I.XVIL
O Dieu tout-puissant ! une si brillante dé-
flmiiier <l)aiit. 49
coaverte devait-elle amener tant de désastres , pour ne produire que , si tardivement , le peu de bien que la philosophie ose attendre de ses doctlrines? Mais le temps devait avoir son cours , et si les foudres du Vatican proscrivirent tes heureuses découvertes , ô Colomb , la route que tu parcourais n'en restait pas moins tracée , et ton génie laissa son empreinte sur la mobile surface des mers , comme le feu du ciel quand il parcourt les flancs insensibles d'une masse granitique.
Qu importe que tes membres décrépis aient porté les stygniates de l'ignominie, et que la basse jalousie ait troublé tes derniers jours (ii). Isabelle, cette reine qui avait la haute sagesse des princes et la tendre pitié d'une femme , fut elle-même t'attendre sur le rivage pour te rendre, aut yeux du peuple, ce suffrage du mattre qui sert de règle à la multitude. Honneur lui soit rendu ! honneur à cet ange de paix et de conso-* lation !
Lxvm.
Que les sombres arceaux des voûtes souterraines , où tant de malheureux périssent victimes de leur dévouement et de la fureur des partis , ne reçoivent-ils plus souvent cette douce clarté
50 ^InrHipir Im Bn&.
qui descend du ciel avec l'etpérauce et la réparation ? qae ne voient-ils briller cette lueur dont resplendit le cristal qoi tombe de l'œil attendri d'une femme.... Mais la jalansîe veille k l'entrée de ces réduits : les boorreaux y poursuivent leur vengeance à la faveur de l'ombre.
Adieu, ombre révérée de deux hémisphères; reçois ici mon hommage l Adieu 1 Que la terre qui te reçut, accepte enfin le doux bienfait de la philosophie. Les larmes et le sang des Caciques ont long-temps coulé sur ta tombe ; mais la liberté vient de poindre sur l'autre bord du golfe. Les cris de joie ont remplacé les accents de la douleur. Eepose en paix , et que l'auréole qui ceint ta tête auguste , se pare du brillant éclat que lui donne la cause sacrée des peuples.
wmwMXÈSÊJÊ ^mM^.
Jje signal est donné : nous cinglons rers le c<mtinent. Le passager et les officiers du na-* Tire , tous ont souhaité le dernier adieu à leurs amis. J'ai serré aussi la main d'un hôte géné« reux : pour un instant 'f ai cru retrouver les douces émotions du toit paternel ; moment trop court ^ et par cela pénible. Quelques femmes sont sur le rivage et portent les yeux sur nos ma-« nœuvres , où d'agiles et jeunes novices se jouent comme l'oiseau qui s'élance d'une branche à l'autre. Déjà se font entendre les cris pénibles du cabestan , roulant sur lui-même et cédant lentement aux efforts répétés des vigoureux matelots qui sont suspendus à ses barres. L'ancre, cependant, se soulève et traîne sur le fond.
Le porte-voîx et le sifflet du contre-mattre ont retenti le long des quais; les voiles, d'abord flottantes, puis enflées, donnent à la machine un
^iK
52 ' %mnupù bu fSvHf.
premier ébranlement. Mollement inclinée, elle se balance, se penche, et franchit Tonde écumeuse...» un long sillon se dessine à la poupe.
Nous sommes dans le golfle, et des vents contraires nous ont écartés de notre route. C'est nie de Galweston : sur le second plan se prolongent les dunes jaunâtres du Texas. Que de souvenirs ce monticule réveillera dans des siècles l q«e de désastres et d'infortunes il rappellera 1 Battu par la tempête et miné par les flots, pourquoi , plage solitaire , mobile agglomération d'un sable brûlant, pourquoi n'as- tu pas disparu pour toujours dans cette journée calamiteuse, où quatre cents de nos compatriotes, cherchant un asile, virent se soulever contre eux l'océan qui ne reconnaissait plus ses limites.
O Dieu puissant, quelle leçon terrible, et que de faits dont tu accables le navigateur qui , après avoir traversé l'Atlantique, demande un autre
monde ! J'ai porté les yeux sur cette grève
désolée : et comme d'un trône mouvant dont les bords étaient dévorés par la lave des siècles , j'ai
JDdfjdhne Cl)(mt» 53
cru voir s'élever , dans des nuages épais , la figure changeante des révolutions. Ses yeux mobiles étaient çncore attachés sur les régions que je venais de quitter ; elle portait à la main un fouet de serpents , dont elle se servait pour châtier les peuples. Des sceptres et des coui^onnes roulaient à ses pieds. Des tables et des fragments , dispersés dans la fange, flottaient sur une vague de sang, dont récnme, d'un pourpre ardent, était encore empreinte sur les degrés d'un piédestal où on lisait la Barthélémy et le lo août, Fleurus et Waterloo....
Mes yeux se détournaient quand , tout à coup-, un aigle, dont l'atle humide et mutilée semblait lutter depuis long-temps contre là tempête, s'est abattu sur ce monticule. Accable , il portait quelques débris qu'il tenait religieusement dans ses serres.... A peine te sable s'est soulevé sous le dernier coup de son vol épuisé, que la mer en fureur s'élance et franchit ses barrières.... Un instant , et tout a disparu sans qu'on entendit une plainte.
O vous qui avez quitté le toit paternel pour
5i ^Imerifliw bu 0ttîr» *
un ciel étranger, ô dit^-nous, s'il se peut, ce qu'a d'indéfinissable, de doux, mais aussi de terrible , la pensée qui nous vient à l'aspect d'une région placée soUs d'f^utres parallèles que celles qui bornent les lieux où l'ombre du berceau nous prêta son abri protecteur. Est-ce une existence nouYclle , dont le premier terme se développe ? Sont-ce d'autres idées qui vont éclore et fermenter dans notre sein ? une autre nature, un autre monde qui se révèlent à nous ?... Telles se succèdent les nombreuses sensations dont l'Européen se sent pressé quand il pose le pied sur le sol étranger de l'Amérique.
Comment rendre ce qu'on éprouve à cet aspect d'une nature dont on n'a pris l'idée que dans les serres , et ces galeries , où la mort elle-même a scellé les débris que nous lui disputons en vain. Chaque arbre, chaque buisson, chaque plante, est un phénomène qui a l'attrait du merveilleux. Tantôt s'offre une forêt de palmiers se balançant aux molles agitations de la brise et dont les fdts sont autant de colonnes régulières ; ici s'épanche , sur la plaine , l'ombre solennelle des cèdres antiques ; là , paraît et se fait voir le mangel des indiens, Tun
Cl)atit» 55
des plus bizarres caprices de la nature : ses branches laissent échapper une foule de rameat^ qui s'inclinent d'eux-mêmes et vont s'implanter dans le sol; chacun devient un nouvel arbre:
leurs têtes réunies forment des berceaux de.
verdure.
vn.
D'un autre côté, quelle vivacité de teintes et quelle harmonie de couleurs dans ces masses dont les contours sont avivés d'une transparence bleuâtre. Quel luxe brillant de formes et de richesse abondante dans cette fructification. Quelle variété de nuances et quel charme dans ce^ parures que tous les êtres animés semblent étaler avec le sentiment d'une joie qui est comme Texpi^ession anniversaire du grand jour de la création !
Cependant, du sommet élevé de la colline se montre, à la fois , la plaine, la lagune f la forêt et les réplis du Panuco. Une multitude d'oiseaux s'approchent et voltigent autour du voyageur, le saluant de leurs concerts bruyants. C'est le cordon-bleu , le grimpereau aux atles jaunes , le colibri-topase , le septicolor ou le cotingua aux plumes soyeuses. Mais , tout à coup , leur vol s'arrête, leurs chants ont cessé , ils s'échappent,
56 '^mivitpxe in 0u&»
et l'âîr a retenti dû bruit de leurs atles.... D'autres détails appellent la pensée : ici, c'est le mystère des ombres et là teinte foncée du feuillage , la voix isolée d'un seul oiseau.... Il semble se plaindre et préoccuper la nature : est-ce l'expression d'une douleur poignante ou d'une existence me* nacée ?
La nuit venait d'étendre son voile» Un long
sentier était devai^t moi : il eonduisait if un
bassin creuse par la nature^ Du rôcber <(ui/l<s
dominait ^ne eau pure jaillissait dans* l^ia^jeu^^
fractuosités de la pierre. Une masse d'hisrbés
rampantes et de ^ei^irs çnlaçées formaie^tt une
voûte qui couronnait cette grotte : elle n'était
éclairée que par l'inégale lumière que le disque
de la lune jetait au travers du feuillage. Çà et
là étaient quelques fruits de l'arbre à noix , et
l'çeil prolongeait une longue avenue dont la
courbe fuyante semblait prêter son ahi;i à un
village où plusieurs groupes ^ d'habitants dor^^
maient , près le seuil 4c leur pprte $ étendus sur
des nattçs.
Non f jamais tableau ne fut plus majestueux et plus attrayant.... Je crus être à cette nuit si-
IDrttjHhne €^âiit* 57
lencîeuse qni dut précéder le jour où rétemel , préparant son œuvre sublime, allait lui imprimer le mouvement de sa grandeur. Arrêté invo^ lontairement au pied d'un bananier dont les larges feuilles • projetaient une ombre indécise sur Feau qui fuyait devant moi : Peut-être est-ce ainsi , m'écriai-je , & la vue de cet antique géant de la forêt , qu'un autre homme , Tainé^ de tous les âges, considérait une eau tranquille, quand il fut tenté de porter la main au fruit défendu d'Eden? (i) Que le cours des ans a chan^ Tordre des choses , et qu'il est loin de nous le temps où la saveur d'un fruit des tropiques était un aliment capable d'amollir le cœur ou d'y répandre le germe du mal. Mais l'enfant naïf du nouvenu monde , avec la banaae , prit la feuille satinée qui lui prête son ombre ^ et s'en fit une bandelette sacrée dont il couvre la dépouille mortelle de soii semblable.
Qui pourrait remonter à ces souvenirs et as« sister à ces scènes sans être ^mu ; qui pourrait jouir de cette incitation touchante , qui natt à l'aspect d'une nature encore vierge , et n'être pas tourmenté du pénible souvenir de la conquête. Tous les plus beaux sites, toutes les vallées où la
58 ^nuf^tu tm iSfùé
nature offre sou calme paisible, appartiennent aux descendants des vainqueurs de Mexico. Héritiers de ce Goup-d'œil, dont CSortes étonnait toute une population qui le prit pour l'envoyé du ciel, les Espagnols conservent encore tout ce qui rappelle la domination et l'autorité ; ils portent et la même dague, et le même costume, et les mêmes éperons qu'eurent les pre-* miers conquérants du Mexique, Comme eux ils se plaisent aussi à parcourir la plaine sur un coursier rapide, et à étonner l'Indien par leur hardiesse et leur habileté.
Les montagnes et leurs escarpements sont seuls restés aux naturels. C'est là c(u'ils se retirent , comme l'oiseau ou le daim sauvage qui abandonne les lieux fréquentés de l'homme, pour échapper à ses poursuites et retrouver la liberté! Des huttes en roseaux, qu'on Vbit pendre sur l'abyme ou s'élever sur le sommet isolé des roches calcaires et basaltiques, sont la demeure de ces malheureux. Quelques feuilles de palipe en forment la toiture et favorisent, par leur couleur verdâtre, la timidité de ces premiers possesseurs du sol. Ils ne semblent occupés qu'à se soustraire a^*devant de leurs maîtres.
.Bntjrihiu Ci)a]9t. 59
Mais, contemplant la slmplieité de ces In* diens, est-ce bien là, disais-je^ cette race.,, ces hommes qui ont plie tour à tour *sous le fer de Gortez et la verge des vice-rois ? sont-ce là ces hommes qui ont arrosé de leur sueur le sol qu'ils déchiraient pour des mattres inhumains ? sont-ce là ces hommes qui , pendant troîd siècles, ont bu le calice amer de ThumiliatioA ^ et qui, forcés de le recevoir de la main ensan-* plantée de leurs bourreaux , ont dû Téfaiset )usqu^à la lie ?
xin.
Et ces mêmes hommes paraissent insensibles au bienfait d'une régénération politique ; et ces mêmes hommes ne veulent ni des douceurs de la civilisation , ni de ses jouissances fécondes, ni des inspirations qui élèvent le coeur et rehaussent le courage? Ce climat, cette température, si favorables aux: développements de la végétation , n'auraient-ils donc de puissance que pour les brutes et les inanimés ? O Dieu puissant ! l'étincelle qui , sous le ciel de ma patrie , s'échappe de ta voûte céleste pour échaufier le sein du patriote, se serait-elle égarée
60 %mhxqai tm Shùi.
ici dans une nature morte et inerte.... Ces êtres, ces hommes enfin, que j'appelle .du nom de frères, lès aurais-tu déshérités de tout le bonheur que tu promets aux âmes généreuses et dévouées ? (2)
Mais aujourd'hui, que cette tyrannie vient d'expirer, aujourd'hui que ces naturels peuvent avou^ et leixrs désirs ^ leurs espérances ; cet amour de la nouveauté, cette irritation en-** flammée d'une curiosité cpii s'aiguise par l'attente d'une condition meilleure, ne doit-elle pas poindre avec la pensée que tant de désastres avaient peut-être effrayée , mais que tant d'heureuses tentatives doivent aussi seconder et jeter dans cette fermentation , de laquelle naissent 9 comme par enchantement , et les institutions et les bienfaits de l'acte social.... Je comprends r la nature ne promit jamais en vain, se dirent les enfants du Mexique ; les hommes , au con-traire, cachent souvent les plus noirs dessins sous les paroles colorées du mensonge. Comr ment le souvenir de la conquête se fut-il ef^ face , dans un seul jour du cœur de ses victimes .
Qu'on me parle de théories et de systèmes»
IBtuxvtm C^t 61
de philosophie et de leçons de morale : oui , ce sont des tahles où Fespèce humaine peut trouver des semences; mais Texpérience, l'expérience seule forme les hommes. Heureux celui qui com« plète les années de sa jeunesse f non en lisant des livres, mais en cherchant des modèles qu'il puisse apprécier et qui lui donnent l'habitude des fortes méditations. Heureux l'homme, h«ireux les peuples qui ont trouvé ainsi un champ à l'entreprise , une école pour les mâles ré<solutions.
Mais , me diront ceux qui répandirent le calme et l'uniformité sur mes premiers ans , de quoi osez-vous vous plaindre ? — De trop de sollicitude , car dès que f ai pu embrasser les limites de mon horizon , j'aurais voulu qu'il se couvrit de nuages. Oui, j'ai appelé la tempête quand le calme m'accablait de son épaisse langueur ; et aujourd'hui , aujourd'hui que 1^ .derniers éclats de la . tpurmei^te se fopt entendre, je ne rejette aucune des catastrophes qui m'ont assailli, fiesté. inébranlable au milieu de leurs coups re^ doublés , que puis-je regretter. J'ai senti que mon. cœur s'épurait à ces épreuves , et qu'il se fortifiait comme le métal dont le feu resserre
TimttUfot tut Saft,
les pores et double l'élasticité.... Si d'autres faits me sont réservés , qu'ils adviennent.
xvn.
Quel éloge, vous dirai-je & mou tout f osez-> vous donc faire de la civilisation et de ses bienfaits, vous qui n'avez jamais quitté le portique? Oui, elle est tout, cette civilisation, quand, encore à nattre , elle s'offre à nos désirs comme un aliment propre à étancher cette soif de l'âme, ce besoin de créer et d'agir , qui nous porte vers le mouvement et nous fait le rechercher )usques dans le désordre. Elle est tout, quand un peuple, qui la demande, lutte et combat contre ses op* presseurs. Mais, qu'est-elle, quand des maîtres viennent nous l'offrir avec dédain et qu'il faut l'accepter comme un bienfait....
xvni.
Non : je ne veux ni de vos jouissances, ni de vos caresses ; elles sont égales au poison.... Je sais qu'il est des jouets dont vous avez be-soin : qu'on vous les donne. Telle est aussi la parure dont on gratifie l'esclave, quand les portes du sérail se sont fermées sur elle. — La langueur et le marasme de la vie sociale , voilà
9en%9tmt €t)ant» 63
les fruits que vous ayez à m'offrir; goùtez*les, et vous eu rassasiez sans fiu»
Pour moi , l'uniformité et l'habitude sont la mort. Sous leur languissante opacité s'éteint l'ac-* tive incitation de la pensée, premier don do* ciel. — Votre existence une fois réglée ^ que sert que vous entreteniez le feu générateur de l'intelligence. Celle-ci est presque sans mission, et, si ce n'était le soin de reconnattre chaque jour les points du cercle que vous avez à par* courir , je vous dirais de remettre à la main qui a tracé la carrière que vous devez fournir^ les rênes d'un char que vous ne dirigez plus que pour épuiser les heures qui vous ont été comptées. Alors, au moins, quelques symptômes effacés d'une nature supérieure ne vous tourmenteraient plus, vous n'auriez pas le souvenir de votre dégradation.
Malheureux celui qui a accepté , tout d'une fois , et sans ressentir le frissoh du désespoir , tant d'humiliation et d'infamie. Déchu comme l'ange des ténèbres, ses yeux ne devront plus
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s'élever au ciel.... Prends le lot qui t'a été départi, toi que la soif de l'or dessèche de son feu inextinguible : je n'ai convoité aucune des faveurs dont tu te pares , et j'ai pris , sans hésitation , cet autre lot auquel l'intelligence et les riantes couleurs de l'imagination prêtent leur charme. L'agitation et le trouble d'une émotion extatique sont le bonheur dont je te parle :
c'est celui que goûte l'artiste quand l'enthousiasme le transporte de son ardeur fiévreuse: la joie féconde qu'il aspire est comme l'essence de sa vie.... Le calme , la langueur et l'ennui poussent les autres , d'un pas triste et lent, vers le néant qui les attend.
Ârréte-toi sur ces bords, triste pèlerin d'un autre continent : ici, comme au pays des in* terminables discussions et des recherches oiseuses , tu trouveras et les longues périodes de tes annales , et les siècles innombrables de tes anciennes légendes. De nouvelles Babylones et de nouvelles Thèbes t'apparaitront aussi dans la nuit du temps ; moins célèbres que les premières, leur nom est à peine connu et leur histoire n'est pas écrite; mais quelques pierres, des traditioiïs et le trait mystérieux d'un al-
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phabet phonétique témoignent d'une antiquité reculée*..*
Nous vaincrons par ce signe , dit Femand Cortez : et son étendard, qui portait la croix comme le labanim de Constantin , dont il avait emprunté les paroles , annonça une longue suite de révolutions et le renversement des pratiques anciennes.
XXIÏ.
A quoi tiennent le sort des empires et la for" tune des peuples!.*.. Qu^un audacieux arbore une . bannière et j trace quelques signes : est-ce assez pour soulever tout un monde; et les mortels seraient-ils comme ces essaims d'insectes que nous voyons converger dans l'espace et traverser l'atmosphère, en suivant les ondulations répétées que le hasard et le moindre incident leur im-* priment inopinément.
Ces bannières, ces signes, sont cependant un témoignage de jpuissance autour duquel on ap-* pelle incessamment la multitude. Jouets sacrés des peuples , véritables fétiches de la politique , insignes vénérés de l'ambition , que le patriote et l'esclave soulèvent tour à tour, et dont ils
G6 ^métinut te Shùa^
se prévalent également pour avoir des mattres , ou pour conquérir la liberté. Qui n'a souri à tant de simplicité ; qui n'a trouvé une larme pour tant d'erreurs ?•.. Âh ! s'il faut aux honmies une bannière , qu'ils considèrent cet étendard d'azur qui s'éploie sur la surface du monde. Une lampe , que promène la main de l'invisible , y répand la clarté du jour, et, avec elle, celte splendeur qui anime les profondes abymes de l'espace, et nous montre la vérité comme une pensée sublime échappée du sein de l'étemel pour se reproduire avec l'ordre et les lois gênéi^les du monde.
Je suis à Cintla , non loin de Tabasco , sur les rives du Grijalva. Un site agreste i décoré de tout le luxe de la végétation des Tropiques , rap* pelle les bords fleuris de l'Arno , où , suivant l'expression du barde , honneur d'Albion , les sciences ensevelies virent luire une nouvelle aurore. Quel titre à la mémoire des hommes 1 «— Aucun ) si tu n'offres qu'une suite de désastres et trois siècles de carnage* — Mais ici les EsjMignols remportèrent leur première victoire z elle prépara une ère nouvelle. N'est-ce pas d'aile leurs avec du sang que les peuples ont tonjoari
)Ddtfihiir tfl)iiia« 67
payé leur afff anchissement ! Tel parait être l'ar^ rét du ciel ; car les larmes ne, suiErent jamais pour conquérir la liberté. C'est, sans doute, que la faiblesse suppliante peut appaiser les tyrans : qu'elle ne saurait lés corriger.