‹ Excursions autour du monde (volume 2)Chapitre 9 sur 11 · LE YAXG-TZE-KIANG. LE LAC PO-YAXG · texte numérisé non relu

LE YAXG-TZE-KIANG. LE LAC PO-YAXG

dans un lit surélevé d'une quarantaine de pieds audessus du niveau de la plaine.

Quand une fissure se produit, ce sont d'horribles catastrophesdontles conséquences sont incalculables. Ainsi le dernier événement de ce genre a eu pour résultat de changer le lieu de l'embouchure du fleuve; précédemment il venait se jeter dans la mer Jaune, non loin de son frère le Yang-tze-kiang; aujourd'hui il a abandonné celle mer et vient verser ses eaux dans le golfe du Pe-lchi-li, non loin de Tien-tsin.

Nous arrivons d'assez bonne heure au bord du fleuve, et nous trouvons les employés des bacs disposés à effectuer notre transbordement. Quand nos personnes, nos voilures, nos animaux furent tous embarqués sur de larges radeaux, on les détacha du rivage; un ou deux coups de godille, et nous voilà lancés à la grâce de Dieu dans ce courant terrible, tournant sur nous-mêmes comme des lotons; c'était très-effrayant, mais au fond peu dangereux, quand le vent ne se mêle pas de l'affaire. Nous allâmes aborder sur l'autre rive à dix kilomètres en dessous ; mais le temps de réunir de nouveau tous les radeaux et de nous débarquer, et la journée s'était presque écoulée. Nous fumes donc forcés de passer la nuit non loin de là, dans l'une des plus mauvaises auberges que j'aie jamais vues.

Le lendemain nous entrions dans la province du Chan-toung; c'est celle des provinces de la Chine où

Ton voit la prostitution la plus éhontée. Dès que la nuit al-at ses voiles, les filles sortent par troupeaux de leurs tanières, habillées de soieries aux couleurs voyantes, aux broderies éclatantes, mais fanées et tachées, coiffées de fleurs artificielles, couvertes de bijoux faux et de fard, et armées d'une guitare ou d'un tambour de basque. Elles partent à la recherche de celui qui voudra bien payer leur souper ; elles remplissent les cours des auberges, s'accroupissent sous les vérandas où elles font grincer les cordes de leurs instruments et glapir les notes de leur voix. Si ce bruit ne suffit pas à attirer le voyageur enfermé à quelques pas de là dans sa chambre, un monsieur complaisant ou à son défaut l'aubergiste viennent vous proposer de régler le programme d'un concert en votre honneur.

Ces filles sont très-jeunes et dépassent rarement l'âge de vingt ans; ce sont des malheureuses qui ont été vendues à l'âge de dix ou douze ans à ces impresari par leur père ou leur frère aîné. Dans une de ces auberges, le maître de la maison nous fit remarquer une de ces filles, nous disant : « C'est ma propre fille; je l'ai vendue un bon prix, il y a cinq ans, à cet individu qui est là-bas. Au fond, c'est une bonne affaire qu'il a faite; si j'avais prévu que la petite eût autant de succès, j'aurais exploité moi-même son talent à mon compte. »

Après deux ou trois jours de marche, nous rentrons

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