PARTIE II. — LIVRE I. S4f
quelque chose de son ancienne splendeur. Chaque jour le commerce augmente sa prospérité. La situation de cette ville, que je parcourus le lendemain de mon arrivée , est réellement fort belle. L'horizon est fermé à Touek par Céphalonie, qui sort des flots comme une vaste montagne , par Ithaque et par les sommets vaporeux de Leucade. Du côté de TEtolie se dresse le pic élevé du Taphiasius, plus à l'occident, la montagne de Chalcis et les marais salants de Missolonghi. La citadelle, bâtie au sommet d'un contre-fort du mont Panacbaïcos , près de l'antique acropole, dont il reste quelques vestiges , domine Patras avec ses murs à créneaux.
L'espace qui s'étend entre cette citadelle et la ville nouvelle est couvert de jardins et de maisons antiques, dont quelques-unes ont encore la forme turque. Les habitations de Patras, qui ont deux ou trois étages , sont construites sur des arcades , de sorte qu'on peut parcourir les larges rues à l'abri du soleil, comme à Turin et à Padoue. Mais la promenade publique, située près du port , laisse beaucoup à désirer. La plaine qui environne la ville est riche en vignes , en orangers et en oliviers.
350 AGHAÎE ET ÉLIDE.
Patras reçut des Achéens , lorsqu'ils amvèrent de TArgolide , le nom de leur chef PalraBus. Elle devint une des cités les plus florissantes parmi les douze villes de la confédération achéenne. Abandonnée ensuite à cause delà terreur qu'inspiraient les Gaulois , elle fut rebâtie par l'empereur Auguste et dut, dès cette époque, une grande prospérité à son commerce. Elle possédait des sanctuaires célèbres et une fontaine prophétique à laquelle les chrétiens ont depuis attribué une vertu curative et dont les pèlerins sont venus boire avec un empressement singulier. Diane, qui était adorée à Patras, irritée contre Mélanippus et la belle Cométho, qu'elle accusa d'avoir profané son temple , exigea le sacrifice annuel d'un jeune garçon et d'une jeune fille. Ces rites abominables avaient disparu à l'époque où la tradition place la prédication de l'apôtre saint André , qui, dit-on*, y souffrit le martyre. Après le dîner, j'allai visiter la tombe de l'apôtre , où le nomarque de l'Élide et de l'Achaïe, M. Hiliopoulos, me conduisit comme à
*La supposition d'une multitude de pièces apocryphes aux premiers siècles de TÉglise oblige la critique à de grandes précautions. — Voy. A. Maury, Légendes du moyen âge.