‹ Excursion dans l'Amérique du Sud: esquisses et souvenirsChapitre 7 sur 27 · XXV · texte numérisé non relu

XXV

Là parurent quarante mille Indiens opposant à Cortez le choc terrible de leurs masses. Là, sur cette autre colline, furent six cents Espagnols et toute leur fortune. Le génie, la puissance de Tart, la foudre des combats, tels furent les arbitres de cette journée. Au premier bruit de l'airain , les enfants de la nature se sont étonnés ; ils ont cru entendre la voix du ciel , cette voix du grand inconnu , que l'ignorance a toujours cherchée dans les météores et qu'elle croit trouver dans les murmures de la vallée , quand le ciel en feu. se déchire et laisse jaillir des ténèbres l'étincelle sulfurée de l'ardente élec-

tricité.

Fut-il cependant une entreprise qui n'ait eu ses contradicteurs; un conquérant qui n'ait eu ses envieux; un homme de génie qui n'ait eu des obstacles à vaincre ? Autant vaudrait dire

68 "TlmiïUfai hi Shùi*

que l'ombre n'est pas opposée à la lumière.... Que celle-ci brille et l'obscurité se dissipe. Ârréte-toi devant un obstacle , toi que le sou£9e céleste n'a pas écbauffé de son impatiente excitation ; mais admire celui qui sait braver le danger: ses peines, ne les compte pas. L'opposition qu'il rencontre est raiguillon de la renommée dans les mains de la fortune. Heureux le mortel qui en a senti les atteintes enflammées.

xxvn.

Tel fut Cortez. En but à des rivalités étroites , la jalousie , dans ses menées sourdes et couvertes y s'agite autour de lui comme la nue qui tourbillonne au pied d'-un cèdre et s'échappe en long mugissement de ses rameaux à peine émus. Que peuvent, sur une âme élevée, ces vaines rumeurs de l'obscurité. D'un mot , Cortez eut puni les coupables ; il le dédaigne et annonce qu^un monde fut accordé à ses armes. Il n'en veut d'autre preuve que la confiance qu'il a dans son propre génie; et^ une torche à la main, il marche à ses vaisseaux, y met le feu et se complatt à voir les langues brillantes de la flamme, qui se nourrit du bitume des carènes » remonter jusqu'aux branches atlées de

H^tf ffhiu €i)aiit* G9

ces immenses machines » dont la seule image a déjà jetële trouble dans la conrdeMontezame.

xxvin.

Oui, la force et Faudace parcoorent la terre et y jettent répouyante. Plus d'une fois aussi on a vu le génie , fort de ses seules inspirations , enchatner la fortune et lui arracher ses faveurs. Mais alors que la renommée pose sur la tête d'un mortel son auréole toute brillante de gloire , les événements eux-mêmes n'ont-ils pas ce'dé i la nécessité ; et le hasard , brusqué jusques dans ses écarts , n'a-t-il pas été dominé : dès lors la volonté d^un seul fait loi, et le monde y cherche son avenir . Tels parurent , à des époques différentes , et le Tartare qui conquit FÂsie , et le soldat prophète des déserts^ et Tenfant de nos révolutions modernes «

Telle fut aussi ta renommée , 6 Gortez t l'his-* toire et les acclamations de la multitude en ont témoigné. Ce qui m'étonne n'est par toutefois ce résulut inattendu que le vulgaire , trop S0U* vent, prend pour l'équivalent du mérite ou de l'audace. Je n'ai rien i £re de tes conquêtes :

70 ^vmi^ in SieHi.

quand je vois des peuples entiers immoles à Tam-r bition, je n'ai que des larmes, et l'indignation ' est sur mes lèvres. Mais j'ai séparé, dans ta personne, le conquérant du soldat : j'ai donné des regrets à tes victimes ; j'ai admiré ta couragensfi persévérance el la générosité de ton cœur.

Qu'avec une poignée de soldats ou d'aventuriers, Cortez, soldat lui-même, et soldat sans discipline, ait soumis l'ancien empire des Astèques, rien dans ce fait des âges modernes dont il puisse se prévaloir aux yeux de la philosophie : car ces mêmes hommes qu'il soumit , loin de courber la tête au-devant du joug , ne se confièrent à ses armes qu'en croyant à des jours plus heureux. S'ils se rangèrent sous les drapeaux de l'Européen, ce fut pour combattre Montezume et renverser l'usurpation ; pour recouvrer la liberté et se rendre dignes de leurs ancêtres long- temps indépendants.

Que de mensonges, cependant,, et de calomnies, d'errours el de mepriies, daiU ces pages que le vulgaire consulta éufiore comme l'histoire

de la conquête et de la raine de Mexico. Fallaitil trois siècles ponr les dissiper; et l'aspect des lieux , la physionomie des naturels y les traces dç leur ancienne civilisation , des monuments égaux en splendeur à tout ce que l'Europe eût de plus gigantesque y des calculs et des supputations cycliques plus perfectionnés que n'en eurent les Romains et les Egyptiens ( ces peuples trop souvent pris pour modèles), ne disent-ils pas hautement que la terre que soumit Gortez, ne subit le joug que parce que ses habitants furent séduits par Tespoir de la liberté, et voués au fer, quand ils eurent déposé les armes.

xxxn.

Oui , ce fut la liberté que vous crûtes entrevoir dans les promesses de l'Espagnol. Et, lorsque vous attendiez des libérateurs contre l'usurpation nouvelle de Montezume , est-il étonnant que vous ayez pris Gortez pour le descendant de Quetzalcohualt ? (a) que , mettant en lui tout votre espoir , vous , soldats et citoyens de Tlascalla et de GhoUulan , vous , habitués à braver les armes du despote et le jou^ oppressif des

(a) Personnage myatérieax, dont les paroles ptophëti^Hes pararent se réaliser par l'arrivée des Espagnols.

72 Timhu^t in Bnb.

nomades du Nord, est-il étonnant que, pour arriver à l'objet de votre haine , vous ayez jonché de vos cadavres le chemin qui conduisait à Mexico et donnait passage à l'Espagnol ?

xxxm.

Ce n'étaient point des barbares , ces hommes qui , défendant leurs demeures , cherchaient et demandaient la mort au milieu des flammes ; non y ce n'étaient point des barbares y ces chefs qui , comme Gnatimacin , le dernier des Âstèques , se laissaient coucher sur un lit de feu sans révéler leur secret ; ces chefs qui , debout au milieu des cendres , disputaient des ruines à leurs vainqueurs et souffraient le dernier supplice au lieu de se rendre. Eh! pourrions-nous dire où sont, de nos jours , les rois qui , à l'égal de ceux de Tezuco et de Tactd>a, demandent la mort sans désespérer de la cause de leurs peuples , et n'ont d'autre fortune que celle du dernier de leur sujet,

Non, tant de fermeté et de résolution ne brillent point sans la vive excitation du patriotisme. Pourquoi les enfants de la plaine avaient*

tkmitm Ct)oiit. 73

ils été humilies ? pourquoi se portèrent-ils avec aveuglement contre Télu des nomades du Nord»

alors assis sur le trônei de Mexico , quand son bras seul pouvait assurer l'indépendance commune. — Mais la tyrannie , même avec les avantages de la civilisation (3), pouvait-elle être moins odieuse à des âmes fières ? et n'ést-il pas un doux sentiment qui naft des ruines ellesmêmes, quand, renonçant à tout espoir, on a vu disparattre , sous les débris , l'ennemi auquel on s'était attaché pour lui ravir Tair et la liberté dont il nous priva?

Arrête ici tes regards^ froid observateur des révolutions, triste et sombre penseur, dont la tête se remplit de dates sans que le cœur éprouve la moindre émotion ! Jusqu'à ce jour tu n'avais peut-être regardé qu'avec dédain le drame politique dont je te retrace l'esquisse incorrecte : apprends combien cette seule page de l'histoire des Mexicains est riche en nobles sentiments; apprends que , depuis le temps où les Toultèques assirent leur puissance, les naturels d'Anahuac ne s'étaient poîiU encore soumis , et qu'ils remontèrent vers le nord, dès qu'ils «eurent fait l'essai pernicieux de l'alliance espagnole.

li SUnérupte lut iB^ts)*

Non , ces tribus , aujourd'hui errantes sur les bords du Zaguanas , et celles qui , fuyant la civilisation européenncy remontèrent du Canada vers les monts Âlleghanys , non , ces tribus ne méritent ni le dédain qu'on déverse sur elles , ni la froide indifférence dont on accueille leurs traditions. La barbarie n'existe que là où. le peuple préfère l'asservissement à la liberté , l'ignorance au bienfait de la science. L'homme auquel on présenta des fers et qui a cherché les forêts , eut une âme fière; la vérité, qu'il connaîtra un jour, ne sera jamais flétrie dans ses mains.

xxxva.

Je passe à San-Antonio de Padilla. Rien dans cette cité qui puisse fixer l'attention ; un seul fait : Iturbide y succomba. C'est une république de plos , un empire de moins.... Quel est donc l'âge où nous vivons , cet âge , où les hommes et les empires surgissent inopinément » et tombent avec la même précipitation ? Hier sur un trône f et décore du diadème , aujourd'hui sur une plage déserte , et devant le front d'un peloton ;

est-ce le même homme qui , naguja?^ , mar* chait entoure de la faveur ? Un instant , et il a

vécu Son hymne de mort a retenti dans

les acclamations tumultueuses d'un peuple ivre d'amour pour la liberté.

xxxvin.

Mais ton sort , )eune audacieux , fut commun à plusieurs antres. Je compterais aujourd'hui vingt rois qui montèrent sur le trône et qui en sont descendus. Comme toi , ils eurent aussi un moment de faveur : souvent ils éprouvèrent la fortune, et, puissants d'un nom réputé dans les armes , ils décidèrent , pour un joui" , du

sort de l'Europe. Ne les cherchez plus: l'un dort au milieu de l'océan , et n'a qu'une pierre pour reposer sa tête ; un autre est tombé sur les rives de l'ancienne Ausonie , et ceux qui exécut^èi^ent la loi martiale, furent peut-être les mêmes qoi avaient cherché son panache dans la capilale des Cxars..*..^ L'ombre et l'obscurité , comme un voile protecteur , se sont étendues sur lie fr<Mit des autres. Abist^ions-nous d'en parler t le silence aâmssi sa morale.

Qu'est la vie humaine et sa solution? Tel est

76 "Xmkufoc tm fMb.

le problème , dont les données sont aussi diverses que la condition des hommes est bizarre* Je descendais les paramos de la Cordillère , donnant mon attention aux merveilles des lieux , et les énumérant comme les tableaux qui se succèdent dans une longue galerie , lorsque je me trouvai près la porte d'entre'e d'une habitation espagnole , qui paraissait appartenir i quelque descendant des premiers conquérants du Mexique. Une jeune fille , en longs habillements , et dans une pause immobile , fixa mon attention* J'allais lui adresser quelques questions : mais ses yeux vitreux , et dont l'azur était flétri , ne donnaient plus que ce regard qui arrête la parole et dit qu'il n'y a point de réponse.

Quelle a été ta vie , douce Aroaxia , et quel génie malfaisant a pu troubler l'harmonie de ton visage ? Pourquoi cette chevelure en désordre , dont les mèches confondues voilent ton front d'ivoire où la candeur, comme un rayon céleste, projetait sa lumière pure et tranquille? Pourquoi cette paupière qui n'a plus son éner* gie ? Pourquoi ces joues et ces lèvres dont Fincarnat semble manquer de vie ? Pourquoi cette physionomie frappée de stupeur ? Pourquoi enfin

9m%&mt Cl)mit. 77

cette abs^ice ^e petasée ? Qa'est devenue F^tincelle qni jaillissait à travers ces longs cils qui portent leur cubre sur tes joues prêtes à se fanner ?•••••

Âroaxia n'avait que dix-neuf printemps , et déjà elle avait épuisé la coupe d'amertume» Tout souriait à ses désirs , quand Tamour jeta le trouble dans son imagination. Douée d'une âme vive f et sans inclination que celle de la ilature, elle reçut les hommages d'un homme de couleur y dont l'origine était commune avec la sienne. Sans défiance , et toute à la naïveté de ses pensées , elle s'abandonna à la chasteté de ses désirs , au lieu de prendre la volonté d'un père y dans le cœur duquel bouillonnait encore la fierté castillanne.

xm.

Aroaxia s'était engagée par des serments..... Le sacrifice devint impossible. Soumise , elle n'eut point l'idée de braver l'autorité que le ciel sanctionne de toute sa puissance ; mais résignée , comme une victime , elle nourrissait dans son sein le feu que l'amour y

78 2mkvnu Itt Skù.

avait allumé. Ni les prières , ni les menaces nVîurent de succès...^. Hëlas! qu'il i est dur le jour où rantorité d'un père cl»ît.se mesurer avec la volonté d'un enfant , et . qu'elle est pénible cette lutte , où la force morale de la paternité exerce une violence qui doit avoir sa victime

xLin.

La jeune créole ne sort plus » et elle ne voit le ciel enflammé des tropiques qu'à travers les berceaux de, grenadilles qui décorent la demeure de ses ancêtres. Ses soins et ses . re*

gards doivent s'arrêter sur des fleurs : telle est la seule distraction qui lui soit permise , et ses doigts légers s'exercent à former des guirlandes.... Mais les siçntiments exaltés ont toujours fermenté dans la réclusion. Le désordre ne tarda pas à troubler l'imagination de la jeune vierge.... Elle se dit dans les jardins de Montezume ; et , comme les fenmies de cet ancien mattre de Mexico , elle cherche à imiter ^ avec des fleurs , l'image de celui qu'elle aime (4)-

Cependant le citronier et le floripodion ne doivent plus la recevoir sous leurs ombres.....*

Arttiièiie tf^« 79

Âroazia est soir un lit de donlew; la maladie , celle, de l'aliénation exesree sea damiers ravages sur ses membres épuises par le chagrin. — Quel remède pourrait arrêter un pareil mal :

il n'en est aucun. Ses ans sont flétris , et il n'est plus pour elle que quelques courts intervalles qu'elle fait servir à l'exaltation de la haine qu'elle a vouée à l'auteur de ses jours •••» Qui pourrait rendre à ce père et la joîe qu'il a perdue et l'espérance qui lui échappe.

Plusieurs'foîs, cependant, les yeux de l'^idolescente ont paru retrouver un éclat factice. Se tournant vers un hermîtage , où , dans diverses (^ircôtistancies , elle avaît mêlé sa prière i celle des indigènes , elle dit : c< Venez ai^ec » moi , mon père , fai Besoin de prier. » Et se saisissant de son bras, elle se dirigea vers le lieu de la méditation.

Ui^ an s'était, à p^i9e écoidé ,. et le visage de la îeuijie créole portait les tr^ices prof OQdes. des plus grands ravages de; Vâtne. Sa déiuarch0 n'avait plus cette liberté dç l'âge ^ Quelles grâces se révèlent au cœur tendre de. l'innocence. Naguères» remarquée entre ses con^pagnes comme

80 ainértipie te 0ttk.

la fleur des bois » quand un )et de lumière vient remouYmr sur sa tige , elle porte mainteo* nant la tête penchée , et ses pas entrecoupés n'ont plus de mesure. Ainsi est sa pensée et l'élan de son imagination.

Dès son entrée dans l'enceinte , où ses ancétres avaient pris leur dernier asile , son regard s'est troublé. De ses deux mains elle a déchiré ses vêtements , et , comme pour insulter à celui dont elle tenait l'existence. ^ Regarde , regarde r* le sein de ta fille , a-t-elle dit , c'est toi » qui l'a déchiré. Oui, si je te dus le jour, » reprends tes droits et te désaltère dans la » source corrompue ^de mon sang.... » Et elle a saisi de nouveau le bras de son malheureux père.*».. Où le conduit-elle....

XLvn.

« Tiens, a-t-elle ajouté, en se précipitant vers le » reliquaire, tiens : voilà la tête de celle qui m'aima » toujours. Oui, elle était ma mère, car elle n'a » jamais fait verser de larmes; j'en atteste l'Eter- » nel, ici présent. Qu'il parle si je lui ai fait injure, » car la table où s'offre | tous les jours , le sang de

SIntrthiu €^atit* 81

9> Notre^Seignear et soit Hostie suinte ne saurait i> recevoir une offrande plus pure ! » — Et Âroaxia $'est traînée vers Fautel : elle est immobile près de sa table sacrée. — Là même, là où pose le calice y sont les ossements épars que la jeune fille vient d'arracher, avec un sombra délire, de la poussière religieuse de plusieurs générations éteintes.

XLvm.

Quel jour de pénible mémoire , et qu'ils furent terribles, ces defniers moments de la fille du Castillan.

Assise comme un Tberme à la porte de ses pères , la malheureuse n'a plus que la langueur de l'agonie; et le souffle qu'elle exhale, comme

un soupir, dit qu'elle a vécu Telle était la

vierge des Andes : pâle , défaite , sans avenir , flétrie pour 'toujours, elle était ainsi qu'une fleur dont la corolle s'est fannée avant que la poudre fécondante des étamines se soit épanchée au-« dehors.

xux.

J'ai quitté les montagne», et je cherche Mexico. Quoi de plus entraînant que ce premier transport d'une population entière affranchie de ses chaînes. — Quel nouveau jspectacle tu dus offrir au jour

82 IKmfvufat ht J0ulr»

de la regénération , et quel aspect singulier ne durent pas avoir ces castes, immobilisées par l'asservissement des vice-rois et le long règne des Âstèqaes , quand le mot de liberté vint retentir à leurs oreilles pour la première fois depuis des siècles. Qu'il dut ét^e doux ce jour de fête, où tes avenues se remplirent des habitants de ia vallée, venant à la grande cité , comme aux anciens jours, avec une guirlande ou un choix de fleurs qui témoignaient de leur joie expansive et sans réticence (a).

Oui , il fut doux ce* jour de réconciliation , où lés castes , confondues entre elles , sans distinc-*

(a) Uo témoin des mêmes éTénements nous a confirmé les détails qoe donne ici raateor ; ce qni ne doit en rien nom étonner, si'ron M rappelle, qn*en teiDps ordinaire» le Mexicain sépare tonjoart de fleurs, et qu'il n*est paa dlndien qni étale an marché, sans s'environner d'ane haie de Terdore, formée d'herbes , de flanrs et de graminées. Pour ces peuples ( et le symbole est au moins aussi significatif ) , les fleurs forent ce qoe sont pour nons les mbans et leurs conlenrs distinctivea comme signes de ralliement. Une antre particularité de cette révolation fat que les tombereaui chargea habituellement de reeueillir dans les rues les Indiena vtm qni s'y traînent dans la fange» ces* aèrent alors lear aemct. (iV. de VEd,')

Ptmvx €l)<mf« 83

tion d^origine ou de couleur , virent arrêter le sang qui avait coulé , et consommèrent une révo* lution, non par Textinction des partis, mais en se réunissant sous lés mêmes «ignés, sous ces signes que la nature offre elle-même , et qui , cette fois , des mains de la candeur et de la beauté, dont elles sont le plus cher ornement, passèrent dans celles des hommes en armes , se réconciliant à ce symbole de paix , et les prenant à témoin de la pureté de leurs intentions et d'une certaine rudesse agreâte, mais cordiale, qui di«* sait que l'empire aurait des citoyens.

J'ai rencontré , j'ai peut-être même goûté ce plaisir indicible qu'un homme reçoit ou qu'une famille éprouve à l'avènement inattendu d'un succès inespéré , mais , j'ose le dire , rien de consolateur , de bienfaisant et de doux ne peut advenir à lliomme, qui égale cette joie sans partage , cet enivrement de l'esprit et de l'imagination ^ cette plénitude «de sentiment dont on se sent saisi en se i^êtant à un peuple qui recouvre sa dignité*

O puissante magie de la liberté, $uffit^il que l'homme ait proclamé ton nom , poui^ qu'aussitôt la science et le savoir deviennent son partage.. ..

Mais, qui ne sait que l'adversité est la meilleure des leçons. L'homme qui a souffert sait tout par ex[>ërience : heureux le pays qui compte pour magistrats des citoyens pris à cette école. Oui , l'illustration et la puissance seront ton partage , à Mexico l car les élus de ta douleur ont levé Jes mains au ciel et ont proclamé les droits de la cité , le respect pour l'étranger et l'indépen* dance de tes fils. Aie confiance dans ton avenir : le coeur de l'homme est fécond en nobles s.entiments , dès que le rayon de la liberté vient à le réjouir de sa flamme générative.

LH

O ville superbe et déjà opulente , tes monu* ments publics , tes écoles « tes hommes d'état , tes artistes te mériteront un jour peut-)être ce sceptre avec lequel tu devras , à ton tour , di^ riger Tespèce humaine et la* porter vers cet ordre de perfection , tvpe originel de la civilisation moderne. J'en trouve le sentiment dans la sagesse de tes actions et la virilité de tes projets. Placée au centre d'un hémisphère , sous le ciel qui te favorise doivent germer et le génie et le goÀt des arts. C'est sur tes rives aussi que devront se joindre l'Asiatique et l'Européen ; et , sous la protection de tes lois , que

JDotiihne W^^ 85

rOceident et FOrient de Fancien monde y se rapprochant enfin, réaliseront cette fusion des dogmes et des préjugea nationaux , dernière barrière que l'ignorance oppose à Tafiranchissement universel des deux mondes.

un.

Quelles ne sont pas, en effet, les merveilles de notre âge , quand , au moment où nous recueillons ces traditions d'un jour , l'ignorance long-temps poursuivie sur l'ancien continent , après s'être vue refoulée vers les frimats de la Moscovie , recule graduellement , du pays des Kalmoucks à celui des Kamchadales , et , qu'arrivée au travers des déserts de la Tartarie , elle se voit forcée, malgré l'appui que lui prête le colosse du nord 9 de s'arrêter à l'ouest du non* veau continent , et de rendre hommage à la liberté américaine déjà forte et vénérée. Oui, que l'action puissante de la pensée ail son cours ; et , des côtes septentrionales de l'Amérique , le flambeau de la vérité viendra éclairer enfin ces vastes régions qui , du Thibet et du Caucase , s'étendent au pôle glace de la terre.

uv.

J'ai visité les lieux qui cernaient l'ancienne

86 ^nminne Iru 0ulr.

Mexico , et j'ai porte à ma bouche l'onde amère qui baigna les palais de Montezuma. La surface du lac est paisible ; la ville , comme une cita* délie immense , se montre au travers du brouillard et semble dans une oscillation perpétuelle. Cependant, la nuit étend son voile, et le dernier cri de la sauterelle inteiTompt seul Son doux silence. J'en goûtais le charme , quand une nuée de scarabées , au corps de feu et aux ailes d'azur , traversa les- airs. On eut dit tin réseau nuancé d'or , que l'haleine des vents agitait dans l'espace.

Préoccupé , je crus avoir aperçu l'une de ces grandes figures que le respect des peuples se plaît à placer dans la nuit de l'histoire , et auxquelles il accorde une puissance sans borne , qui fonde ou renverse les empires au gré de son caprice. D'autres souvenirs vinrent m'obséder. — Peut-être la nature , pie dis-je , étaitelle aussi paisible et le ciel aussi pur dans ces jours de deuil « ou l'ancien empire des Mexicains disparaissait à jamais Quel ne fut pas

mon étonnement : j'entendis le bruit confus de plusieurs voix ; on eût dit qu'elles s'exerçaient à faire retentir les échos. Cependant leur con-

SIrttjrthne Cl)mtt* 87

fusion cesse y et je goûte le charme d'une harmonie sinis.tre , dont le mode , pstreil à Taccent du désespoir ou.de la plaintç , m'émeut jusqu'au fond des entrailles ; et les paroles . sui?ant€S m'arrivèrent comme le cri lugubre Je la mouette, quand elle abaisse son vol au niveau de la lame qui prélude à une affreuse tempête par se$ balancements prolongés.

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