‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 168 sur 284 · PARTIE II. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE I

Doriens, vigoureux peuple montagnard du nord de la Grèce, changea toute la face du pays. Les Héraclides , expulsés primitivement du Péloponèse , vinrent à leur tête revendiquer leurs droits. Les Âchéens et les Pélasges, populations agricoles, n'étaient pas en état de tenir tête à ces rudes guerriers , qui s'emparèrent de la plus grande partie de la presqu'île et refoulèrent les Achéens sur la côte septentrionale que les Ioniens furent forcés d'abandonner. Au milieu de toutes ces révolutions les Pélasges se maintinrent au centre, en Arcadie, comme ils se sont maintenus dans les âpres rochers de l'Albanie, où leur humeur belliqueuse et turbulente les empêche encore d'accepter la civilisation moderne.

L'Achaïe , longue lisière de terres et de rochers, pays alors pauvre et stérile, resserré entre la mer, les montagnes de l'Arcadie et de rÉlide, devint l'asile d'une nation qui avait joué un si grand rôle à la guerre de Troie , première lutte de TEurope contre l'Asie , et qui succomba environ quatre-vingts ans après la prise d'Ilion: Les villes achéennes vécurent d'abord modestement, mais unies, formant une confédération sans influence , qui pourtant combattit à Chéro-

344 ÂGHAÏE ET ÉLIDE.

née. Les Macédoniens s'en vengèrent en les tourmentant. Vers 281 avant Jésus -Christ, Fatras et trois autres cités s'unirent contre leurs maîtres , c toutefois , dit le grand historien Polybe , cette confédération était bien faible , loi^que Aratus y fit entrer la puissante ville de Sycione. » La confédération achéenne réalisa un élat social que ni Athènes , ni Sparte , ni Thèbes n'avaient imaginé. Toutes les cités de la ligue avaient mêmes poids , mêmes mesures , même monnaie, aucune n'était en état d'en opprimer une autre. Une pareille ligue pouvait, en réunissant les forces de la Grèce , réparer les fautes du passé et préserverles Hellènes du joug deRome. De cette façon, une funeste antipathie ne fût pas née entre les deux grandes nations pélasgiques , dont la mission réelle était de propager la civilisation dans le monde barbare jusqu'aux extrémités du nord et du midi. Mais Aratus ne put triompher ni de la turbulence des Étoliens, ni del'égoïsrae traditionnel de l'aristocratie Spartiate. 11 put voir, avant de mourir, la lutte engagée entre Philippe V, roi de Macédoine , et les Romains. Malheureusement, entre la puissante république latine et la Grèce épuisée , les chances étaient

Page 1