LE YANG-TZE-KIANG. LE LAC PO-YAXG
dans le Pe-tchi-li, nous passons une nuit chez les Jésuites à Ho-kien-fou, et arrivons enfin à Pékin.
Après dix années passées en Chine à deux reprises différentes, j'ai un peu le droit de donner un avis motivé sur ce peuple si étrange et si différent du reste de l'humanité. L'expérience n'a pas notablement changé mes premières impressions, et je suis aujourd'hui aussi antipathique à cette société que je l'étais le premier jour de mon arrivée. Je maintiens même mon opinion que la race chinoise n'est pas susceptible de grands progrès tant qu'elle n'aura pas subi une révolution ethnographique importante. M. Renan, en parlant de ce peuple, s'est servi de l'expression : humanité inférieure; il a pleinement raison. Cependant le jugement du Père Félix sur ce même sujet, jugement prononcé du haut de la chaire de Notre-Dame, est peut-être plus juste encore : k Ce peuple, dit-il, a passé de l'enfance à la vieillesse sans traverser l'âge mûr. »
Oui, la Chine, telle qu'elle est aujourd'hui, agonise, et c'en est fini de Confucius, des mandarins, des bateaux de fleurs et de la légende du Fils du ciel. Les barrières ont été brisées, et le moment n'est pas éloigné où ce flot de sang jaune va inonder le reste du monde et amener le bouleversement le plus complet que l'humanité ait jamais subi. Si le lecteur veut bien me suivre dans le volume suivant, nous retrouverons les Chinois à l'œuvre aux Indes, dans les
détroits, au Japon, aux Etats-Unis, et il pourra se rendre compte que le danger n'est ni imaginaire ni éloigné, qu'il frappe à notre porte, et qu'au premier jour il se trouvera mêlé au débat social qui nous divise déjà. De la Chine et de son émigration dépend la solution du problème : agréable ou non, c'est une vérité incontestable qu'il faut envisager de sangfroid
Comme ouvriers, depuis celui qui côtoie l'artiste jusqu'au simplemanouvrier, lesChinois ont unesupériorité écrasante, par la force de leur constitution, par leur sobriété et par leur habileté. Il faut donc s'attendre, dès qu'ils paraîtront quelque part, qu'ils seront tout de suite les maîtres de la production et qu'ils tueront toute concurrence.
Au contraire, comme philosophes, inventeurs, artistes, leur influence est et restera nulle ; ils ne s'élèveront jamais au-dessus du -rang de contremaître ou de sous-officier, et ils seront forcés de nous appeler à eux s'ils veulent exploiter leurs richesses minérales.
Donc le mélange entre les deux sociétés et les deux contrées est inévitable. La main-d'œuvre subira chez nous un abaissement considérable; mais, par contre, les blancs trouveront plus facilement en Chine l'emploi de leur intelligence et de leur science. Si c'était là le seul côté de la question, on pourrait l'envisager sans trop de crainte, car le résultat final