PARTIE II. — LIVRE I
trop inégales. On a attribué tantôt aux empereurs de Byzance, tantôt à l'Église orthodoxe, la ruine de la nationalité grecque. L'histoire, tout en constatant la funeste influence du despotisme des Césars, est loin de leur attribuer tout le mal. La Grèce avait usé ses forces dans la conquête de l'Asie et du royaume des Pharaons. Tandis que ses artistes, ses poètes, ses savants, établis dans les cours des successeurs d'Alexandre , portaient en Syrie et dans l'Afrique égyptienne la civilisation hellénique , la mère patrie perdait (rfiaque jour ses moyens d'action et de défense. L'Achaïe et l'Étolie donnaient seules quelques signes de vie. Un historien philosophe, observateur pénétrant, atteste que déjà la Grèce était dépeuplée. Le découragement, funeste compagnon de l'impuissance, envahissait les âmes. La dernière étincelle' d'ardeur patriotique s'était réfugiée au cœur de Philopœmen. Le héros de Mégalopolis , sans se laisser abattre par la chute des Étoliens, qui entraînait celle de la Grèce continentale, voulait fermer le Péloponèse aux Romains et en faire la citadelle de l'indépendance. Sous sa direction , la ligue achéenne eut encore assez d'éclat pour recevoir des am-
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bassades des rois d'Orient, et pour obliger Rome à unir la ruse à la violence. Mais le parti oligarchique de Messène, soumis à l'influence de l'étranger, réservait au «dernier des Hellènes» une mort qui rappelle celle de Socrate. Stratège pour la huitième fois à l'âge de soixante et dix ans , Philopœmen fut pris dans un combat contre les Messéniens. On le conduisit à Messène, où les traîtres qui vendaient la Grèce au Sénat romain, lui firent boire la ciguë (483 avant Jésus-Christ) . Avec cet héroïque vieillard , la Grèce ancienne descendit au tombeau. Quelques années après, la Macédoine livrait à Pydna sa dernière bataille (22 juin 168). Dans l'antiquité, la pitié pour les vaincus était inconnue. Afin de récompenser l'armée qui avait vaincu Persée , on lui abandonna l'Épire. Soixante et dix villes furent saccagées et 450,000 personnes réduites en esclavage. On voulait évidemment achever la dépopulation de la Grèce. En Étolie, le Sénat tout entier, composé de 550 membres , fut égorgé. Les meilleurs citoyens de la ligue achéenne moururent sur la terre étrangère. Quand Rome leur permit de revenir, ils n'étaient plus que 300. Mais ces bannis n'avaient pas perdu toute