époque décoraient les pièces sorties de leurs ateliers. Peut-être étaientce là des modèles pour les ouvriers et des sujets soumis au choix des acheteurs.

J'omets, dans cette rapide revue, bien des noms et bien des œuvres: Poussin , plus coloriste dans ses dessins, où il recherche surtout TelTet des ombres et des clairs, que dans ses tableaux; Rembrandt, toujours, au contraire, préoccupé de la couleur, qu'il ait à son service soit toute sa palette, soit un simple tronçon de plume; le Dominiquin, Louis David , Titien , surtout paysagiste dans ses dessins , et un grand paysagiste , comme le laissent deviner les fonds de ses tableaux. J'omets une foule de dessins anonymes aux* quels il serait intéressant et quelquefois facile de donner un père , et j'arrive à l'œuvre capitale , unique j de cette collection. C'est une tête en cire, une tête de jeune ûlle , gracieuse et un peu triste , que Wicar attribuait à Raphaël , et que les auteurs du catalogue ne seraient pas loin de croire antique. Je pencherais plutôt du côté du Léonard ou de son école. Je retrouve là , dans cette tête rêveuse et souriante, qui vous pénètre et vous fascine, le même charme que celui produit par les têtes du Vinci , quand on les regarde quelque temps. Lorsque l'on fût tourner lentement sur son pivot ce buste merveilleux , la tête , bien que mutilée, semble s'animer et prête à vous raconter les tristesses que, depuis trois siècles, elle porte sur son front. La photo* graphie, si heureuse d'habitude avec les objets inanimés, lui a été cruelle , et dans les épreuves publiées par M. Blanquart-Evsrard je ne puis reconnaître la tête du musée Wicar. Aussi y revenions-nous sans cesse, moi et im mien ami, amateur enthousiaste des arts , quoique ingénieur , si bien que nous attirâmes l'attention d'un petit homme tout de noir habillé , cravaté et ganté de blanc, qui arpentait les salles avec inquiétude.

Il ne nous fut pas difficile d'entrer en conversation avec ce Lillois, flatté de notre visite prolongée dans un musée où

l'on passe sans s'arrêter pour aller voir des chinoiseries et des animaux empaillés ; de deviner en lui le possesseur d'une maison qui , dous avaît-on dit , était un musée, et de nous faire inviter â aller visiter cette collection d'amateur. Mais ce n'était pas pour nous que M. l'adjoint au maire de Lille était si bien endimanché , et nous eûmes bientôt l'explication de ses allées et venues inquiètes. M™« la princesse Mathilde passait par Lille, en visitait les curiosités, et parmi elles le musée, sous la conduite de notre obligeant amateur, dont elle a bien voulu visiter aussi la collection en notre lieu et place. Voilà comme les grands , souvent sans le savoir, font tort aux petits.

Pendant ce temps, nous étudiions le musée de Lille, qui renferme quelques bonnes toiles de l'école flamande : un « Martyre de saint Georges, » magnifique esquisse de Paul Véronèse ; une « Sainte Famille • d'Andréa del Sarto , douteuse ; trois Philippe de Champaigne ; un excellent tableau de Craeyer, élève de Rubens, représentant des « Martyrs enterrés vivants ; » trois A. Van Dyck : un « Christ en croix, » d'une qualité égale au beau tableau des Consuls de Rouen , mais plus important; « le Miracle de saint Antoine de Padoue, » qui fait agenouiller un mulet devant le Saint- Sacrement, et le t Couronnement de la Vierge; » un « Paysage avec des vaches , » esquisse furibonde de Jordaens. Quant aux Rubens , ils m'ont peu frappé , et c'est à Bruxelles que m'attendait l'entière révélation de son génie. Je terminerai par c l'Apparition de Jésus à Madeleine , » de Zustris , un Flamand devenu disciple fervent du Titien , mais sans lui avoir pris sa couleur solide en même temps qu'harmonieuse. Dans le tableau du musée de Lille, bien que fort beau , tout , personnages et jardin , est trop du même ton blond et clair, et la lumière traverse les personnages , parce que le peintre a voulu faire les ombres par trop transparentes.

Parmi les tableaux modernes, je citerai: « Médée, » de M. Eug. Delacroix, son chef-d'œuvre peut-être ; « la Bataille d'Hondschotte, » par MM. E. Lami et Jules Dupré , tableau

plein de mouvement et d'éclat , de trop d'éclat même , et peint d'mie main par trop rapide; deux Jouvenet, reproductions de ses tableaux faites pour les Gobelins ; un Restout, un G. Lebrun, un Roqueplan de sa bonne époque, « la Mort de l'espion Morris ; » de Bouchot , chez qui l'on espérait trouver un maître lorsque la mort est venue l'enlever, « une Bacchanale » d'un modelé un peu vide et d'im ton un peu trop blanc ; de Clément Boulanger, « une Procession du Corpus Domini à Rome , » tableau peu religieux prêté à l'église Saint-Maurice et que le muséç ferait bien de reprendre; de Troyon, un paysage, et enfin « l'Après- Dioée à Ornans , » de M. Courbet.

Gomme dans tous les musées de province, la sculpture est la partie fiedble , et je ne trouve à citer que l'arrangement des moulages envoyés par l'Ecole des Beaux- Arts , fort ingénieusement disposés dans l'escalier, de manière à concourir à sa décoration en formant comme partie d'un ensemble architectural.

Lille n'est pas riche en monuments, et je ne vois à citer que l'église Saint-Maurice et la Bourse. La première est d'un quinzième siècle asâez ferme , à trois nefs , celles des côtés contournant le chœur , et la nef centrale étant éclairée par les fenêtres de celle-ci. La Bourse est d'une Renaissance plus bizarre que jolie , et d'une étrange comphcation de voussoirs à bossages dans les arcatures, de colonnes fuselées, de pilastres , de médaillons contournés , de fenêtres étroites, de cariatides et de mascarons. Cette architecture , moitié flamande, moitié espagnole , est celle de beaucoup des maisons qui entourent la Bourse , et dont plusieurs portent une date. Elles sont de la fin du dix-septième siècle , et rappellent comme style la maison du Bailliage, à Rouen, qui est datée de 1618 , de sorte qu'il y aurait une différence d'au moins un demi-siède entre l'apparition du même style dans les environs de Paris et dans les confins de la Flandre.

Au centre de la cour , les protectionnistes reconnaissants viennent d'élever une statue de bronze à l'immortel auteur des décrets sur la filature du lin , la fabrication du sucre de

betterave et le blocus continental. Cette statue en bronze, en bronze d'Austerlitz , le plus prolifique que je connaisse , est l'œuvre de M. Lemaire , de Tlnstitut , un enfant de Valenciennes , qui a fait là la meilleure de ses œuvres peut-être. Napoléon est représenté en costume impérial et montre assez de noblesse. Sur les parois des galeries qui contournent la cour, Ton est en train de sculpter, d'après les dessins de M. Benvignat, architecte , de grands encadrements en pierre, dans le style tarabiscoté du monument, destinés à relater les titres à la reconnaissance publique des savants et des grands inventeurs dont les bustes figurent au-dessus. En attendant, deux de ces tableaux de pierre rappellent , l'un que Sa Majesté Napoléon III a permis qu'on élevât ime statue à Napoléon I«', l'autre le procès - verbal de l'inauguration de ladite statue , sous la présidence de M. le sénateur Dumas , un grand chimiste , ce qu'on a oublié de dire.

Non loin de là , sur la place , se dressent la colonne et la statue commémoratives de la défense de Lille en 1792 : colonne aux profils énergiques , statue à qui l'on voudrait bien un peu de la mâle simplicité de la colonne qu'elle surmonte, et inscriptions d'une vigueur toute républicaine, tracées par les Lillois de 1846 en l'honneur de leurs ancêtres de 1792. Comme nous sommes loin de tout cela ! et quel peuple que celui qui oscille sans cesse entre les deux points extrêmes que marquent et la colonne de Lille et les monuments de la Bourse !

Enfin , l'on a élevé, sur la promenade qui longe le canal , une statue au général Négrier , tué sur les barricades, statue qui dépasse les limites du mauvais permis même à une œuvre ofilcielle , et qui étonne par ce temps où le talent court les^ruesà défaut du génie.

De Lille à Mouscron , le paysage plat et sans accidents , bien boisé et admirablement cultivé , présentait des tons tranchés et un peu métaUiques, qui m'ont rappelé le faire d'Hobbéma , peut-être avec un peu de bonne volonté de ma part. On longe deux villes , Roubaix et Tourcoing , deux t^

de briques rouges dans un champ de betteraves, fabriques immenses qui sont un avant-goût de Manchester.

A Mouscron , la douane belge ouvre à peine vos malles » la gendarmerie regarde à peine vos passeports , l'on change de wagons, et Ton voyage dans le pays des kermesses, sans qu'aucune défense, aucun fossé, aucune palissade, ne sépare le chemin de fer des champs environnants. Les bestiaux, qui pourraient se reposer sur la voie , connaissent leur affaire et se sauvent au premier bruit, et le temps est loin où il arrivait aux locomotives de chasser à courre , comme je l'ai vu , une vache qui galopait en avant , eu ruant à chaque coup de sifflet. Les accidents sont rares, sinon inconnus, et les sentiers suivent et traversent la voie sans encombre. Les conducteurs parcourent incessamment tous les wragons pour vérifier les billets et prendre ceux des voyageurs qui vont descendre à la station voisine. Excellente précaution pour les gens distraits ou dormeurs, bien qu'un peu ennuyeuse, et qui m'eût été nécessaire sur la route de Lille â Dunkerque, car je serais arrivé à Londres sans passer par Bruxelles. Mais aussi, je n'aurais vu ni Saint-Bavon de Gand, ni Bruxelles, ni son musée, ni l'exposition des artistes belges. Il faut savoir prendre le mal par le bon côté.

Saint-Bavon, cathédrale de Gand, a son chœur élevé sur une crypte d'un plan assez confus , car elle a dû souvent être reprise en sous-œuvre , comme le témoignent les chapiteaux de ses colonnes , dont les plus anciens datent pour le moins du onzième siècle, quelques-uns étant du treizième, et les autres du dix-septième. Mais, quant au style de l'église, j'avoue n'y avoir point songé autrement que pour la trouver fort laide extérieurement. A l'intérieur elle disparaissait sous les placages de marbre blanc et noir, qui la feraient croire tendue pour un deuil sans fin, celui des prélats dont elle renferme les tombes magnifiques. Placages et tombeaux , tout cela avoisine le dix-septième siècle et témoigne souvent de plus de faste que d'humilité chrétienne et de bon goût.

Mais c'est la peinture surtout qui attire à Saint-Bavon.

Cette église renferme , en effet , le chef-d'œuvre des frères Van Eyck , « TAdoration de l'Agneau. » Ce tableau , dans l'origine, était un vaste triptyque, formé de douze compartiments , rangés sur deux files et posant sur un socle ou prédelle, également peint. Quatre compartiments formaient le tableau, et quatre autres étaient sur chacun des volets. Il ne reste plus à Grand que le tableau; les panneaux des volets, ayant été dispersés, ainsi que ceux d'une copie que Michel Goxcie avait faite pour Philippe II , ont été recueillis dans les musées de Berlin et de Munich. Aussi est-ce avec bonheur que j'ai vu à l'exposition de Manchester une copie assez exacte, surtout comme couleur, de ce vaste ensemble.

Au centre du panneau inférieur est l'Agneau debout sur un autel, dans un paysage paradisiaque , tout émaillé de fleurs, et vers lui s'avancent quatre groupes de bienheureux, les patriarches, les saints, les vierges et les martyrs ; puis, sur les deux panneaux correspondants de chaque volet s'avancent, à gauche, d'autres saints, des pères du désert surtout, précédés par saint Christophe ; de l'autre, les jugea équitables ; le rang supérieur est occupé au centre par le Père Etemel en chape et la tiare sur la tête, ayant la Vierge à sa droite et saint Jean-Baptiste à sa gauche, trois magnifiques figures de grandeur naturelle; puis, sur les volets, de manière à recouvrir saint Jean et la Vierge lorsque ceux-ci sont fermés, deux chœurs d'anges aux longues robes; enfin, sur les deux demi-volets qui, rapprochés, couvriraient la figure du Père Eternel , sont Adam et Eve après le péché, couvrant leur nudité de la feuille de vigne traditionnelle, des deux figures nues , de la grandeur de la nature , modelées avec un soin et une puissance remarquables dans la copie, sont fort belles, dit-on, dans les originaux cachés dans les greniers de l'évéché de Gand, où l'on ne veut pas les montrer par décence.

M. le comte Léon de Laborde les a signalées le premier, aprèsles avoir admirées, et M. Didron, qui les y a également vues après beaucoup de peines , est d'accord avec lui pour louer la science que les Van Eyck y ont déployée. Moins

heureux que ces savants, il m'a été impossible d'être admis dans ce bienheureux grenier, et j'ai dû me contenter des copies, en regrettant les scrupules de Mgr l'évéque de Gand et en faisant des vœux pour que ces deux figures, qui n'effarouchent aucune Anglaise à Manchester, viennent occuper une place digne d'elles dans une galerie et fournir aux artistes un intéressant sujet d'études. Deux académies grandes comme nature , d'une beauté peu antique , il est vrai , mais dessinées et modelées avec une pcience infinie avant l'année 1441, — précisément à l'époque où Masacdo, en Italie , abandonnait l'art traditionnel des peintres grecs relevé par Giotto , pour étudier de plus près la nature ; lorsque Léonard de Vinci allait naître, ainsi que Bellini, Mantegna , Pérugin et Francia , bien avant Michel- Aage , — ce sont des monuments assez importants pour mériter d'être soumis aux regards du public qui s'y intéresse.

La prédeUe qui représentait l'enfer avec les damnés , étant peinte à la détrempe , est entièrement efiàcée et disparue depuis longtemps , tandis que les panneaux du triptyque , peints à Thuile , sont d'une conservation admirable , quoique j'aie cru y remarquer quelques repeints.

A ce propos, il est bon de dire que les frères Van Eyck, qui passent pour être les inventeurs de la peinture à, l'huile, importée en Italie par Antonello da Messina, leur élève, ne doivent pas avoir tout-à-Mt cet honneur. Certainement, ils ont perfectionné ce mode de peinture , et en ont tiré des effets ignorés avant eux ; mais les procédés de la peinture à l'huile étaient connus dès la fin du onzième siècle. Ils se trouvent décrits tout au long dans l'œuvre du moine Théophile « Diversarmn artimn Scmdula , » écrite à cette époque , et publiée en France par M. le comte Lescalopier, il y a quelques années , et dernièrement , avec quelques additions, en Angleterre, par M. Hendrye. J'en demande bien pardon à ceux qui aiment à suivre le sentier tracé par la tradition et la routine ; mais s'il faut rendre à César ce qui appartient à César, il faut aussi enlever aux frères Van Ëyck ce qui ne saurait leur appartenir. Leur gloire n'en est

pas moins grande comme peintres , et Ton ne sait quoi admirer le plus chez eux , de Tonction des personnages , de la linesse et du soin apportés dans l'étude de la physionomie de chacun d'eux , qu'il soit grand ou petit ; de la précision des détails , qui ne nuit point à la largeur de l'effet , et enfin de la vigueur du coloris, hien supérieure à celle des artistes qui les ont précédés ou immédiatement suivis.

Un second triptyque d'un de leurs élèves, G. Van der Meeren , représentant « la Crucifixion , » entre « le Serpent ^ d'airain » et « le Frappement du rocher, » deux des images bihliques du sacrifice du Calvaire, est encore une œuvre fort renaarquable de l'art flamand primitif. Le coloris en est pâle, les corps sont longs, les plis cassés; mais le modelé est large et fin dans les figures.

L'art flamand secondaire, celui qui est contemporain de l'intrusion en Flandre de l'art italien importé par B. Van Orley, Michel Coxcie, Otto Venius, est représenté par des tableaux à volets fort remarquables des deux derniers peintres que je viens de citer : • les Sept OEuvres de Miséricorde , » de Michel Coxcie, et « la Résurrection de Lazare , » d'Otto Venius, le maître de Rubens. Enfin , dans un autre triptyque représentant « Jésus-Christ parmi les docteurs , » entre « le Baptême du Christ » et « les Noces de Cana, » Porbus a introduit son propre portrait et celui des grands personnages ses contemporains. Ce Probus est-il le vieux , ou bien est-ce le jeune, celui qui a introduit en France l'art flamand avant la venue de Rubens ? Malgré quelques au* teurs , je pencherais pour le vieux , si les portraits qu'on remarque sont bien ceux de Charles-Quint et de Granvelle.

L'art flamand à son apogée est magnifiquement représenté par le tableau de Rubens appelé « la Vocation de saint Bavon. » La scène est double. Dans la partie supérieure, saint Bavon , en guerrier, descendu de cheval , gravit les degrés au sommet desquels im évéque lui tend les bras. Au-dessous, saint Bavon , habillé en moine , distribue ses richesses aux pauvres. Il a'est possible qu'à Rubens luimême d'exprimer avec plus d'énergie le mouvement et

la vie que dans ce tableau, malheureusement fort mal éclairé.

L'Hôtel -de-Ville, cette maison commune des municipalités turbulentes, mais vivaces, du moyen-âge, est un magnifique échantillon , malheureusement découronné de ses lucarnes, de l'architecture ogivale de la fin du quinzième siècle. Les lignes du Palais-de-Jusiice de Rouen sont calmes, comparées à celles de l'Hôtel- de-Ville de Gand , qui semble moins voisin de l'art qui s'est développé en France que de l'art anglais, dont le caractère principal est dans des fenêtres immenses, grillagées de meneaux en pierre droits et croisés à angle droit , comme les barreaux d'une prison.

Les scoffs hollandais , vernis comme des meubles et enluminés par places de couleurs éclatantes, marchant avec calme sur le canal qui traverse la ville , les maisons aux pignons contournés ou à gradins qui les bordent, parmi lesquelles il faut remarquer la Maison des Bateliers, appartenant encore à l'art du quinzième siècle , tout cet ensemble vous reporte à deux siècles en arrière, au temps des corporations puissantes et des émotions populaires. Précisément, Gand était en grande rumeur : le gouvernement venait d'annuler une délibération de son conseil municipal relative aux troubles qui avaient fait suspendre dans la Chambre des représentants la discussion de la loi sur les établissements de charité , et à la prise d'armes que le général commandant les troupes casemées à Gand aurait ordonnée sans y être requis par le bourgmestre. L'opinion libérale et les partisans nombreux de la liberté municipale se trouvaient atteints du même coup ; aussi, quelle explosion dans la presse ! Figurez-vous un homme habitué au calme du journalisme français tombant au milieu de cette tourmente : quelle violence de langage, quels dilemmes carrément posés en face du pouvoir central par ceux qui prétendaient que c'est au pouvoir municipal seul , au représentant direct de la cité , qui , elle , en cas de dégâts , doit payer les pots cassés , de requérir la force armée , quitte à celle-ci d'agir à sa guise une fois requise. J'avais toujours peur de voir

saisir le journal qui me brûlait les doigts , semblable en cela à un de mes amis qui , se trouvant en Suisse lors de l'échauffourée de Neucbâtel , s'irritait d'entendre crier : « Vive la république ! » à ses oreilles , et s^étonnait de ne point voir venir les sergents de ville pour arrêter tous ces braillards-là. Vérité au-delà des Pyrénées , erreur en-deçà : république fédérative au-delà du Jura , monarchie constitutionnelle par-delà la ligne imaginaire qui sépare la Belgique de la France ; pouvoir qui ne trouve de modérateur qu'en lui-même en-deçà. Où est la vérité? où est l'erreur? Nulle part et partout. Triste conséquence que le doute , mais oreiller commode pour l'indifférence et la paresse !

Après avoir étudié les Van Ëyck dans une de leurs œuvres authentiques , je voulais aller à Bruges , étudier Hemling ou Memhng dans la châsse qu'il a peinte à l'hôpital Saint-Jean , autre œuvre non moins authentique ; mais admirez la maie chance ! je rencontre une afUche immense annonçant une exposition des artistes belges à Bruxelles, et, au lieu d'aller à gauche , jeprends à droite , afin de profiter de cette occasion de voir chez eux et réunis les descendants des maîtres fameux du dix-septième siècle.

Bruxelles est une belle ville, orgueilleuse, et avec raison, des galeries Saint-Hubert , réunion de deux passages tels que Paris n'en a ni d'aussi larges , ni d'aussi hauts , ni d'aussi longs , ni de plus ornés. Cette concession faite à l'amour-propre bruxellois, je dois ajouter que, moi, je serais encore plus fier de la place de l'Hôtel-de-Ville , la plus belle place que je connaisse avec celle du Palazzo-Vecchio de Florence. Si , à Florence , cette place vous reporte à la Renaissance embeUissant de ses chefs-d'œuvre le moyenâge , à Bruxelles on ne remonte guère qu'au dix-septième siècle ; mais là , au moins , il n'y a pas un édifice qui appartienne même au dix-huitième siècle. C'est d'abord THôtel-de- Ville , avec son beffroi et la haute flèche qui le domine, vaste construction du quinzième siècle*, puis, en face, la maison où les comtes de Hom et d'Ëgmont passèrent la nuit qui précéda leur supplice ; la Maison des Mariniers ,

dont le comble imite la poupe d'un navire ; la Biaison des Brasseurs , celle de la Balance , tous édifices d'un goût contestable quelquefois , mais qui ont à peu près le mérite de Tunité de style. Là , on peut faire la même remarque qu'à Lille : c'est qu'on suivait encore à Bruxelles les errements de la Renaissance , d'une Renaissance dégénérée, il est vrai , tandis qu'en France l'époque de Louis XIV était déjà représentée par les édifices somptueux dont Versailles est le modèle. Dans les Flandres , ce qui serait pour nous du quinzième siècle est du seizième , et le seizième s'avance jusqu'à la fin du dix-septième.

Sainte-Gudule, vaste église commencée au treizième siècle, mais appartenant surtout au quatorzième , d'une architecture par conséquent un peu maigre , est plus remarquable par les monuments qu'elle renferme que par elle-même. Elle parait obéir à un principe qui semble dominer dans toutes les églises de la Flandre, qui est l'élévation des bascôtés et des arcades qui les séparent de la nef, diminution dans la hauteur des fenêtres de la nef, et substitution d'immenses fenêtres aux rosaces qui rayonnent aux façades et aux transepts de nos églises françaises.

A Sainte-Gudule , les vitraux qui garnissent ces fenêtres et celles d'une chapelle latérale élevée à la Renaissance , contre le bas-côté nord du chœur, sont surtout remarquables. Ils représentent d'immenses arcs-de-triomphe à deux étages, sous lesquels sont agenouillés, avec leurs femmes, les grands souverains de la Renaissance accompagnés de leurs patrons. Au second étage sont peintes des scènes de la vie légendaire des saints protecteurs de ces souverains. L'architecture occupe une grande place dans ces vitraux , composés par Rogiers dans la première moitié du seizième siècle , et fournit le moyen le plus simple de remplir des fenêtres qui ne couvrent pas moins de soixante à quatrevingts mètres carrés. J'en trouverai la preuve dans le vitrail du « Jugement dernier, » qui garnit la fenêtre de la façade occidentale, remplaçant ainsi les sculptures du tympan de la porte centrale, que la tradition consacrait presque exclu-

sivementià cette représentation. Ce vitrail, un peu antérieur aux autres , fait moins d'effet qu'eux , malgré le nombre immense de figures qu'il représente et le talent avec lequel elles sont tracées.

La décadence de la peinture sur verre est représentée dans la chapelle latérale du sud par des vitraux peints , de 1640 à 1660, par Delabarre, élève de Rubens. Là, rarchitecture est beaucoup trop importante , le peintre y a trop visé aux tons naturels , et la couleur grise qui y domine assombrit les vitraux et les rend ternes. Avant d'être un tableau, un vitrail est une décoration que le jour doit uniformément traverser; c'est pour cela que les tons sombres doivent en être exclus , et que l'effet doit y être disséminé, au lieu d'être concentré comme dans un tableau.

Je ne ferai que citer la célèbre chaire de Sainte-Gudule , jadiâ aux jésuites de Louvain, qui représente en bois sculpté toutes les bêtes de la création , y compris Adam et Eve après leur faute, des arbres, des rideaux, des anges, et la Vierge écrasant le serpent. C'est la plus heureuse négation qui soit de tout sentiment de l'art ornemental. Une plus juste mesure a été observée dans la construction et l'ornementation des confessionnaux, qui sont de vrais monuments invitant à la pénitence , tant ils sont beaux. Le confesseur doit être indulgent entre ces anges si bien por* tants et d'une santé si robuste, au milieu de cette luxuriante ornementation qui appelle la vie plus que la macération.

Le Musée Royal était à moitié caché par l'exposition des artistes vivants, qui n'avaient pas trouvé assez de place pour ' ^v se loger contre les murs des constructions provisoires éle-

vées à leur intention ; mais heureusement les œuvres des peintres primitifs et les Rubens restaient à découvert.

J'ai retrouvé là Jean Van Eyck, avec une « Adoration des Mages » digne de « l'Adoration de l'Agneau » par le faire précieux, la richesse des costumes et le talent avec lequel les objets d'or sont faits. Une « Assomption de la Vierge » est une œuvre remarquable attribuée à Goswin Van der Weyden, qui, né en 1465, serait, d'après le catalogue offi-

ciel, élève de Jean Van Eyck, mort en 1445 , vingt années auparavant. Il y a encore un autre Van der Weyden , du prénom de Rogier, que nous retrouverons à Manchester, au<iuel sont attribués quelques tableaux ; élève, celui-là, des Van Eyck, et maître de Memling. Le livret attribue à ce dernier un « Portrait d'homme » qui serait plutôt d' Antonello da Mussina, et une « Descente de Croix, • fort belle composition, pleine de largeur dans le modelé des têtes et d'une couleur blonde très agréable.

Mais le morceau capital parmi ces quatorzecentistes , excusez ce mot barbare , est un triptyque de Jean Gossart , dit Jean de Mabuse, représentant: au centre « Jésus chez le Pharisien , » sur le volet de droite « la Madeleine portée au ciel, » sur celui de gauche « la Résurrection de Lazare. » Gossart était allé en Italie, mais je ne vois guère d'influence italienne dans ce tableau , si ce n'est peut-être dans l'architecture, qui est d'une richesse, d'une complication de détails, d'un tortillé qui n'a d'analogue que dans l'orfévreiie allemande de la même époque. On dirait qu'il a cherché à concentrer l'attention sur ses personnages , en opposant leur calme et leur simplicité au mouvement de tout ce qui les entoure. La couleur de Jean de Mabuse est moins éclatante que cellede Van Eyck, nioins solide que celle de Memling, et tombe plutôt dans les tons clairs. Les personnages sont bien individuels , mais moins réels peut-être que chez ses prédécesseurs, ce qu'il faudrait sans doute attribuer chez lui â la vue des peintres italiens.

Rubens se montre au musée de Bruxelles avec toute sa fougue et toutes ses audaces de forme et de mouvement, dans « le Martyre de saint Liévin » et « le Christ montant au Calvaire. » Mais ces morceaux peints du premier coup , et pour être vus â distance dans une église , perdent un peu a être flairés dans un musée. La forme y est ou exagérée ou insuffisante, et il faut du temps pour s'habituer à ce monde où la vie éclate. Mais, la première surprise passée, le premier effarouchement surmonté, on est saisi par l'énergie du mouvement et la magie de la couleur. Dans « le Martyre de

saint Liévin, • le bourreau qui vient d'arracher la langue au saint et qui la présente aux chiens, l'extase du saint qui voit les deux entr'ouverts , les anges flamboyants qui glissent sur la nue, les chevaux qui se cabrent, les soldats qui fuient épouvantés, tout se meut , tout vit, tout respire. De môme, dans « le Christ montant au Calvaire , » on dirait qu'un tourbillon soulève et entraîne la foule ardente qui accompa* gne le divin condamné. Par contre, dans le tableau du « Christ couronnant la Vierge , )» il y a des guirlandes d'anges à rendre jaloux ceux de « la Conception , • de Murillo.

« Le Martyre de saint Pierre , » de Van Dyck, était caché, mais j'ai pu voir le chef-d'œuvre de Jordaens , non i^as le « Saint Martin guérissant un possédé , • fournaise ardente où exorciste, démoniaque et ceux qui maintiennent ce dernier s'agitent en fureur , mais « l'Automne, » peinture plus calme et d'une couleur admirable. Une grande femme nue, vue de dos, de formes assez pures, occupe le milieu de la toile et le premier plan, aussi près que possible du spectateur. D'autres femmes et des satyres l'entourent en soutenant des cornes d'abondance pleines de fruits. Il y a dans cette toile une puissance de modelé, des tons de chair, une harmonie de couleur à déûer tous les réalistes présents et futurs.

On conçoit combien l'exposition des artistes modernes a dû me sembler pâle auprès de pareils chefs-d'œuvre , et combien j'ai trouvé les peintres, flamands du dix-neuvième siècle loin de leurs devanciers. Tous, avec bien peu d'exceptions, ont adopté le faire lisse, eftacé et froid, dont M. Van Scaendel, l'éternel peintre des eftets de lumière , est le plus fidèle représentant aux expositions françaises. 11 y a des panneaux entiers couverts de tableaux que l'on croirait peints par la même main , et rien ne peut exprimer Timpression d'ennui que l'on éprouve à rencontrer sans cesse cette même peinture unie comme une porcelaine.

J'ai heureusement trouvé pour me distraire le joli musée d'armures et d'objets du moyen-âge de la porte de Hall. Ge musée, établi dans les salles voûtées de la tour qui surmontait une des anciennes portes de Bruxelles, construction du qua-

torzième au quinzième siècle, renferme au premier étage des armures, dont quelques-unes sont fort précieuses , avec des spécimens des difiérentes armes à feu depuis les premiers temps de Tinvention de la poudre.

Le second étage contient, avec quelques antiquités romaines, des objets d'art du moyen-âge, la plupart fort précieux. Je me contenterai de citer cinq rétables du quinzième siècle en bois sculpté , fort importants par leurs dimensions et la finesse de leurs sculptures ; un reliquaire de la vraie croix , triptyque en cuivre repoussé, travail allemand du douzième siècle; une pizide en ivoire du douzième siècle grec , portant une figure sculptée sur chacune de ses faces et fermée par un couvercle d'argent en forme de toit, orné de pierres cabochons, ainsi qu'un reUquaire en dent de morse , de la forme d'une église byzantine ; un oliphant du douzième siècle , monté en cuivre ; des châsses en émail de Limoges et des plaques en émail allemand ; le berceau de Charles- Quint ; des broderies en soie du quinzième siècle, travail magnifique destiné à servir de parement d'autel , et enân des^fonts baptismaux. Ces fonts, en métal de cloche, travaillés à Dinan et datés de 1140 , sont ornés d'arcaturea plein-cintre à leur partie supérieiure, chaque arcade renfermant un sujet de la vie du Christ, modelé et ciselé d'une main fort barbare. La forme de cette cuve a la plus grande analogie avec les fonts en plomb de Bourg- Achard , acquis, l'an dernier, par le musôe d'antiquités du département, et peut servir à les dater.

Le troisième étage du musée est consacré à un musée ethnographique , et , de la terrasse qui couvre le tout , on jouit d'une vue magnifique sm* la yille et les campagnes qui l'entourent.

J'aurais eu encore bien d'autres choses belles et intéressantes à voir à Bruxelles : la collection du prince d'Aremberg, la bibliothèque des ducs de Bourgogne , si riche en manuscrits â miniatures ; mais il me fallait rejoindre le dimanche le bateau sur lequel je n'avais pu m'embarquer le jeudi , et aborder enfin en Angleterre , où je vous invite à me suivre.

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