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Platée, Salamînè , Pharsale , Actium, se présentèrent aussitôt à ma mémoire ; je me rappelai aussi la journée de Becider dans les déserts de l'Arabie ; je me rappelai la mâle résolution du prophète et cette vive inspiration du courage qui lui valurent la victoire et le partage de l'univers. Mais rien de cela était-il égal à la journée d'Ayacuccho. Ici c'est plus qu'une victoire : c'est le triomphe de la vérité sur l'erreur; c'est l'homme rentrant dans ses droits et retrouvant la dignité que le ciel lui avait départie..-. Les mercenaires qui l'avaient flétrie ont mordu la poussière. Yingt siècles de despotisme se sont arrêtés là.
Dans ces mêmes lieux va s'élever, devant la postérité, un monument unique dans son genre. On y lira sur le bronze que le Pérou fut libre tel jour : ce sera la première page de l'affran^ chissement général de l'Amérique. Des milliers de braves y inscriront leurs ûoms ; et , sur cette pierre angulaire de la liberté, parattra le buste d* Antonio José Sucre. Puisse-t-il résister aux orages révolutionnaires ! — Mais , à quelques siècles de nous, l'étranger, préoccupé d'un nom illustre, demandent peut-être o^ii était Bolivard?
ttttatrthne Ctjûnt» 193
Arrêtez ros regards sur la base de cet édifice : le 27 décembre 1834» ^^ libérateur yotait cet ht»m« mage à son digne compagnon d'armes. — Noble et touchante expression de ce que le sentiment et la modération ont de plus pur, puisses-tu servir, d'exemple aux races futures et arriver jusqu'à elles s^ec ces paroles du conquérant pacificateur : « A l'armée du Pérou et au triomphe >> de la liberté : que les épées des braves qui » m'entourent me percent le sein si jamais j'op— y» prime les nations que je délivre actuellement. » Que l'autorité du peuple soit la seule puis- » sance sur la terre, et que le nom de la ty- » rannie soit efi'acé de la langue des nations, (a) »
XLvn.
O bienfait inexprimable de la sociabilité, de quelle douce satisfaction tu inondes le cœur de l'homme ! Un autre univers vient de s'ofirir à mes regards, et j'ai parcouru des merveilles sans nombre. Oui , que le jet brillant de la pensée
(a) Propres paroles de BolÎYtrd dans an repas de corps qa*il présidait après Taffaire de Janin*
104 ^mniqtxt du Shxù.
anime'Cette civilisation nouvelle. J'ai vu de nombreux citoyens, et je les ai comptes comme des frères. La même pensée les animait : c'était celle qui triomphe de tous les obstacles , celle qui défie le présent en comptant sur l'avenir , et braverait le néant lui-même si l'éternité ne se montrait aux dernières portes de la vie..,. Mais à ce mot que sont la gloire , les triomphes et les succès même de la civilisation , que sontils ? que r éclat incertain que jette Tatle d'un moucheron quand il traverse un rayon de lumière.
O déité terrible, sévère postérité, idole trop souvent encensée , tu me fis tressaillir et je n'ose te nommer.... Oui , tu te ris de mon audace, et, quand je parle de l'avenir, je te vois qliî soulève la pierre qui doit fermer ma tombe. — C'est là f- que tout va finir; là se dissipera l'illusion, et
les échos auront gardé le silence. — ^ O présage redouté ! quel rêve a été le mien ; pourquoi m'avoir trompé, pourquoi m'avoir séduit ...« Mais j'entrevois encore une ombre , une dernière trace de la tyrannie : que le peu de forces qui me reste soit employé à la poursuivre.
Ctuatnhne Ci)ant 195
Là, dans Lima, s'ouvrait une arène sanglante ^ institution sauvage, que la férocité recommanda, que l'abrutissement a tolérée, que la dégradation nationale approuvait de ses exclamations stupides. Ce fut le champ réservé aux combats de taureaux. — Un animal en fureur et quelques mercenaires entraient en lice ; et une population dégradée , que ses maîtres avaient habituée à la démoralisation , se pressait en. foule comme pour se familiariser avec la cruauté et le sang. — Que le temps et la liberté fassent . justice de cette institution , dernier symptôme de l'existence abjecte des vîce-roîs.
Mais quelle est cette pièce bizarre , cet objet de curiosité qui arrête tous les regards et qu'on voit dans un lieu d'exposition publique. Lima eut-elle aussi ses catacombes ; serait-ce une momie que j'ai devant les yeux ? — On la croirait extraite d'Elethia ou d'Elephantine. Mais, ici, ni bandelettes , ni aromates conservateurs , et ce» pendant toutes les formes sont intactes.... Le calme, toutefois, n'est pas sur cette figure : la contraction et la souffrance y ont laissé lenrs
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traces. La mort du malheureaz dont nous exa* minons les restes fut donc violente. — « Âh ! » pourrait nous dire un des indigènes : ces » restes que vous considérez sont ceux des an- » ciens héritiers de Manco, Pour se soustraire » au joug de TEuropeen ils ouvrirent le sable » et y descendirent : la mort la plus affreuse, y» alors, leur était douce comme le sommeil. » Et ces restes ne doivent plus décorer que des cabinets où Toisiveté porte son indifférence!!!! (2)
Quels traits pourraient donc peindre le gouvernement qui régna sur ces contrées. De quel nom désigner le maître qui faisait exécuter les ordres sanglants de l'ombrageuse Espagne. — Et an nom de la liberté des murmures se font cependant entendre.
C'est le sang qui coule , dites-vous , qui vous indigne. — Ah ! trop bienveillants partisans de la paix, puisqu'il me reste assez de force pour vous exposer la vérité, ne vous étonnez point si je souille ces pages de la peinture hideuse de vos atrocités.
LH
N'est-ce pas de Madrid, vous demanderai- je.
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qu'on donnait l'ordre d'arrêter Taccrolssement de la population! N'est-ce pas dans vos mors qu'on décerna la mort à l'étranger qui tentait de s'y établir ! N'est-ce pas de Madrid qu'on défendait aux naturels l'exercice de certaines professions , l'usage de certains métaux ! N'est-ce pas les mêmes mattres qui faisaient défense de cultiver le lin, le chanvre, l'olivier, ces premiers dons de la nature; n'est-ce pas eux, enfin , pour tout dire , qui faisaient arracher les vignes dans le nord du Mexique, et qui exerçaient le monopole, outre qu'ils prélevaient des dimes et l'horrible impôt de VAlcavala !
un.
Qui ne frémirait à tant d'atrocités. Le sol et ses habitants , regardés comme le domaine de l'étranger, étaient exploités comme nne mine qu il eût été question d'épuiser dans un temps donné. Astreint k la mita et aux repartinUentos , le malheureux Indien n'avait à lui que ses bras. Attaché à la glèbe , ou travaillant au fond d'une galerie souterraine , toujours sous le fouet , il n'avait de salaire que celui qu'il plaisait à ses maîtres de lui accorder. — Mais une retenue sur ce salaire devait solder son habillement , une