‹ Excursion dans l'Amérique du Sud: esquisses et souvenirsChapitre 27 sur 27 · lmnrii|ue dit Bull · texte numérisé non relu

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autre, sa nourriture. — Lui resle-t-il quelques deniers , le corrégidor et le pasteur se pressentent : le premier, pour lui faire accepter, à un prix fixe' d'avance, tel ou tel objet de ses approvisionnements mercantiles; l'autre, pour échanger ses prières contre ses dernières épar« gnes , exigeant , pour prix d'une messe on d'un convoi funèbre, une dernière obole, ou la natte qui reste au malheureux pour reposer ses membres.

uv.

Et c'est là ce que vous appelâtes un gouvernement ! Quelle fut donc sa charte d'institution: est-ce le tarif oflSiciel des places qu'une cour corrompue abandonnait à des légions de mercenaires, recrutés sur la place publique ou dans les couvents de la Péninsule ? est-ce la liste de ces gens, souillés de débauches, qu^on voyait, chaque année, comme des bataillons coloniaux, l'une composition nouvelle , venir envahir un sol étranger, s'emparer deft hautes cours et vendre la justice au poids de l'or. — Mais on pouvait se soustraire à ces rigueurs, dites -vous? — Il est vrai : des exemptions et des licences pou* vaient s'obtenir.... Qu étaient-elles , qu'un délai illusoîr , une remise intéressée , un ajournement

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féroce à une spoliation inévitable et retardée senlement dans Tespoir cupide d'un plus riche butin.

Est-ce assez ; mais conduisons ceux que l'évidence n'entratne pas toujours à Feutrée des antres obscurs où le despotisme entassa ses victimes. Là étaient, pèle mêle, hommes, femmes, jeunes gens et vieillards , le crime et l'innocence , le patriote et le meurtrier. — L'alcade , l'élu de la lie du peuple , était le sultan dont la volonté régnait sur ces lieux. — Qui put voir tant de victimes, au jour où leurs fers furent brisés, et ne pas être ému ; on eût dit des spectres prêts à fléchir sous leurs chatnes : leurs yeux , baissés vers la terre , n'osaient chercher le jour , et leurs membres, stygmatisés de la verge des alguazils, tombaient dévorés d'ulcères , en proie à une dissolution lente et cruelle,

O noble liberté ! puissante passion des âmes généreuses , qu'es-tu donc , que peux-tu pour les mortels qui t'appellent ? Ne serais-tu qu'un mensonge , qu'une illusion trompeuse , un sou*

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rire de dérision , le sourire du désespoir quand il éclot sur le bord d'une tombe... • Qu' es-tu : mon cœur déchiré te le demande. Qu'es-tu..- Qu'es-tu encore une fois ? — Je t'ai cherché depuis mes premiers ans , et quelques pages ensanglantées m'ont seules révélé ton nom. Ta ¥oix m'est à peine connue, et, si je l'entends, c'est comme un long gémissement que se renvoient les bords déserts d'un fleuve profond, que des torrents de larmes viennent grossir chaque jour.

Lvn.

Trop fatal prestige , faut-il , pour t'honorer , que des milliers de victimes tombent baignées dans leur sang , et le poignard des tyrans est-il le fer qui doit déchirer le sein de ceux qui se pressent aux pieds de tes autels. — Où. es~tu ? quelle est ta puissance et quels sont les mortels que tu protèges?... Des ruines, toujours des ruines ! — Lorsque j'ai touché une terre étrangère devail-ce être encore pour verser des larmes ; et, lorsqu'ici je vois briller la liberté, ne dois-je plus reporter mes regards sur les terres lointaines que j'ai quittées. Cette liberté que ]e cherche fuit-elle de tout un continent, où Tyr , Garthage , 'Memphis , Balbeck, Palmyre,

€tuatnhne €l)ant. 20t

Babylone passèrent et ne parurent que comme Tombre qui se projette sur la plaine.

Lvm.

Missolonghi , Missolonghi » je t'appelle , et tu ne t'éveilleras plus.... Un cri de douleur s'est échappé de tes décombres ; c'est la voix mourante de tout un peuple qui descend au tombeau : elle s'est élevée dans les airs comme la fumée qui s'échappe de tes cendres. Et les échos sont restés muets.... O noble Missolonghi ! il est donc vrai que la liberté t'a été ravie. ^- Mais des cendres te recouvrent , tes enfants ne ' pleureront plus.....

ux.

Qu'ils approchent , ces monarques qui ont autorisé le Musulman de leur silence ; qu'ils approchent , et , s'ils osent t' envisager , qu'ils baissent aussitôt leurs fronts , car je vois la main des siècles qui jette sur leurs diadèmes la poudre ensanglantée des patriotes; — - Que vos yeux secs et arides , leur dirai-je , comptent ici deux mille cadavres que vient de moissonner le fer de l'Asiatique ; que vos yeux se repaissent de cette hécatombe ! Le croissant de l'islamisme ne pou-

202 Simiriqat tm fàai.

vait briller que sur des ruines ; il n'appartenait qu'à vous de les voir s'accamuler sans frissonner.

Mais qu'est-ce y lorsque des tyrans jouissent de ce spectacle ensanglanté , et qu'ils remuent , de leur sceptre , les cendres dé tout un peuple, n'est-ce pas le signe de la rédemption, le symbole du sacrifice et du dévouement que j'aperçois au milieu des débris.... Oui ! c'est la croix, la croix même que portait hier un vertueux patriarche; quand, parcourant le camp et les lignes militaires , il annonça aux Grecs assemblés que le ciel avait prononcé et qu'il demandait des martyrs....

L'heure a sonné , disait-il : Missolonghi doit tomber ! Que ses ruines nous servent de tombeau; et, quand le tocsin de la liberté ne retentira plus, que ceux que nous appelions nos frères soient effrayés^ du silence qui régnera sur ces lieux. Que le remords déchire leur âme, puis* qu'ils ont été insensibles & nos malheurs , ou plutôt que le repentir y entre , car la palme des élus nous a été remise ; nous sommes tom-

«Luotrthne €l)itttt. 203

bes pour la liberté et le Dieu de nos pères ; quels mortels eurent un sort plus fortune !

hh y fut Missolongbi!.... là, fut le dernier soupir de la Grèce !•••• Là^ fut une autre Sparte!.... Telles sont les paroles qui reviendront chaque jour à tos oreilles , impassibles tyrans , sentinelles ayancées du despotisme en armes.... Mais je m'arrête : les fauves qui viennent se désaltérer dans le sang des Grecs sont comme le loup et le chacal ^ qui errent au milieu des -déserts de l'Afrique ; c'est dans les restes d'un sanctuaire qu'ils se retirent , et c'est de là qu'ils surprennent le malheureux voyageur qui est assez imprudent pour aller pleurer sur la ruine des empires.

Lxm.

O noble BoHvard , fils chéri de la liberté !

toi, l'élu de vingt peuples, le protecteur de tout un monde , jette un crêpe funèbre sur le le pommeau de ton épée : Missolonghi n'est plus!!!! — Que la liberté, chassée de sa terre natale , soit accueillie par un de ses plus nobles enfants : puisse-t-elle être long-temps honorée

^mitiepu Im Snli.

de tes mains 1 Une larme esL tombée de sen ^eux, c'esi toa foudre qui doit la dessécher ; et le cri de guerre, oui , le cri de la justice , relui qui fait trembler l'oppresseur , voilà l'oraison fnaëbre que demande tout un peuple.

U0te0.

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