‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 172 sur 284 · PARTIE II. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE I

un des monuments les plus dignes d'intérêt. En efiFet, tout ce qui se rattache à Thistoire de la plus grande révolution morale que le monde ait vue mérite Texamen. Le débris de frise antique renfermé dans une église est-il bien le sarcophage du saint? Cette question n'a pas grande importance , puisque le corps qui était considéré comme celui de Tapôtre , ayant été porté à Rome , a été profané par les lansquenets luthériens du connétable de Bourbon. Le clergé voulut bien faire des prières pour moi devant le sarcophage de l'apôtre. Je m'y associai sincèrement, en demandant pour l'Orient et pour la Grèce une effusion de cet esprit fraternel qui animait les héroïques prédicateurs de l'Évangile et sans lequel la liberté n'engendre que des luttes fratricides où périssent la dignité et l'indépendance des peuples.

Le soir j'admirai, dans un magnifique souper que me donnèrent mes parents et amis Soutzos, les beaux fruits que prodigue la riche campagne des environs de Patras. La prospérité dont jouit ce pays a, du reste, été chèrement achetée. Au moyen âge et dans les temps modernes, Patras devint le théâtre de la lutte des différentes na-

lions qui se disputèrent le Péloponèse. Au commencement du neuvième siècle , les Slaves la saccagèrent. Dans les premières années du treizième siècle (1205), à Tépoque où la féodalité latine essayait de s'implanter sur le sol hellénique , Guillaume de Champlitte , comte de Champagne , s'en étant emparé, en fit la capitale du duché d'Âchaïe. Deux siècles après (1408), le dernier duc vendait son duché aux Vénitiens. Après la prise de Constantinople (i 453), Patras tomba aux mains des Turcs. Quoiqu'elle leur eût été enlevée plusieurs fois par les chrétiens, par le fameux Génois André Doria (1533), par les Vénitiens (1687) et par les Russes (1770), elle leur appartenait encore en 1820, lorsqu'elle fut ravagée par un tremblement de terre. En 1821 , les habitants furent les premiers à chasser les Turcs' qui la reprinent. Colocotronis l'assiégea, mais en vain, à cause des dissensions qui paralysaient son armée*. En 1828, les Turcs furent définitivement expulsés par les Français.

Si l'on veut avoir une juste idée du dévelop-

*Tricoupis, Histoire de la révolution hellénique, I, p. 78 et suiv. ; II, p. 80-83.

«Tricoupis, II, p. 136-137, 165-175, 261 ; III, p. 74.

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