PARTIE II. — LIVRE I
que le café bouillait et que le poisson rôtissait devant un feu allumé avec des branches de thym, la chèvre, ennuyée de sa captivité, entraîna avec elle le berceau dont quelques grappes à moitié mûres fournirent un excellent dessert. Xjfte grive qui tomba du platane semblait aussi s'offrir d'^He-même , comme les cailles du désert aux Israélites. Mais je n'avais pas besoin de toutes les mer;^eilles de la vie orientale pour calmer iT; f appétit. J'accueillis la grive avec la plus irdiale hospitalité, je la mis à Fabri sous ma y antille , et lorsque je remontai à cheval , je ne voulus confier à personne le soin de la placer sur une branche solide de son platane. A six heures , je me dirigeai vers le Ladon aux eaux d'azur, que je traversai. Le cours du Ladon est si impétueux, qu'il emporte avec ses rives des arbres qu'il entraîne dans l'Alphée. Ces arbres poussent avec une vigueur extraordinaire. Grands saules, immenses platanes, chênes superbes, pins magnifiques se pressent aux bords de la rivière et laissent pendre de leurs rameaux des vignes vulpines et des clématites. La lune éclairait ce frais paysage d'une lueur pâle et charmante. Elle se reflétait dans les ondes de Tagus
(rivière de Dara) , affluent du Ladon , lorsque je le passai.
11 faudrait suivre le cours du Ladon jusqu'à son embouchure dans TAlphée pour trouver l'Arcadie des pastorales, en évitant toutefois de choisir la saison où les eaux sont troublées par la fonte des neiges. Pausanias avait éi!^, autant que moi , charmé de l'aspect de cette contrée , puisqu'il dit que le Ladon « n'est inférieur en beauté à aucun des fleuves de la Grèce jyi des pays barbares. » La variété des aspects n\ l pas le moindre agrément des paysages arcat^ens arrosés par le Ladon. Aux prairies verdoyantes succèdent des collines couvertes de pins ; un coteau aride est remplacé par une forêt de chênes ; après avoir admiré des platanes gigantesques , l'œil se repose sur les saules qui couvrent les îles formées par la rivière. On comprend aisément que ces beaux lieux aient été le séjour des nymphes. Là vécut, dit Philostrate, Daphné, fille du Ladon ; là elle aima le beau Leucippe , fils du roi de Pise. Leurs amours n'échappèrent point à la jalousie d'Apollon , et lorsque Leucippe eut péri sous les flèches des nymphes irritées de ce que , pour plaire à Daphné , il s'é-