PARTIE II. — LIVRE I
les tyrans de la Grèce , comme les colombes peureuses qui font leur nid dans les cimetières ! » Pour comprendre Fénergie de ce langage, il faut se reporter aux circonstances. La Turquie de 1821 n'était pas l'empire débile et ruiné de 1862. Elle disposait de ressources financières considérables. Le sultan avait encore cent soixante cohortes de janissaires , milice d'élite , très-solidement organisée, à laquelle étaient dues les victoires de Varna et de Kossovo; trente mille hommes employés au service de l'artillerie ; de nombreux délis (éclaireurs) dispersés dans toutes les provinces ; quinze vaisseaux de ligne , dix-sept frégates , vingt-quatre corvettes et un grand nombre dev aisseaux moins importants. Cette marine pouvait être au besoin appuyée par l'Egypte et par les belliqueux États barbdresques, que la conquête d'Alger n'avait pas réduits à l'impuissance. Les Albanais et les Bosniaques musulmans n'avaient pas dégénéré de la valeur de leurs pères , et le goût du pillage autant que leur humeur guerrière les animait des dispositions les plus hostiles aux chrétiens. La Grèce > que les padishahs n'avaient jamais pu soumettre à l'islam, était, depuis Tinsurrec-
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tion de 1770, surveillée d'une manière spéciale. Quatre-vingt mille Musulmans répandus dans vi]?gt forteresses, les colonies militaires du Péloponèse et de Tîle de Crète étaient cbar-
gés de la docilité du continent et des îles. C'est en se rappelant ces détails qu'on peut se faire une juste idée de l'énergie des prélats et des chefs qui levèrent à Lavra le drapeau de l'insurrection et que les atroces supplices, qui charmaient les pachas, attendaient infailliblement.
Lorsque je rentrai au monastère, on me montra deux tableaux d'une exécution plus que médiocre, mais qui n'en font pas moins d'impression dans un pareil endroit. L'un représente Ghermanos*, tenant le drapeau d'une main et la croix de l'autre. Le prélat se tient au milieu d'un groupe d'hommes et de femmes qui prêtent serment. La plus rapprochée est, dit-on, l'intrépide Bobolina, qui lève les yeux vers la croix. Plus bas on voit la mère de Zaïmis qui exhorte son ûls à rester fidèle à la devise dudra-
* On voit un prélat du même nom , Germanus, bénir Geneviève, qui délivra Paris de l'invasion des Huns, peuple finnomongol comme les Turcs.