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LîE titre et le nom de Fauteur sont incontes* tàï)l^ment les premières choses que Ton demande en ouvrant un livre. Celui-ci ne porta ni Fune ni Fautre de ces suscriptions ; et , si nous le présentions au public tel quHl nous est parvenu, nous aurions à le lui offrir enveloppe d^un extrait mortuaire et dWe feuille sur laquelle ëtaît la dernière pensée d^un ami. En transcrivant ici cette pensée, que nous te-
nons de la bienveillance de la personne à laquelle notre auteur faisait ses adieux , nous expliquerons à la fois et notre position et les circonstances , dans lesquelles furent écrites les pages qui suivent.
Lima, ce i5 jam^ier i82y*
Mojf CHER Victor Ji**^,
« Quand tu recevras ces lignes, il y aura 3) près de deux ans que j'aurai quitté l'Eu- » rope. J'ai souvent tourné mes yeux vers la )> France : dans ce moment , et sur mon lit » de douleur, je prie mon garde-malade de » me tourner encore le visage vers cette patrie y> que j'aimai tant et où j'eus aussi tant » d'épreuyes à supporter^ J'ai dépensé , . $ut » un sol étranger, mes/. forces et ma jeu- » nesse ; ce qu'il en reste je l'emploie .à te 3) dire un dernier adieu ^ Ne pWre pas ma 3) fin prématurée : je l'avais pressentie. . .j. Ton D amitié est » comme tu le sais , la seule chose j> qui n'ait pas été pour moi "^une décep- » tion arrière. Pourquoi t'en remercierais-je : » n^avons-nous pas dit souvent que les jouis-
» sances de Tâme étaient la seule manière de » goûter la vie.... Pai eu le bonheur, mon » ami , de me délecter à cette source : peut- » ôtre m y suis-je enivré. Sois plus sobre , si la » sagesse t^a été donnée. Mais, j^en suis sur, » tu ne déprécieras ni mes douleurs ni mes » sentiments : ils eurent ton approbation.
» Le mal , cher H*** , me dévore , et il ne » pouvait en être autrement , car j'ai épuisé » tout le feu que j'avais en moi-même. Ses » dernières étincelles ont été répandues dans » quelques feuilles éparses que je t'adresse » comme un souvenir. Si le temps m'avait » donné quelques délais de plus , j'aurais essayé 3» d'y mettre de l'ordre et d'animer le tout » par le chant et le rhythme.... J'y ai re- » nonce : heureux si ces essais te font sentir » que la terre, dont je parle, mérite un poëte. » Je l'eus peut-être été ce poëte ; mais mon » imagination était fatiguée quand je m'en î) suis servi. — Adieu : j'ai lu l'arrêt qui fixe » mon voyage.... Je crois pouvoir te dire que » celui-ci demande moins de disposition que M tout autre. Recules-en cependant le terme » pour ce qui te concerne ; mais lorsque tu » verras ouvrir une porte , sur laquelle on Ut
» infini , ose regarder au-delà : tu me verras » dans la foule — Adieu. »
Une seule chose nous reste à ajouter, c'est que les feuilles , qui nous ont ^é remises, n'étaient, à bien dire, que le travail préparatoire d'une œuvre plus importante , le premier jet d'un poëme. Nous avons dû , tout en conservant à la pensée sa forme et jusqu'à son désordre , ajouter quelques notes qui nous "ont paru nécessaires à l'explication du texte. A cela , au choix d'un titre et à la transcription d'un manuscrit chargé de ratures , se sont bornées nos fonctions .d'éditeurs.
ÂMÉMtlim WS SUD.
OALUT, nonvelle contirë/e, fille putnée âes derniers âges ! toi , que le génie a révélée aux générations présentes; toi qui goAtàs la paiic de Finnocence tant que, couehée dans' le «sein des mers, tu fus comme un enfant au bèreèau que le voile du tempS' cachait aux regards perçants des 'anciens peuples de l'Euiope. Salut, Amérique, nouveau pays de la liberté ! Salut ! ne redoute rien d'un de tes admirateurs que le hasard et la tourmente des révolutions jettent sur tes rives. Depuis le temps où l'hyène féroce de la féodalité fut lancée de TEsQucial pour id«fchiî)er tes malheureux enfants et s' abreuva. ^ leur sang , le soleil a souveitf traversé T Atlanliqite^ «Alors , les
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lieutenants de Philippe et de Ferdinand t'apportaient des chaînes : les vétérans de Salamanque et de Saragosse ont del)arqué sur tes bords avec leur épee et dix ans de gloire. -
Reçois-moi, noble patrie des Bolivar et des Washington; reçois-moi, quoique je n'aie que des larmes h t'ofFrîr. Oui , j'ai pleuré , mais en vain , sur le sort de mon pays. J'ai invoqué la liberté , et j'ai défendu sa bannière. Hélas ! elle n'a flotté qu'un seul jour sur les plages que je viens de quitter : n' avait-elle pas brillé aussi à Rome. et à Athènes.... Oii^sqnt ces cités ?.... La main du temps les a renversées ; et l'espèce humaine, qui les cherche comme un phare élevé dans la nuit des âges,., ne voit ici que l'éclat farouche du cimeterre musulman ; là , que la pointe acérée, d'un épée à deux tranchants , que l'ambition a toui*née contre les peuples , en arrachant à la religion le noble voile qui couvre cette fille du ciel.
Reçois^moi, tenre encore vierge, et que le sang de tes enfants a rendue sacrée, reçois-moi. Plein de souvenirs, si j'évoque, sur tes rives ,
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les ombres.. dtsperaëes à' un autre hémisphère, ce nQ iserfi )aiii4ii$ pour insulter à tes h«ros i les d^f^çi^ujrs diif(i9ugpil0, 1^ amis de l'indépendance 9 téU.sont les premiers des mortels. A tan, ;nom, fai vu. la vieille Euiopé frémir de déQrd|pitii4e^j î'jai vu, dans aes champs, se presser en ligues rS^cr^ifs les satellites d'une alliance ennemie; fai vu ses rplus fameux pearsonnages se copcerter au moment où le nom de Bolivar s'est fait entendre : tous ont pâli. Au même instant, le héros des révolutions , celui dont le cœur fut vingt ans à se consumer de la soif du pouvoir, s'élançait vers toi. Mais les chaînes qu'il avait données au monde venaièiït de se rompre. Au lieu du vaste empire où coulait le Rhin et le Tibre, la Seine et le Guadalguivir, il ne trouva 9. sous ses pieds, qu'un frêle navîrél
L'heure ,av;^it sonné : sou aMnbitiQn devait s'éteindre ,^u milieu des m^rs. Un rocher Ta reçu, un peu de terre le recouvre , et sa dépouille n'a pour abri qu'un saule, dont les racines se dessécheraient à l'instant, si l'eau qui les arrose venait à se tarir, ou que, détournée par une main mercenaire, elle changeât son cours pour aller fécon4cr un domaine voi$in (i). Que la
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renommée qui fit retentir si souvent sou nom, le proclame enoore au milieu des cours et des despotes. Oui, dirais-je, beaucoiip dé ^ire, de rénergie et la force des tyrans, telles furent les vertus dont il se prévalut «ur des- esclaves. Mais , quand j'ai rencontré des hoUùAcsi libres , et qu'il m'ont demandé ce qu'il avait fait pour sa patrie , qu ai-je dû leur dire ?.... «
Des monceaux de cadavres étaient entasses sur les limites de son empire.. Et, si les i^^ts obéirent un. instant à sa voix , n ai-je pas vu upe ombre, hideuse sortir de la poussière des siècles et fVenir proclamer le privilège où le nom de Tégialité se fit entendre.... Une voix alors a retenti au fond de mon cœur : j'ai appelé mes frères.... O Dieu ! j'ai trouvé partout la soif, de l'or. — Tendez la main , et recevez votre salaire : désormais je suis élï^anger parmi vou!s , car le bruit de^ Vos' chatiies m'a effrayé.... Je më suis élancé viérs tin''autre hémisphère.
Un vent favorable thV poussé', et tout l'ôcean est entre moi et la démeurç de 'mes pèrçsl Je suis à Portb-Rîco. La Guadeloupe, la Martinique ,
Itomiûr C^ttit. 13
Sainte-Lucie, Saint-Yinceat, Tabago, la Grenade, sont devant moi. Quelles sont ces villes? quels sont les peuples qui les habitent ? quels sont ces honunes confondus sur le rivage de la mer , mais distingués entre eux par la couleur et le langage ? pourquoi cet Européen qui marche un fouet à la main ? pourquoi ce naturel qui succombe sous un fardeau dont on Taccable ?
pourquoi ce noir qui se traîne dans la fange? quels sont ces vaisseaux qui sont au port? quel est celui-ci qui débarque toute une peuplade venue dés côtes d'Afrique ? quel est cet autre qui enlève les richesses du sol? quel est enfin ce mattre orgueilleux, ce gouverneur dont les signes sont des ordres ? quel est ce palais ? quel est ce peuple qui n'ose lever les yeux pour le considérer ?••••
va.
Ce sont, des esclaves et leurs mattres. Celui qui poaiédftît a été subjugué, et donne, pour rieOf k travail de. ses mains* — Mais une croix est le signe dcmt dm a marqué son front. Le del; lui est ouvert : de quoi se plaindrait-il , diseal sea> mattres S'ie passage sur cette terre n'eut qti'ukié traversée. Qioi^ vous dirBii--)e moimém^y ministres d'un Dieu; de paix, l'auguste