LIVRE TROISIÈME
UTomarcliie d'Acarnanie et Etoile.
En traversant obliquement le golfe une seconde fois, on arrive à Lépante, chef-lieu d'une des éparchiesde la nomarchie d'Acarnanie et Étolie. Lépante rappelle un des plus grands événements des temps modernes. C'est, en effet, dans les eaux de Lépante qu'a été remportée la victoire qui a commencé la décadence de l'islamisme et délivré une partie de la Méditerranée de la terreur qui pesait sur ses côtes. Il n'est pas de voyageur qui , en débarquant en Italie , n'ait remarqué sur le port de Livourne la statue en marbre du grand-duc de Toscane , Ferdinand l^r, due au ciseau de Giovanni dell' Opéra , avec les quatre Turcs de bronze, œuvre de Tacca, enchaînés aux angles. Ce monument est une preuve
252 AGÂRNANIE ET ÉTOLIE.
de la joie causée par la défaite des barbares. L'Orient chrétien est justement fier d'avoir fourni à la flotte occidentale de nombreux marins et d'intrépides soldats. Ce jour-là, tout le monde fit son devoir avec une admirable abnégation. Les Latins travaillèrent à la résurrection des Orientaux et préparèrent la grande journée de Navarin, ce mémorable triomphe de la chrétienté unie contre l'islamisme. De leur côté, 8000 Hellènes combattirent sous les drapeaux de l'Occident avec la même ardeur que si la croix grecque eût brillé sur les navires des alliés. Ce n'est pas la seule fois qu'on vit, depuis la prise de Constantinople, cet accord vraiment chrétien. A Chalcis, à Rhodes, à Méthone, à Naupli, à Corfou, à Famagouste , à Nicosie, etc., les milices helléniques secondèrent vigoureusement les catholiques. Toutes les fois que les Occidentaux ont respecté l'indépendance de nos églises, toutes les fois qu'ils n'ont pas cédé à ce zèle persécuteur que la papauté inspire trop souvent à ses partisans, ils ont trouvé en Orient des frères disposés à s'entendre et à combattre avec eux contre l'ennemi commun de la civilisation européenne. L'aspect de Lépante n'est point en désaccord