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symbole que vous avez élevé sur vos temples, est-il donc le sceau dont vous marquez vos victimes.... Arrêtez ; car le jour de la vengeance a sonné dans la profonde vallée des Cordillères.
Vin.
J'ai levé les yeux au ciel, et je Taî trouvé sans nuages. J'ai promené mes regards sur la vaste étendue des eaux , et j'ai compté des iles innombrables : elles paraissaient inondées d'un déluge de lumières que la gerbe enflammée des tropiques dardait du zénith , comme du sommet élevé d'une riche coupole à laquelle est appendu un lustre , où les émanations incandescentes du gaz se réflettent sur l'or et les cristaux.
Quelle est donc la bfmniére qui va s'agiter sous cette voûte^ o& des constellations nouvelles disent au navigateur que sa patrie est loin. Fortement implantée dans. un. sol nouveau,, pourrait-elle affronter la tourmente. dos révolulions; et l'esclavage , et l'abrutissement . de. trois : siècles i auront<-ils donné à l'honpbie, chargé de ^ln à»^ fendre, un cœur que la mollesse et TambitiM*
prmur (tl)mit. 15
ne sauraient troubler; une pensée capable de résister au désordre ; une volonté qui lutte avec le temps toujours prêt à refroidrir de son toucher cet amour de la patrie, seul principe de la vie des peuples et de la gloire des nations.
Sublime souverain de l'univers ! pose ici ton trône; et, si ta grandeur peut être flattée par l'hommage des mortels , vois des populations entières sortir des. fondrières et des marais, où des flots de sang les avaient entraînés. Vois le couteau des Incas et le fer des Chrétiens rouler dans la poussière. Les victimes ont levé leurs mains : le rayon qui s'échappe de ton œil est la lumière qui féconde le sein de la terre.
Avant de toucher le continent, jetons un dernier coup-d'œil sur ces rescifs. Ce n'est plus ici cet archipel de l'ancien monde , cet archipel delçL Grèce, où Tyr« Carthage, Athènes, Sparte, Romci Venise, se montrèrent tour-à-tour et passèrent comme un vaisseau qui , favorisé de la briçe du large, double à la chute du jour un promontoire où le spectateur s'est arrêté,...
16 2mtriqat ht Bnà.
L'ëperon des galères n'a pas touché les bords escarpés de Porto*Rico et de la Guadeloupe.
On ne voit dans ces lieux cfue des marchands et des troupeaux d'esclaves. Tous les pays de l'Europe ont fourni leur contingent. L'avidité et le désir de posséder sont les passions qui tourmentent ces cœurs dégénérés et pétris de limon. Ce n'est pas qu'ils redoutent le danger, la mort marche à leurs côtés : mais , au lieu d'avoir un ennemi généreux à combattre, c'est le lion des tropiques , la fièvre jaune , qu'ils attendent ou qu'ils repoussent sur un lit de douleur et dans le réduit obscur des hôpitaux. O toi, que l'appât du gain n'a pas attiré vers ces régions, fuis au loin, si les douces émotions sont l'aliment de ton cœur.
xni.
Rappelle-toi que Ponce-de-Léon et ses Castillans ont inondé le sol du sang des Indiens; rappelle- toi que ces derniers courbèrent la tête, croyant à l'immortalité de leurs tyrans ; rappelle-toi qu'un chien, Brézerillo^ dîgï^e serviteur de son maître, exerça, dans l'ile entière
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de Porlo-Rico, sa férocité sanguinaire, et qn'il apprit, de Ponce lui-même, à se repattre de chair humaine. Le Minotaure deVora aussi les jeunes hommes de la Grèce; mais celle-ci devait être libre : la fable ancienne, en cela, n'est pas aussi hideuse que l'histoire de nos jours.
Qu'est-ce? au moment où la proue de mon esquif a glissé sur les plages de la Guadeloupe , un bruit sourd , s'est fait entendre ; pareil au murmure qui roule sur lui-même, il a son écho dans les entrailles de la terre. La nature en est préoccupée; le calme règne encore, mais pour peu d'instants. L'air se trouble ; les pics escarpés des montagnes s'élèvent (a) ; un soleil rouge a passé à l'horizon et semble une masse embrasée qui tombe du fatte de l'édifice au moment de l'incendie. Le ciel s'est revêtu d'une teinte foncée et laisse voir à peine quelques étoiles d'un lustre mourant, et pareilles à des lampes suspendues à la voûte sépulcrale d'un tombeau.
Sourdement agitée et se balançant sur ellemême, la mer se soulève avec l'apparence con-
vulsive du desordre» Comprimée par une atmosphère plombée , qui prolonge ses lents mugissements y on dirait que le vaste foyer des volcans va s'ouvrir et donne déjà passage aux vapeurs épaisses dont les tourbillons , chargés d'émanations bitumineuses , arrêtent la respiration et menacent d'un embrasement général. Le vent, la pluie, les éc)airs, la foudre, tous les éléments, dans le trouble du désespoir, disent que la tourmente sera terrible. Des déchirements ont lieu et retentissent comme l'accent du délire.... La nature aurait-elle à redouter l'éclat sinistre de la faulx du temps ; le clepsydre de l'Eternel se serait-il renversé ; une dernière heure enfin va-t-elle sonner!!!
Cependant des trombes écumeuses s' amoncelant et bouillonnent sur la vaste plaine des eaux. L'oiseau des tempêtes lui-même ne bat plus de ses ailes éployées la vague qui se brisait contre les flancs du navire. Le ciel, voilé d'une brume opaque , et comme embrasé de mille sillons de feu qui s'y croisent , voit pyramider dans l'espace des vaisseaux entiers , dont les atles et la mâture sont jetées jusqu'au milieu des terres. — Sur un même point sont la demeure
du riche et la hutte du pauvre ; des plantations entières de cannes à sucre dispersées çà et là 9 et des forêts dont la tête s'est courbée jusqu'à terre.
xvn.
Un souffle desséché, celui de la mort, a frappé toute la végétation. Le roseau et le chéné , ' l'herbe qui tapisse les vallées , et les lianes qui décorent le bord des fleuves, tous ont éprouvé un sort commun. On dirait la trace encore fumante de la longue projection d'une langue de feu dont les replis sinueux eussent serré, d'une étreinte enflammée, la surface entière de l'tle. Mais l'alluvion et les torrents grondent et descendent des montagnes. Il n'est plus rien qui résiste : tout est entraîné. Ce sont les planches dispersées d'un naufrage qn'un courant rapide pousse vers la pleine mer (3).
Cependant la tempête doit cesser, et le jour renattre. Mais, ô Dieu, quel réveil, quelle clarté , quelle lumière ! est-ce ainsi que nous nous présenterons dans la sombre vallée où retentira la trompette de l'Archange; quand , immobile an
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fond des tombeaux , toute la race humaine ^ descendue dans l'infini, se réveillera pour parcourir les réduits mystérieux de l'éternité ! O ma Déora, seule espérance de mon cœur, alors au moins je t'aurai retrouvée ; car tu paraîtras , au milieu des générations passées, comme l'étoile du berger qu'un œil , habitué à l'obscurité des nuits , reconnaît pour le signe de ses espérances. Mais ici, loin de toi et de ma patrie, qu'ai-je à chercher? Mon œil, sec de larmes, se promène sans émotion sur ce champ de désastre. J'y vois des cadavres et des ruines : que me disent-ils?,.. J'ai vu, au milieu de l'orage, un nègre fuir et gagner les hautes montages.... Il sera libre : j'ai respiré.
Mes pas, cependant^ se sont ralentis.... mes regards se sont tournés vers la cité : où est*elle ?... mais ses ruines.... ses ruines, que sont-elles devenues ?... J'ai porté au loin mes pas incertains , et toute la terre m'a paru parsemée de débris .... J'errais encore : une pierre m^arréte.... est-ce une statue , une nouvelle Niobé , une mère en pleurs ? — Je me suis fait ces questions, et je n'ai pu rien démêler dans les formes grossières et indécises d'uu bloc sans mouvement.
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En vain eherckerak-on le style et la trace de Fart : tout est muet. Une roche brute et informe , telle qu'on la voit au sortir des mains de la nature , sert de piédestal à ce monument. Il est sans date, et le ciseau de l'artiste ne Ta jamais touché. O merveille incompréhensible du seul mattre à qui tout est passible ! Cette statue, comme une autre Galatée^ eut peut-être aussi son Pygmalion ; ou plutôt elle avait déjà goûté rémotion qu'éveille le plus noble des sentiments , quand il arrive dans l'âme , comme une rosée qui féconde le cœur altéré d!une vierge^
Arrête-toi , triste pèlerin ; cette pierre est un tombeau : le mortel qui y dort depuis une éter* ni té n'a pas changé de forme; mais le froid du granit a succédé à la douce chaleur de la vie. Le mystérieux procédé de la pétrification s'est exercé ici sur l'un de tes semblables (4). Immobile, il laisse fuir les siècles incontinent, et des larmes ne couleront plus de ses yeux : comment battrait son cœur, il est renfermé dans, une enveloppe calcaire.
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Cette terre est donc âgée comme les siècles. Mais toi qu'un destin inconnu a posé sur cette roche , oh ! détourne tes regards. Dis-nous combien de générations ont passé devant toi ; quelles révo* lutions se sont succédées dans la longue suite des ans ; révèle-nous enfin ces secrets inextricables des profonds couloirs de ]a terre ; dis-nous quelles sont ces espèces vivantes qui se sont assises dans les couches souterraines et qui n'ont plus que le toucher de la pierre.
Mais que sert que je te presse : les rochers seront toujours sans paroles.... tu es immobile comme ces pyramides d'Egypte dont le front porte une couronne de quarante siècles. Gomme toi, ces pyramides nous offrent aussi des débris animalisés que l'âge avait réduits à l'état de pétrification^ dès le temps où les architectes des Pharaons (5) réunissaient leurs matériaux. Serait-ce que le monde eût déjà vécu une fois ? et les pierres que nous roulons aux pieds seraient-elles les ossements d'une autre création ?
Passe, faible mortel.,*. Ces pyramides, que tu
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contemplais aux premiers jours de ta grandeur, et devant lesquelles tu arrêtas tes légions altérées de carnage et de gloire, sont comme l'autel des catacombes ; en vain tu les pris à témoin de tes paroles, en vain ta promis à tes soldats la conquête de l'Egypte et la dépouille du mu-sulman ; les événements ont abaissé ton front, et les années vont passer sur ta tête abattue : elles seront comme les grains de sable qui tourbillonnent autour de ces monumentSr. — Non, Fombre de ces pierres ne fut jamais propice à la liberté , tu l'appris de l'Arabe fuyant vers le désert : tant de victoires devaient* elles nous ré« péter la même leçon !
Je poursuis : ici sont les Caraïbes au teint cuivré. Quel contraste , et qu'elle est singulière cette diversité de la peau, à laquelle nous attachâmes long-temps de si bizarres préjugés, et que la raison, plus forte que les sens, nous apprend à voir sans étonnement. Les Antilles autrefois furent couvertes de leurs générations nombreuses : on dirait aujourd'hui une souche dont la chevelure rameuse est adhérente au sol. Elle portait un fût élevé que la coignée vieni
d'abattre. Quelques rejetons poussent à peine , et leur feuillage n'est plus un abri.
Toute trace d'inde'pendance n'est cependant pas effacée sur le visage hâlé de ces enfants de la nature. Les mornes et les savanoes sont leur dernière ressource : la liberté n'y fut jamais forcée. Quel est donc cet amour de l'indépendance, quel est ce besoin de tout souffrir, pourvu qu'on ne connaisse pas de mattre ? quel est cet orgueil indompté qui pousse le barbare, et cette noble pensée qui soulève le cœur d'un citoyen?.... Demandez-le au mortel qui ne s'est pas dégradé : c'est le sentiment d'une nature épurée qui s'électrise par la fiUimme des régions supérieures.
xxvn.
Mais, qu'attends- tu ? Si tu succombes à la tribune , au forum , en défendant les droits de tes concitoyens ; comme celles de l'orateur romain , tes mains peut-être seront fixées aux rostres publiques. Si tu tombes sui:. une brèche à peine ouverte ; une feuille de chêne abritera , mais pour un seul jour ^ ton front souillé de
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la saeur des combats. Que sera-ce si , perdu dans la foule , ton bras ensanglanté n'a jamais soulevé une bannière dont les couleurs soient avouées de la renommée : l'oubli aura bientût dévoré ton nom; et ton image , emportée sur Fatle du temps , n'aura paru que comme J'olseau sauvage qui traverse le marais à la faveur d'une nuit obscure.
xxvra.
N'aie garde y toutefois, de t'abandonner au découragement. Si le néant s'ouvre devant toi , et que le hasard t'y montre les nombreuses générations que sa main puissante y pousse avec toutes les renommées qui font effort pour résister au torrent des âges, vois un bras encore plus puissant , le bras de l'étemel ; étendu sur ce même gouffre , c'est lui qui arrache de l'abyme les peuples qui passent à ses pieds , pour s'inscrire sur la table où il pointe la durée du monde....
J'ai touché les bords d'Haïty : Colomb fut le premier à y poser le pied. Animé d'une passion généreuse, il demandait des hommes pour les soumettre au doux bienfait de la civilisation.
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Que son cœur eût eu à souffrir, s'il avait pu pressentir tous les maux qui devaient suivre sa découverte. Quel ne fut pas, en effet, le sort des Caciques, dont l'hospitalité fut payée de la mort. Du milieu des bourreaux cependant une voix s'élève : c'est celle de l'apôlre moderne, de Las-Casas. Hélas ! elle était sans écho ! Ainsi s'envole vers le ciel le dernier soupir de la victime, quand la puissance et la tyrannie ont pris , des mains du bourreau, le fer qui ne doit atteindre que le crime.
Quelles étaient tes destinées , ô Haïty ! Vingt ans , et tous tes enfants ont fermé l'œil à la lumière. Ce n'est cependant ni la peste, ni la famine , ni la guerre qui ont amené cette sanglante exécution de tout un peuple. La soif de l'or , cette maladie de l'âge moderne et du vandalisme, a ainsi déterminé ton avenir. Qu'il a été triste le sort de tes enfants, et qu'il dut être hideux ce spectacle qu'offrirent tes champs désolés à l'homme qui conservait encore quelque sentiment de justice, s'il est, qu'il s'en rencontra un dans ces bourreaux organisés en légions.
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Comme on vit tes champs , se présentent aussi ces déserts brûlants, domaine du Bédouin et de TÂrabe, où chaque halte est indiquée par quelques squelettes humains , derniers restes des hyènes et des chacals qui suivent les hajilas et se disputent les membres de Tesclave , quand , exténué de fatigue , seul au milieu d'un océan de sable et délaissé de ses mattres, il cherche, dans la profonde obscurité de la nuit , la pierre où. il prendra son dernier sommeil. — Mais ces mêmes tribus ainsi décimées , ces noirs , ces hommes, voués à l'opprobre et nés sur uneHerre lointaine , devaient avoir leur jour de vengeance. C'est sur tes plages , Haïty , là où ils furent esclaves , qu'ils ont proclamé leur liberté.
Mais , long-temps avant cette régénération , un instant de silence et de désolation générale régna dans tes vallées. On n'enteâdit alors que le cri des fauves. Ce n^est pas que tes rives fussent entièrement délaissées : quand deux armées s'éloignent d'un champ de bataille , il est toujoun» des oiseaux sinistres qui viennent s'y dit^puter les . lambeaux palpitants des malheu-