CHAPITRE II
A rextrémité méridionale de la plaine d'Argolide, s'élève à peu de distance de la mer, au milieu de terres marécageuses et basses, une éfninence rocheuse qu domine la route de Nauplie à Argosv Sur ce plateau dont Taltitude atteint à peine 22 mètres, se dressait jadis la vieille et puissante citadelle de Tirynthe, dont le^ fortes murailles passaient pour une des merveilles de l'antiquité et semblaient dignes, par leur masse colossale, d*être comparées aux pyramides d*Égypte. La légende attribuait ces constructions gigantesques à de fabuleux architectes, les^Cyclopes venus de laLycie, et racontait que des rois puissants avaient régné jadis sur cette forteresse ; Tun des héros les plus fameux de la Grèce, Héraclès, y était né, dit-on, et longtemps y avait commandé. Toutefois le grand nom de Mycènes
1. BiBLiOGRAPHiB : Schliemann, Tirynthe, Paria, 1885, et les ouvrages citéa au chap. i*', surtout Helbig, Dos Homerische Epos, et Schuchhardt, SchliemanrCs Ausgrabungen, Cf. l'article de Marx, Der Stier von Tiryns (Jahrb, d. d. Arch, Instituts, t. IV); Perret, Tirynthe {Journal des sêcvants, 4890), et surtout le livre déjà cité de G. Perrot, Histoire, de Vart, L VI, Paris, 1893.
52 EXCURSIONS ARCaÉOLOGiQUES
avait de bonne heure éclipsé son humble voisine : Tirynthe avait accepté la suzeraineté des princes qui régnaient dans la haute citadelle d'Agamemnon et elle semble avoir partagé la destinée de ses maîtres, jusqu'au jour où la jalousie d'Argos renversa du même coup la suzeraine et la vassale. Depuis lors, Tirynthe abandonnée s'était peu à peu ensevelie sous les décombres : sur le haut du plateau, on ne voyait plus, parmi les restes de quelques édifices byzantins, qu'un amas confus de murailles calcinées qui semblaient dater du moyen âge ; les murs de Tenceinte, écroulés ou partiellement enfouis sous les terres, avaient perdu leur imposant aspect d'autrefois , et les voyageurs qui venaient de visiter la puissante citadelle de Mycènes, si fièrement dressée sur son piédestal de rocher, avaient à peine un regard pour les ruines de Tirynthe, où presque rien ne semblait attirer Tintérét. Pourtant la masse énorme des blocs employés dans la construction, les restes de galeries souterraines curieusement ménagées dans l'épaisseur des murailles, quelques colonnes d'un édifice inconnu dégagées sur le sommet de l'acropole signalaient la vieille forteresse à Tattention des archéologues, lorsque les fouilles récentes entreprises par Schliemann sont venues lui rendre une nouvelle célébrité.
Après quelques sondages essayés en 1876 et presque aussitôt interrompus, M. Schliemann a commencé en mars 1884 l'exploration de Tirynthe et cette fois encore, pendant deux campagnes successives (1884- 1885), la fortune a merveilleusement récompensé ses efforts. Non seulement la vieille enceinte de la citadelle, soigneusement déblayée des terres qui la couvraient, nous a été rendue avec ses tours, ses poternes,
CH.DIEHL