EN GRÈGE
LES DÉCOUVERTES DE l'aRCHÉOLOGIE AU XIX® SIÈCLE
Parmi les sciences qui, dans ce siècle, ont aidé à agrandir le domaine de la connaissance historique, l'archéologie, en France tout au moins, est une des plus jeunes et des dernières venues. Longtemps les études auxquelles elle s'applique se sont poursuivies au milieu d'une indiflFérence à peu près générale : les lettrés de profession affectaient de les dédaigner comme d'inutiles curiosités et le monde trouvait plus commode de s'en moquer que de s'en instruire. II y a vingt ou trente ans à peine, pour le gros public et dans la littérature, Tarchéologue était assez volontiers mis au rang des personnages comiques, destinés à amuser le parterre de leurs folles et ridicules billevesées. Dans ce temps-là, cet impitoyable railleur qui fut Edmond About, et qui avait quelques raisons de se moquer de Tarchéologie, y ayant touché lui-même,
EXCOBSIQNS ARCHÉOU i
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mettait en scène, dans le Boi des Montagnes, le doux M. Mérinay, archéologue français, membre de plusieurs sociétés savantes, en arrêt devant un « petit monument de calcaire coquillier, haut de 35 centimètres sur 22, et planté par hasard au bord du chemin », Tesprit à la torture pour éclaircir Tinscription, absolument inédite, qui s'y trouvait gravée en caractères de la bonne époque et sculptés dans la perfection. « Si je parviens à l'expliquer, disait ce docte jeune homme, ma fortune est faite. Je serai membre de TAcadémie des inscriptions et belles-lettres de Pont-Audemerl Mais la tâche est longue et difficile. L'antiquité garde ses secrets avec un soin jaloux. Je crains bien d*étre tombé sur un monument relatif aux mystères d^Éleusis. En ce cas, il y aurait peut-être deux interprétations à trouver : Tune vulgaire ou démotique, l'autre sacrée ou hiératique. Il faudra que vous me donniez votre avis. — Mon avis, luirépondis-je, est celui d'un ignorant. Je pense que vous avez découvert une borne comme on en voit beaucoup le long des chemins, et que l'inscription, qui vous a donné tant de peine, pourrait sans nul inconvénient se traduire ainsi : Stade 22, 1851. » Le théâtre n'était pas plus clément à l'archéologie que le roman. Dans une des plus aimables comédies de Labiche, l'archéologie se présentait sous les espèces, peu flatteuses, d'un académicien d'Étampes, flairant le romain à cent pas de distance, et capable de trouver, sous un honnête poirier d'Arpajon, le bouclier long, scutum, l'épée du centurion, gladium, pièce extrêmement rare, les saladiers dorés signés P. C., Fabius Cunctator, et jusqu'au lacrymatoire de la décadence, trop connu pour qu'il soit utile d'y insister. On pourrait citer bien
d'autres exemples du cas que le monde faisait alors de Tarchéologie : pour bien des gens, comme pour un personnage de la Grammaire, Tarchéologie était surtout un mot très difficile à écrire.
Depuis ce temps, les choses ont bien changé. Nous avons perdu le goût des grands développements oratoires, des aperçus brillants et superficiels, des théories générales et des considérations abstraites. Nous avons pris peu à peu, dans ce siècle des grandes découvertes scientifiques, Tamour des recherches exactes et des méthodes précises, et nous avons compris alors que ces études dont on se moquait apportaient à la connaissance historique des éléments nouveaux d'information : nous avons compris que ce n'étaient point là des sciences mortes et vaines, mais qu'elles nous faisaient pénétrer dans ce qu''l y a peutêtre de plus vivant au monde, dans les sentiments intimes, dans les formes de penser ordinaires des peuples disparus. Nous avons compris que l'archéologie n'est pas seulement la science des petits pots cassés, mais que cette science des objets et des monuments antiques, — c'est le sens exact du mot archéologie, — nous fait connaître une des expressions du caractère d'un peuple, et la plus intéressante peut-être, celle qui touche à ses idées et à ses mœurs; nous avons compris tout cela, et de l'ombre des écoles et des académies, où elle s'était longtemps obscurément cachée, l'archéologie s'est tout à coup imposée à l'attention publique. De grandes découvertes, en révélant des aspects nouveaux de la vie antique, ont piqué la curiosité; en mettant au jour des chefs-d'œuvre d'art inconnus, elles ont passionné l'intérêt; et aujourd'hui les études archéologiques ont trouvé leur place dans
le monde. Non seulement Tarchéologie a pris dans renseignement public un large développement, non seulement elle a su faire lire ses savants mémoires et ses gros volumes; mais elle a forcé la porte des recueils plus profanes, des revues plus mondaines, et dans des œuvres de vulgarisation, elle a pu se mettre, sans crainte de n'être pas suivie, à la portée de tous. Bien plus, elle a pénétré jusque dans la pure littérature : en Angleterre, en Allemagne, en France même, un genre nouveau, le roman archéologique, s'est révélé par des œuvres dignes d'estime : et si récemment, sur la scène de la Comédie-Française, les tumuli de l'Asie occidentale ont prêté un peu à sourire, le fait n'en est pas moins significatif pour mesurer le chemin parcouru. Quelle distance entre l'académicien d'Étampes présenté par Labiche et le comte Roger de Céran, chargé par le Gouvernement d'une mission scientifique, collaborateur ordinaire de la Revue archéologique, en attendant, et la chose n'est point douteuse, qu'il entre de plain-pied à la Revue des Deux Mondes, Dans le salon de Madame de Céran, l'archéologie tient bonne place et ne fait pas mauvaise figure; je sais bien que ce salon-là, c'est le Monde où Von s'ennuie; mais n'est-ce pas, chez nous surtout, presque une consécration que d'être admis, classé et admiré dans ce monde-là?
Aussi bien la fortune a dans ces dernières années merveilleusement servi la cause de l'archéologie. Lorsque, en 1830, Otfried Mûller entreprit pour la première fois de dresser l'inventaire exact des conquêtes de l'archéologie, et de fixer dans un tableau d'ensemble les cadres de la science nouvelle, bien des nuages enveloppaient encore l'histoire de l'art antique Sans doute, dès la fin du xviii* siècle, en 1764, Winckelmann, dans
son Histoire de l'art chez les anciens^ avait fondé la méthode des études archéologiques, et son livre marque une date importante dans les annales de l'esprit humain. Sans doute quelques séries admirables de monuments authentiques avaient, dans les premières années de ce siècle, révélé la véritable beauté grecque telle qu'Athènes Ta conçue et réalisée : les marbres du Parthénon, cédés en 1816 par lord Elgin au Musée Britannique, les figures des frontons d'Égine, qui, en 1820, formaient le noyau du musée de Munich, les frises du temple d'Apollon à Phigalie, dont le Musée Britannique vers le même temps s'assurait la possession, tous ces ensembles de monuments successivement rendus à la lumière avaient fait comprendre aux érudits et aux artistes les merveilles d'un art jusque-là presque inconnu. Mais à côté de ces lumineuses figures qui jetaient des clartés soudaines dans la nuit de l'antiquité, que de coins sombres encore où l'œil avait peine à percer les ténèbres! Sans doute les musées de l'Italie, les collections patiemment formées depuis la Renaissance à Naples, à Florence ou à Rome étaient pleines de figures antiques; mais ces monuments de provenance inconnue, de valeur inégale, trop souvent défigurés par de maladroites restaurations, n'apportaient à l'archéologie que des informations vagues et incomplètes; si parmi cette foule de statues il se rencontrait quelque œuvre originale, combien n'étaient que de médiocres copies sorties en foule des ateliers grecs de la décadence pour aller embellir et peupler les palais des empereurs et les villas des riches Romains! Sans doute quelques découvertes mémorables permettaient d'entrevoir ce qu'avait été, à l'époque de sa perfection, la brillante floraison de l'art grec; mais à côté de cetta
courte période, qui se détachait en traits éclatants sur le fond sombre de Thialoire, la science n'avait point ressaisi encore les anneaux de la longue chaîne qui rattache à ses lointaines ori^nes ce point de perfection. Sans doute on commençait à connaître mieux que par les descriptions des écrivains anciens le style d'un Phidias ou d'un Praxitèle; mais les premiers tâtonnements de l'art archaïque, le lent et douloureux progrès qui conduit la statuaire de la gaucherie conventionnelle des primitifs à la splendeur de la perfection classique , tout cela , faute de monument», demeurait lettre morte. Quand Otfried MùUer écrivait son Manuel ae L'archéologie de l*art, l'Egypte et l'Assyrie n'avaient point dit encore leur secret; les mystérieuses relations qui unissent la Grèce à la Phénicie d'une part, et de l'autre aux peuples de l'Asie Mineure étaient à peine soupçonnées ; et enfin dans cet art grec même, qui semblait ainsi, par un phénomène inexplicable, avoir surgi tout d'une pièce dans l'éclat de sa perfection, que de lacunes encore à combler, que d'ombres à dissiper! Sans doute l'étude des ruines des édifices antiques avait fait connaître quelques-uns des principes de l'architecture grecque : les temples de Pœstum en Italie, de Sélinonte et d'Agrigente en Sicile, les monuments de TAcropole avaient fait comprendre les merveilleuses dispositions et les secrètes recherches des architectes anciens ; l'expédition française de Morée en particulier avait produit les belles restaurations, dues au crayon d'Abel Blouet, des temples de Phigalie et d'Oly mpie ; mais qui soupçonnait la peinture antique ? qui songeait à chercher dans ces vases d'argile ornés de figures, que pendant si longtemps on s'est obstiné à nommer des vases étrusques, les imitations plus ou
moins libres des tableaux des maîtres anciens? qui songeait à ressaisir, dans ces dessins conservés sur les vases, un reflet affaibli, mais vivant encore, de Tart des Polygnote et des Apelle?
Depuis lors, cinquante ans et plus ont passé ; du sol inépuisable de l'Orient grec, des fouilles mémorables et des explorations importantes ont fait jaillir d'inestimables trésors, et si Otfried Mûller pouvait sortir de sa tombe, lui-même jugerait que son œuvre est à recommencer. Depuis cinquante ans, en effet, par une émulation admirable et une féconde rivalité, toutes les nations européennes se disputent la gloire de rendre au jour les débris de ce vieux monde antique disparu; l'Angleterre et la France, l'Allemagne et l'Autriche, la Grèce et l'Italie, l'Amérique elle-même, un pays qui pourtant sait le prix de l'argent et ne dépense pas ses dollars en vaines futilités, ont jeté sans compter des sommes considérables sur ces champs de bataille d'une guerre pacifique, où la victoire, comme ailleurs, appartient au plus tenace, au plus heureux, au plus riche. Ici c'est Schliemann, que l'ardent amour d'Homère entraîne vers les lieux illustrés par le souvenir de la guerre de Troie, et sous la pioche de l'intrépide explorateur, l'acropole de Mycènes rend au jour ses trésors, et les tombeaux remplis d'or et de bijoux où dorment ses morts illustres nous révèlent la lointaine et curieuse histoire de la civilisation héroïque et de l'art primitif de l'Hellade ; là c'est Délos, l'île sacrée d'Apollon, l'un des sanctuaires les plus anciens et les plus vénérables de la Grèce, où dix années de fouilles nous livrent des centaines d'inscriptions et des séries précieuses de monuments de la sculpture archaïque. Le sol sacré d'Eleusis, qui conserve tant de souvenirs de la religion
et de la gloire d'Athènes, révèle quelques-uns des seoiets des mystères de Cérès; Toracle de Dodone retrouvé remet entre nos mains ses réponses prophétiques; le sanctuaire d'Esculape à Êpidaure nous fait connaître les guérisons miraculeuses par lesquelles le dieu médecin se manifestait à la foi des fidèles. Les fouilles d'Olympie placent devant nos yeux les figures dont les sculpteurs du v« siècle ont orné les frontons et les métopes du temple de Jupiter, et cette décoration qui peut sans rougir rivaliser avec celle du Parthénon; elles nous ont donné surtout cet admirable groupe d'Hermès et de Dionysos, Tune des œuvres originales qui nous restent du ciseau de Praxitèle et où apparaît dans toute sa fleur la grâce souveraine du maître athénien. Ce n'est pas tout encore. L'antique acropole de Tirynthe, explorée par Schliemann, nous rend un palais des premiers temps de la Grèce. Les découvertes de M. Foucart à Delphes nous apprennent l'histoire de ce sanctuaire fameux, et plus récemment, les fouilles que, sous la direction de M. Homolle, le gouvernement français a fait entreprendre, viennent, en dégageant complètement les ruines de ce temple célèbre, de donner un nouveau et digne pendant aux découvertes de Délos et d'Olympie; les recherches faites par FÉcole d'Athènes en Béotie remettent au jour, parmi les débris du temple d'Apollon Ptoos, une curieuse série de statues archaïques*; et enfin, du rocher sacré de l'Acropole, où tant de monuments admirables semblaient ôter
1. Il est impossible de nommer clans celte revue rapide toutes les explorations curieuses entreprises en ces dernières années: il faut signaler pourtant les recherches de l'Ecole d'Athènes à Élatée, où l'on a découvert le temple d'Athéna Cranaia, et à Mantinée, où l'on a retrouvé des bas-reliefs de l'école de Praxitèle.
jusqu'à l'espoir d'une découverte, le hasard a fait surgir tout un peuple de statues précieuses, ensevelies pendant de longs siècles au pied du Parlhénon, et qui, réveillées de leur sommeil séculaire, nous ont apparu dans leur grâce sévère de déesses, tout éclatantes encore de leurs fraîches couleurs, toutes parées du charme original et mystérieux des œuvres primitives. ,
Puis c'est l'Asie Mineure, cette autre Grèce, qui chaque jour nous livre de nouveaux trésors. Tandis que les tumuli d'Hissarlik nous rendent les ruines de Troie, les découvertes de Newton au temple d'Apollon Didyméen nous donnent les statues colossales qui décoraient l'avenue sacrée des Branchides. Les fouilles de Milet font entrer au Louvre les débris du sanctuaire d'Apollon; le Musée Britannique s'enrichit des dépouilles de la Diane d'Ephèse et de la Vénus de Cnide. A Halicarnasse, le mausolée retrouvé par Newton nous fait connaître le style de l'école attique du iv* siècle, et pénétrer dans l'une de ces petites cours asiatiques, véritables colonies artistiques de la Grèce, où s'épanouissent dans toute leur fleur les arts et la civilisation de l'Hellade. Plus loin, dans la pittoresque Lycie, où Fellows dès 1831 recueillait pour le Musée Britannique les curieux monuments de l'acropole de Xanthos, une expédition autrichienne entreprenait dans ces dernières années des recherches nouvelles et enrichissait le musée de Vienne de la frise précieuse de Gôl-Baschi. Enfin, sur l'acropole de Pergame, les fouilles entreprises et poursuivies depuis dix ans par le gouvernement allemand ont renouvelé vraiment l'histoire de l'art grec au ii* siècle, et révélé, par une sér.»e d'oeuvres originales, tous ces maîtres sculpteurs
qui vccureBt dans l'entourage des Atlalides et qui ont contribué pour leur grande part à l'éclat de cette cour savante, artistique et lettrée des souverains de Pergame.
Et comme si ce n'était pas assez de tant de grandes découvertes pour nous faire connaître dans sa libre variété l'admirable développement de l'art grec, voilà que de l'ombre des nécropoles, patiemment fouillées à Tanagra et à Myrina, est sortie une Grèce nouvelle, non point cette Grèce un peu grave et austère qui se plaît aux représentations des héros et des dieux, mais une Grèce qui s'amuse et sourit, qui descend des hauts sommets de l'idéal aux familiarités de la vie terrestre, et de l'imposante noblesse des compositions héroïques à la libre intimité des sujets de genre. Dans les tombeaux de l'Asie Mineure et de la Béotie, la pioche de l'ouvrier a réveillé de leur sommeil tout un peuple charmant de figurines élégantes et coquettes, au nez retroussé, aux chevelures maniérées et capricieuses, aux allures piquantes, dont l'aimable ahandon et l'air tout moderne rappellent moins les œuvres du iv* siècle hellénique que les charmantes fantaisies du xviii' siècle français.
Faut-il parler, après tant de mémorables déc/^uvertes, de ces heureux et hardis voyages, qui plus d'une fois ont conduit les explorateurs européens dans les cantons les plus reculés de l'Asie Mineure, et fait retrouver sur les hauts plateaux de la Mysie ou de la Cappadoce, dans les grottes funéraires taillées au flanc des montagnes lyciennes, dans les colossales sculptures qui couvrent les rochers de Phrygie, les origines lointaines de l'art hellénique? Faut-il parler des fouilles faites par Salzmann à Rhodes, faut-il parler surtout des merveilleuses découvertes de M. de Cesnola à Chypre,
INTRODUGTiON li
OU de M. Evans ea Crèle, qui nous ont révélé cet art, mi-partie égyptien, mi-partie assyrien, et déjà original pourtant, par lequel le livre des antiquités orientales se rattache à la glorieuse histoire de Tart hellénique? Il faudrait nommer ici, si le cadre de ces études ne devait être limité à l'histoire de l'art grec, d'autres découvertes encore et plus fameuses peut-être. Par delà cette antiquité grecque, venue si tard dans l'histoire que pour les Égyptiens, suivant le mot de Platon, les Grecs n'étaient que des enfants, il faudrait jeter un regard sur cet Orient qui vient à peine de nous dire son secret, et où l'on se trouve vraiment en terre et en science françaises. L'Egypte révélée par le génie des ChampoUion, des Mariette, des Maspéro, Ninive et Babylone revoyant le jour par la main des Botta, dea Place, des Layard, des Oppert^ les palais de Persépolis livrant le secret de leurs inscriptions à la sagacité d'Eugène Burnouf, laPhénicie explorée par Renan, les villes syriennes découvertes par Waddington et de Vogfté, la Ghaldée retrouvée par Sarzec, et plus récemment encore, les palais des Ackéménides en Susiane restitués à la lumière par M. Dieulafoy et livrant, parmi tant de trésors, à notre musée du Louvre cette admirable frise en faïence émaritlée où apparaissent les archers de la garde de Darius : que de pages glorieuses pour l'histoire de l'archéologie, et quelle merveilleuse prélace, aussi belle que le livre même, écrite par des mains toortes françaises à l'histoire de l'art hellénique I Quel admirable épilogue aussi ne trouve-t-on point à cette histoire, si, pass<ftnt de l'Orient à l'Occident latin, on parcourt du regard les décou^vertes innombrables faites &ur toute l'étendue du m-onde rmaain ! Les cim-etières étrusques de Clusium et de Tarquinies nous
iâ EXCURSIONS ARCHÉOLOGIQUES
montrent la splendeur bizarre de leur décoration et la civilisation étrange et mystérieuse de ce peuple qui demeure aujourd'hui encore un des problèmes de rhistoire; les fouilles du Forum et du Palatin nous apprennent le luxe grandiose de la Rome impériale ; l'exploration poursuivie sans interruption des ruines de Pompéi nous révèle la vie d'une petite ville de province et la peinture si curieuse de Tépoque alexandrine; et l'étonnante découverte des Catacombes, merveille du génie de M. de Rossi, nous conduit jusqu'au seuil du moyen âge, et prépare l'avènement de l'art chrétien et moderne. Certes, ce n'est point une science inutile et vaine que celle qui en cinquante ans a su faire tant de merveilleuses conquêtes et de découvertes mémorables, et qui, en nous révélant de toutes pièces plusieurs grandes civilisations disparues, a reculé de plusieurs siècles les souvenirs de l'humanité.
Il est à peine nécessaire d'insister sur l'importance de ces découvertes, sur la lumière inattendue qu'elles jettent sur l'histoire de l'art et de la vie antiques; grâce à elles, pour ne citer qu'un exemple, l'étude de l'art archaïque de la Grèce a été, en ces dernières années, complètement renouvelée. Ce n'est donc point faire œuvré inutile que de choisir, parmi tant de grandes découvertes, les plus dignes d'intérêt et les plus mémorables, pour en faire connaître les résultats principaux. Certes on ne saurait prétendre à embrasser dans ces courtes pages le vaste ensemble de recherches dont on vient d'esquisser l'histoire : en se bornant à la Grèce propre on parcourra, sans l'épuiser, un domaine assez étendu encore. Mais du moins essayera- t-on, dans ces limites strictement déterminées, de faire revivre quelques grandes époques de la civilisation et de la vie helléniques.