I." Mx
O YitzliputzU y quel signe viens-tu de donner de ta colère I Quand f entends la foudre des étrangers 9 pourquoi ces fiammes dévorantes qui s'échappent du sein de la terre et s'élèvent sur la crête des montagnes comme les éclairi de ta vengeance dans un jour de désastre?
Pourquoi cette pyramide de feii f qui a traversé les airs pendant le silence de la nuit ? Pourquoi te serpent à trois tètes 9 qui s'est élancé de l'occident vers les portes de l'aurore , au moment où le soleil allait commencer sa course 7
Quel est cet oiseau d'une figure monstrueuse , dont le fier Montezuma n'a pu envisager la crête resplendissante comme les émérandes du firmament ? Qu'est devenue la lueur douce et tranquille dont se réjouissaient nos terrasses ? O Mexico^ quel pr&age sinistre l
88 '2imnufut du Btùf,
Le bras de nos guerriers, puissant Vitzlipatzli, n'a-t-il pu t'appâîser ? et ces victimes, que- j'ai approchées de tes autels, n'ont-elles pas senti .le fer sacré que tu at confié k mes 'mains ?
Aspire la fumée enirvante du coanr que' je vais arracber du sein de l'étranger : laisse épanouir ta grandeur 4 cette vapeur de la vie , et qu'un regard de ta puissance arrête ces légions qui ont usurpé la foudre des dieux.
n.« t)oijr.
O Mexico ! Mexico ! la valeur de tes caciques est désor* maïs inutile» Que peuvent cette flèche et cette sagaie contre la foudre des étrangers ! .
J'ai passé des années aux pieds de tes autels , puissant Vitzliputzli ; et tu as armé de ta colère des monstres à deux têtes I ! !
Le sang qui a coulé de mes membres était-il donc impur; et quand j'ai déchiré , de la dent du jaguar et de la griffe de l'aigle , mes joues creusées par rabstinence , as- tu repoussé mon hommage ? (6)
Mes cheveux , cependant 9 sont ornés de bandes colorées
Bntxime <U)aiit. 89
qai disent qoe j'ai souffert suis murmure. Dieu puissant , je perdrai la yie, mais je n'aurai pas soupiré*
Qu'ai-je h craindre , moi qui ai vu , sans frissonner , les nombreux ossements qui déeorent ta demeure ; moi qui ai vu s'élever , avec des tètes humaines i ces pyramides que le sang des victimes a cimentées ?
Malheur k toi , généreuse Mexico I malheur à tes nombreux enfantsy qui ont ajouté foi ?iux caresses de l'étranger ! Quel vertige a pu les abuser ! Quel espoir Va séduite I
Réunisses-Tous , 611es sacrées de Tépac , vous n'aurez plus le regard du grand Montezuma.
Pleurez , tristes habitantes de la demeure de vos rois , nos mains ne tisseront phis ces trames légères et ces couronnes ^ qui offraient ^ Tceil de nos souverains les nuances pourprées de TUayamayas et l'or mobile du Vicicilli.
Pleurez, et que vos larmes coulent comme le cristal qui se précipite du haut de Tépeya, lorsque la neige a été atteinte des premiers rayons de la saison des fleurs.
Pleurez > et que yos yeux soient noyés de larmes, car
00 2mivUfûe 2ru Bu).
Tout ne coovrirex plat foi long» cheveux de Ja poudre de rébène. Que ter virait que vous fussiez parées ? Vous ne devez plus errer dans les jardins de Tépac > et le miroir des eaux ne renverra plut votre image.
Pleurez , car vous ti'entendrez pins ni la voix mugiseante du jaguar, ni celle du bison ^ qui peuplaient la ménagerie de votre maître y et dont les accents réjouissaient son courage.
(Ses sons avaient quelque chose de guerrier et de mâle.)
Que deviendras-tu, puissante Mexico, toi la demeure de Montezun\^a , qui commande à tant de provinces | que nul ne peut en retenir le nombre ?
Toi qui t'élèves sur les eaux , reine paisible des lacs et de la terre entière , que deviendras-tu ?
Et vous , Tezcuco , Istacpalapa , Magiscatzingo, Guyocan , ne répéterez'vous plus les accents îpyeaz qui t'échappaient du milieu des eaux ?
Ne répéterez-vous plus les accents de la multitude , quand, assemblés dans Mexico > les nombreux enfants de cette cité
IDdiithne <i)osa* 91
faisaient ntentir les rives du lac des éclats bruyants d^ane fête natioDale ou d'voe aoelanation militaire.
Ta ii'es plus 9 Montetoma , et tu t'es dirigé vers la montagne de Ghapttltépeca..... (7} Nous no t'admirerons plus» élevé sur l'épaule de tes siijets» comme an jour où tu. t'avan* çais au miliea d'eux, assis sur une litière d'or que. protégeait un dais tissé de plnmes et-revétu d'argent*
Nous voyons* encore' la verge d'or de tes aerviteart annoncer l'arrivée d'ua maître.... Mais c'est pour la dernière foi» ; et notre front ji 'ira plus toucher la poussière pour te laisser promener tes regards sur la multitude de tes suiett .* le sombre voile des tombeaux est tombé sur tes yeux.
<iAh I qu'ett devenu cet insigne de la paissante , ce.griffon » moitié lion 9 moitié aigle, qui décora, pendant seize siècles, le brillant palais de Tépae ? Faut-il qu'il resserre ae» ailes ? et n'aura-t*il plus de victimes à déchirer ?
S'il était vrai que ces étrangers fussent les enfants du soleil , s'il était vrai qu'ils s'affaibliisenfc au couchant de cet astre radieax, comme l'herbe des prairies quand elle vient à
92 TimitUfoe 2m Buir.
se flétrir : qn'ils tombent AiMifflement de nos flèches.... Pour cette fois^ sois-oons propicei 6 génie terrible des ténèbres l
FUIes délaissées da meillenr des maîtres, venves da premier des mortels, dites un dernier «dieu h ces demeures
dites-leur un dernier adieu.. ... Vous ne reverrez pins ces appartements où le cèdre et les bois odoriférants de noa forêts répandaient lear douce transpiration.
Oui, cet mars de {ïspe vent s'écrouler aons la fondre de l'étranger , et des monceaux de cadavres vont s'élever auc trente portes da paUis de vos maîtres : des flots de sang ook grossi les eaux du lac.
ym.e t>0xx.
Redoublez vos cris , 6 nobles 61s de Mexfco ! qu'ils soient comme l'accent du déacspoir , comme la forear des combats et la résolution de la mort, quand elle supplée k la force t et que le courage a fait son dernier effort.
Oui , tu régneras sous un ciel éloighé , toi que les feux de l'orient ont vomi snr nos terres : tu auras aussi tes trophées et tu compteras tes victimes..... mais, des .sa|eta> tu n'en auras plus.
Bnifthiu €l)ant. 93
Leart cadavres ont nagé sur les eatix du lac , comme des roseaux que le courant charie du roarais yers des eaux plus profondes Il n'est plus de chants pour nona.
Adieu ! adieu t pour toujours. Gloire an tout*puissant seigneur l..*. La maison du soleil nous a été ouverte : c'est là que sont réunis les anciens ; c'est \k que sont les caciques qui tombèrent dans les combats, et ceux qui ont été sacrifiés par leurs ennemis.
Mais la vengeance , cette passion dont se délectent les Ames fières y nous n'en jouirons donc pas ? Adieu I.... Cest à toi, puissant TescatUpochila , que nous remettons nos injures. Adieu I adieu I
Toi qui , d'un conp-d'œil 9 vois tout ce qui se passe dans l'univers » agite ton bouclier 9 et que les dards y dont ta main droite est armée , aillent frapper le sein de Tétrangcr. Adieu I adieu,!!!
LVT.
J'avais prêté attention à ce concert des anciens âges , et j'entendais encore murmurer les ëcbos , comme au moment où la fondre re«téntit dans les gorges profondes d'une vallée , quand je crus reconnaître les voix confuses
94 '^mnupu H âulr.
d'une multitude qui courait slux armes , en repondant , par des cris de guerre , à Tappel
des ministres de Tautel Tout cessa : et le
silence a régné. Ainsi est une nuit de désastre , lorsque la flamme s'éteint et que les cendres se sont assoupies
Cortez , cependant y triompha des Mexicains , et Charles-Quint put ajouter un fleuron i sa couronne. — Quel délire , ô Dieji ! et que de sang pour attacher une perle de plus au diadème d'un potentat! mais toi, soldat effréné et toormenté de la passion du carnage , recule : là mort te menace où tu as entassé tes victimes ; la peste apparaît au sein de tes triomphe^ , et ces malhiQureux , qui n'ont pu te résister les armes à la main , te bravent des lieux où gissent
leurs cadavres amoncelés Cette fois , la mort
s'est émue en faveur de ses victimes : elle va punir ceux à qui elle remit le soin de les égorger.
Lvni.
J'ai quitté Mexico pour visitei? l'ancienne rnoûon du soleil : ici ce sont encore des ruines (a); elles
(a) Notre aotear parle des pyramides de Teotihnaeau ,
3Ddijrthnr €^m, 95
s'élèvent d'un effort pesant et difficile. On dirait des remarques que l'espèce humaine eut jetées çà et là pour tracer son passage sur cette terre. Mais à quels autres points se raccordent ces jalons? Depuis quand sont-ils posés; quiJes a mis là?.... Toutes ces questions sontsans réponse.— Ni dates, ni inscriptions : l'énorme quadrangulaire , que dessinent ces pierres entassées , n'offre que deux pensées, dont l'une a sa comparaison dans le poids des siècles sur l'ouvrage des mortels ; l'autre dans l'effort que sait tenter l'homme pour triompher du temps et de sa destruction.
Mais les humains qui élevèrent ces monuments ne sont plus ; on ignore jusqu'à l'époque où. ils vécurent, on ignore aussi quels furent leurs noms , leurs mœurs , peut-être même à quel peuple ils appartinrent.... Que cette dernière réflexion me paratt accablante : égale au coup porté par un géant qui terrasse un pygmée, elle jette le découragement dans le coeur de l'homme. Le spectateur ne saurait tenter un nouveau combat;
sitaéet au iiord«ett dn ko de Tezcaea , râo« desquellM • am baie pins laige que la place Tendâme à Pari», et a, encore de aos joari;^ une bantear de 55 mètres.
96 '^ivmufm Iru iSulr.
décourage , il est domine par le sentiment de sa faiblesse.
Errant, pour un seul jour, sur le globe terraqué qui se meut sous ses pas, qu'est Thomme, le pèlerin, isole' et dénué de tout , quand des peuples, des nations entières , des milliers de générations passent et se succèdent sans laisser d'autres preuves dé leur existence que <|uelques pierres et des débris, où le temps, comme en se jouant, efface leurs noms ? Qu'elle est imposante cette marche lente et progressive des siècles, qui est comme le pas réglé d'un géant qui s'avance de l'infini vers l'avenir toujours renaissant , à la mesure d'une harmonie sauvage , dont les arpèges sont formés du bruit que font les ruines quand elles s'écroulent sur elles-mêmes.
Inutilement, ô mortel ambitieux, tu tenterais, dans ta prévision inhabile , de parer à cette mort que tu redoutes. La renommée peut être une seconde existence , mais elle a son terme. Si tu pouvais en douter , je te dirais de t'arréter dans ce» déserts qu'arrosent FEuphrate et le Tigre : élève dans ta main une poignée du sable que
^JDm%îtm €fyM. 97
Semùramis et Zénobie foulèrent à la tête de leurs armées , ose interroger cette poussière que le tent des solitudes soulève tous les jours ; elle avait été domptée quand Babjlonne et Palmjre furent puissantes : existe-t-il quelque chose de ces deux villes ! ! Eh ! bien , recule encore de quelques périodes , vois l'incertitude qui règne sur l'âge qui est audelà , et, si tu le peux, dis où posa, sur cette terre aujourd'hui dépouillée , et le berceau des Âssiriens , et celui des Mèdes , et celui de tant d'autres peuples, dont les noms même ont échappé à l'histoire.
Hélas ! elles s'abrègent tous les jours ces page» du registre des nations passées , où chaque peuple prétend montrer son nom et avoir droit à un rang distingué. Qu'importe que les lettrés de la Chine et les bonzes de l'Inde supputent leur antiquité d'après des éclipses plus ou moins certaines. Les titres , les faits , les dates , dont ils se prévalent , ne sont pas aujourd'hui plus apparents que ne le furent^ dans la longue saite des siècles, les légères-altérations de lumière dont ils se servirent pour appuyer leurs calculs. Si des chiffres ont précisé des éclipses , quelques pages d'une légende incertaine peuvent aussi rappeler des faits insi-
98 2mM^ tat 0ui.
gaifiants par eux-mémea. Dès que la mémoire n'aurait suffi pour conserrer les uns et les autres , il est oiseux d'en tenir compte.
Lxni.
Que cette massage pierres devant laqueUe je suis^ que ce trophée d'une nation perdue dans les ténèbres du temps est bien plus éloquent 1 Ârréte-toi devant ces fragments qui sont comme les feuillets d'un livre sur lequel le destin tient toujours sa main prête à tout dévorer ; et dis*moi , toi qui nourris tes pensées au milieu des ruines, dis-moi si l'on peut ne pas se sentir dévoré d'une anxiété cruelle quand on a levé les yeux au sommet des Téocallis et qu'on ne trouve ni une tradition ni un caractère qui témoignent d'un âge dont on demande au moins le nom avec celui des peuples qui le virent s'écouler.
Qui n'a senti également Taj^itatiou puissante de la curiosité en s' arrêtant au pied des pyramides égyptiennes , ou en parcourant les longues allées de sphinx qui décoraient Thèbes et servent au jour* d'hni de repaire àdes nomades sauvages. Plus d'une fois, lorsque j'habitai un autre hémisphère, je
JB^tnxxhnt €ljant, 99
teiiiUi aussi de soulever un coin de ce voile mystérieux , qu'une main puissante a jhié sur tout ce qui appartient k FancieUne Egypte. Dans mes efforts répe'téSj et dans l'impuissance de mes moyens, ]e m'écriai souvent que les hommes et le peuple qui avaient tant fait pouf la postérité, avaient plud tenté que l'homme ne le pouvait ^ mais , qu'en triomphant du temps , ils n'avaient pu faii'e que les générations reculées auxquelles ils s'adressaient , obtiussent le même succès , et l'approchassent^ à leur portée, des faits, que ce même temps en avait séparés pour toujours^
Cependant ce ti est pas assez : l'imitation eèt dans le cœur de l'homme , et il demande à lutter ; il veut se mesurer' avec la nature et mettre prés de ses œuvres ce que^ l'art lui inspire. C'est une haute pensée, sans doute, que celle que nous. suggère l'œuvre de nos artistes, quand nou^ parcourons les riches galeries où sont exposés les modèles de la statuaire et de la peinture ; mais combien plus touchante fut l'imitation naïve des enfants de Mexico l
LXVÏ.
Qu'ils étaient simples et gracieux , en effet , ô disciples d'une école qui n'eut pas de chef , cet
100 j^mttufoe in SUb.
art 9 cette science du ctecor que vous employai tes pour orner la demeure de vos maîtres et l'ancienne Tenochtitlan (a). Qu'on nous fasse voir aujourd'hui d'immenses magasins , où sont réunies des dépouilles de toutes les espèces vivantes et même de l'homme ; au lieu d'y trouver une riche collection , je n'y vois que la niort sous sies divers aspects : combien elle était plus «impie l'ide'e que vous sûtes féconder.
C'était sous des bosquets de nopal et d'aloes^ dans des jardins délicieux , que vous appeliez vos rois à la contemplation de la nature. Là , vous réjouissiez leurs yeux par des guirlandes et des faisceaux de fleurs dont les massifs y artistement combinés , donnaient ou l'image des fauves qui peuplaient vos forêts f ou celles des reptiles qui habitaient vos fleuves , ou l'oiseau et tel autre être qui égayait vos contrées , et dont les habitudes étaient chères à l'homme conteipplateur de la nature.
Qui n'eut été touché de cet art gracieux s'il
(cr) Ancien nom de Mexico.
V^tnxïmt €t)atit 101
avait vu s* élever , dans ces mêmes jardins , des figures humaines qui ne furent ni de marbre ni de bronze. Pareilles à nos statues , elles ne devaient point braver cependant la destruction des âges : c'est sans doute que Torgueil ii'avait point encore élevé , comme idole , cette pos-<térité , être fantastique si souvent invoqué depuis , et que les mortels honorent par autant de crimes que de belles actions.
Ces statues rappelaient et les illustrations du pays , et ses notabilités : c'était ou la figure d'un roi ou celle d'un guerrier. Mais le ciseau de l'artiste n'avait pas promis alors l'immortalité, et celle-ci n'était pas encore à l'encan. Des fleurs enlacées , sorties en longues guirlandes de la main des vierges , servaient à consacrer la mémoire des citoyens , dans ces premiers âges d'une civilisation peu avancée ; et ce que ces imita* lions eurent de périssable ne compromit jamais le sentiment que la multitude vouait à ses bienfaiteurs (8).
*sî?gr
(Quelles nouvelles destinées les hommes et les peuples attendent-ils ? Quels événements se préparent y et quels sont ces cris : Bolivar , Yaccucho , Panama l Partout retentit Facclamation bruyante de l'indépendance ; et Téclat spontané de son entratnement irrésistible , prompt comme un écho y se répand d'une gorge à Tautre ; des bords de TOrénoque à ceux de la Plata ; des rives du Mexique aux sommets élevés du Pérou, Cent peuples ont tendu leurs mains au ciel et demandent la liberté pour tout un monde.
Mais quels faits peuvent expliquer cette révolution et son cours rapide ; quels antres son explosion foudroyante ? Un jour a suffi , et la liberté s'est révélée à des millions d'esclaves : sa conquête a été prompte comme l'illumina-
104 2lmiri(|ue du duîr.
tion soudaine de la.pen&ee. En vain recourrait-on aux leçons de l'histoire , à rexpériencc du passe' ; tout se tait. L'empire romain , e'croule' sur luimême f ne laissa que des décombres : la nuit de l'ignorance fut Favenir que les Vandales léguèrent à l'espèce humaine. Ici , c'est aussi une domination usurpée qui s'écroule; maïs à peine le fer a-t-il brillé : unç lumière est sortie de l'ombre , et la verge des tyrans s'est e'chappée de leurs mains. Leurs yeux n'ont pu supporter une clarté qui Içs a fruppés à mort,