PARTIE J. — LIVRE III
fines. Mais la siluation de la ville donne à la pêche une importance exceptionnelle. Un de ses revenus les plus considérables est le poisson péché dans la lagune et dans le grand lac de Trikhonis , et dont on sale chaque année un million de litres. On peut y ajouter la boutargue qui est excellente et qu'on fait avec les œufs du muge y poisson très-abondant dans la Méditerranée. On sale ces œufs , on les broie et on les réduit en une pâte qu'on fait sécher au soleil.
Les souvenirs glorieux que rappelle le siège de Missolonghi avaient récemment mérité à cette ville d'obtenir la fondation d'un gymnase qui avait 35 élèves. L'école hellénique était fréquentée par 160 élèves , et l'école communale par 350 enfants. C'est assurément pour une population de 6500 âmes un grand nombre d'établissements destinés à l'instruction. Aucune race de la péninsule orientale n'est en mesure de lutter avec les Hellènes sur ce terrain. Ce zèle admirable pour la science est même fort rare en Occident, et on ne le trouve guère que chez les nations d'origine germanique ; car dans le puissant Empire français, la moitié de la population ne sait pas Ure. Je n'ignore pas que certaines
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gens ont trouvé le secret de faire aux Hellènes un sujet de reproche de leurs goûts studieux ; car le savoir est suspect aux utopistes qui prétendent qu'il est nuisible à la morale, à la religion, à la famille , à la propriété, etc., etc. De pareilles litanies, dont on a tant fatigué, depuis dix ans, les oreilles des personnes sensées, peuvent être répétées à Rome ou à Madrid , là où la lecture de la Bible elle-même est considérée comme dangereuse*. Mais la Grèce est trop fidèle aux traditions qui ont fait sa gloire pour accepter jamais les sophismes de l'obscurantisme. D'ailleurs, elle a un intérêt national à propager l'enseignement des lettres helléniques. N'est-ce pas cet enseignement qui, grâce aux Voulgaris , aux Thélokis', etc., a réveillé énergiquement le sentiment patriotique?
Les Hellènes étaient tellement convaincus que rinslruclion était l'auxiliaire nécessaire de leur cause, que la guerre nationale elle-même ne parvint pas à la leur faire oublier. M. G. Cléo-
* Voy. G. Borrow, The Bible in Spain, 1843.
• A. Stourdza , Souvenirs et images: E. Voulgaris et iV. ThéotoliiSj précurseurs du réveil intellectuel et national de la Grèce y extrait traduit du russe par A. Soutzos. Athènes 1856.