‹ Excursions archéologiques en GrèceChapitre 16 sur 53 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Au milieu de TArchipel, à peu près au centre des Cyclades, se trouve une petite île, ou plutôt un rocher, Tun des plus nus, des plus arides, des plus mornes, des plus désolés qui se rencontrent dans cette mer : et ce n'est pas peu dire. C'est Tîle de Délos. Placée en dehors de toutes les routes de grande navigation, reliée seulement — et encore de façon indirecte — par un service hebdomadaire de bateaux à vapeur, à Syra, le centre commercial des Cyclades, Délos n'est point

i. Bibliographie. — En attendant l'important ouvrage que M. Homolle doit consacrer à Délos, on cherchera l'histoire et les résultats des fouilles dans les nombreux et remarquables articles publiés depuis 1877 jusqu'à 1890 par M. Homolle dans le Bulletin de correspondance hellénique. Il faut nommer parmi les principaux : Comptes des lliéropes du temple d'Apollon Délien (1882, p. 1-167); — Inscriptions archaïques de Délos (1874, p. 1; 1881, p. 272; 1883, p. 254; 1888, p. 463); — la Confédération des Cyclades au n\* siècle av, J.-C, (1880, p. 320); — VAmphictyonie attico-délienne (1884, p. 282-327);— les Romains à Délos (1884, p. 75-158); — Comptes et inventaires des temples déliens en Vannée %79 (1890, p. 389-511, et 1891, p. 113-168). — Sur les monuments de Délos, voir : V Autel des cornes (1884, p. 417); pour les statues, les articles de 1879, n. 99, 393, 515; de 1880, p. 29; de

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visitée ni connue par les touristes que les agences transportent en bandes d'Athènes à Constantinople, de Stamboul à Damas et à Jérusalem. A peine le voyageur lettré qui va de Syra en Asie Mineure remarque-t-il en passant le haut sommet du Cynthe, qui domine de sa masse toute Tîle de Délos et profile sur le ciel son cône escarpé : pour visiter Délos même, il faut une curiosité plus ardente, des goûts plus scientifiques, il faut, avec l'amour de l'antiquité et la passion des ruines, le courage aussi d'eadurer quelques privations. Ce n'est point sous un aspect séduisant que Délos en effet s'offre tout d'abord aux regards : sur le roc nu, pas un arbre, et quelques traces à peine d'une végétation jaune et rabougrie. Autrefois, dit-on, l'île possédait un fleuve : on l'a cherché partout sans le retrouver nulle part, et toute l'hydrographie de Délos se borne aujourd'hui à un étang saumâtre qui est Tan-

1881, p. 390, 507; de 1885, p. 253; de 1888, p. 315. — On conBoltera en outre les travaux de M. Homolle : De antiquissimis Dianae simiUacris, Paris, 1885; — les Archives de V Intendance sacrée à Délos, Paris, 1886; et ses études d'ensemble : les Fouilles de Délos (Monuments gtvcs, 1878); — Vile de Délos (Bull, de la, S«e. de Géogr, de VEst, Nancy, 1881); — Rapport sur une mission à Délos {A7'ch. des missions^ t. Xlll, 1877). Il est à peine nécessaire de dire combien nous devons à ces savantes recherches.

Pour les fouilles qui ont précédé ou suivi les grands travaux de M. Homolle, voir : Lebègue, Recherches sur Délos, Paris, 1836; et dans le Bulletin de correspondance /lellénique, les articles de MM. Hauvelte sur le Temple des dieux étrangers (1882, p. 295, 471; 1883, p. 5, 103); — Reinach, sur le Sanctuaire des Cabires (1883, p. 328); les Poxidoniastes (1883, p. 462), et sur divers monuments figurés (1 884, p. 167 ; 1 889, p. 113, 369) ; — Paris (1884, p. 473; 1885, p. 146; 1889, p. 216); — Durrbach (1886, p. 102), et Fougères (1887, p. 244; 1889, p. 229). — Cf. aussi Perrot, les Statues de Diane à Délos (Journal des savants, 1887). C'est aux recherehes de l'École française d^Athënes qu'est empruntée la matière de tous les travaux, en petit nombre d'ailleurs, publiés hors dé France sur Délos. Cf. SchoefTer, De Dell insulae rébus, Berlin, 1889.

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eien lac sacré. Quant à la population, néant : pas un village, pas un hameau n'apparaît pour rappeler l'exislence des hommes; çà et là seulement on voit quelques cabanes vides, où chaque année les habitants de Mycono, l'île voisine, viennent passer quelques jours pour faire les semailles ou la récolte ; et plus loin^ depuis que les découvertes archéologiques ont ramené sur ce rocher l'attention du gouvernement grec, une petite maison où habite un gardien des antiquités : c'est le seul habitant de Délos. Ajoutez au charme de l'excursion qu'à Délos, comme dans l'antre du lion, on sait bien comme on entre, mais non pas toujours comment on sortira. La mer est souvent mauvaise dans ces parages : le vent souffle en tempête dans Tétroit canal qui sépare Délos de Mycono, et rend la navigation pénible et parfois dangereuse pour les petits calques qui servent aux communications. Aussi court-on le risque de rester quelquefois plusieurs jours durant bloqué dans Délos : et ce n'est point, on l'imagine, chose très plaisante qu'un séjour trop prolongé dans cette île un peu bien austère. Mais alors, dira-t-on, que peut-on bien aller faire à Délos? On y va contempler les ruines d'une grande prospérité disparue et chercher pieusement les souvenirs épars d'un passé qui fut glorieux.

« Aujourd'hui Délos est une terre morte. Il n'en fut point jadis de plus riche, de plus célèbre, de plus vénérée. Autour d'elle se groupaient les plus vieilles

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légendes de la Grèce, et ses origines étaient éclatantes comme son nom même, — Délos veut dire la claire, la brillante, — comme le dieu du jour qui y avait pris naissance. Latone, comme bien d'autres mortelles, avait clé aimée de Jupiter; et, comme à bien d'autres mortelles, cet amour lui avait valu la haine jalouse de Junon. Poursuivie par l'implacable déesse, Latone errait par le monde, cherchant en vain un asile pour sa délivrance : seule Délos lui fut hospitalière. Là, au pied du palmier sacré, « sur les bords de i'inopus, dans un rayonnement d'or, au milieu des parfums exhalés de toutes parts », naquirent Apollon et Arlémis.

Toute la fortune de Délos lui est venue de là. Apollon, à ce que rapporte la légende, s'était élevé à luimême, avec les cornes des chèvres abattues par ses flèches, un autel, et il le laissa aux Déliens comme un témoignage de sa reconnaissance, comme un gage aussi des grandes destinées réservées à son île favorite. A cet autel primitif vont venir tour à tour, pour rendre hommage au dieu, tous les héros de la mythologie hellénique : sur le territoire de l'île sainte, dont la neutrahté inviolable offre à tous un asile assuré, on voit débarquer successivement les guerriers de Troie et ceux de la Grèce, Ul3'sse aussi bien qu'Énéc, et les rois primitifs de l'Altique, Thésée, Erisychton, et à leur suite les habitants des îles voisines, rangées autour de Délos, suivant l'expression des poètes, comme une couronne de fêle ou un chœur d'adorateurs prosternés devant le dieu, et après eux tous les peuples, les Ioniens de la Grèce et de l'Asie comme les Doriens de la Crète ou du Péloponnèse, enfin tout ce qui vénérait Apollon, c'est-à-dire tout ce qui était grec *. » Plus de dix siècles avant Tère chrétienne, Délos et son

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