PARTIE II. — LIVRE II
est, il est vrai, un plateau élevé, hérissé de montagnes escarpées, coupé de vallées profondes, où les hivers sont longs et rudes, où la neige, malgré l'ardeur du soleil, se conserve sur les hauts sommets couronnés de sapins, jusqu'au cœur de l'été. Les torrents sont fougueux, les plaines rares, l'agriculture n'a pas encore rendu au sol l'aspect de la vie et de la prospérité. Des paysages austères, mais grandioses, telle serait la physionomie générale de l'Arcadie, si certains sites n'unisisaient pas la vigueur à la grâce. Les rives du Ladon et de l'Alphée éveillent certainement dans la pensée d'autres idées que celle d'une «Suisse médiocre. » L'Alphée, tant vanté par les poètes, est le plus beau fleuve de ce Péloponèse, où l'on admire justement l'Eurotas. Quant aux magnifiques cascades de la Néda, si souvent célébrées par les anciens, elles peuvent être comparées aux fameuses cascatelles de Tivoli.
On voit dès la plus haute antiquité établi dans les gorges de l'Arcadie le peuple mystérieux qui a donné son nom au raimeau le plus illustre de la race indo-européenne. Sur la chaîne du mont Lycée ses ancêtres étaient «nés avant la lune. »
464 ÂRGADIE.
Selon le poëteAsius^ Pélasgus, son père, était le premier homme que la terre eût enfanté. Ce fut lui qui enseigna aux hommes à se couvrir de peaux de bêtes , à s'abriter dans des cabanes et à manger les fruits du hêtre. Lycaon , son fils, bâtit sur le Lycée «la première ville que le soleil ait vue. i> Malgré ces traditions qui flattaient leur vanité nationale y il faut chercher le berceau des Pélasges au point de départ de leur race , c'està-dire entre la mer Caspienne , les déserts de l'Asie centrale et la chaîne de l'Hindou-Koh. Arrivés dans la Grèce primitive ils envoyèrent de nombreuses colonies en Italie. Une de ces colonies, fondée par l'Arcadien Evandre, — je rapporte cette tradition célèbre sans la garantir, — était destinée à imposer des lois au monde.
On n'aurait aucune idée de la civilisation de ces époques lointaines sans l'existence des monuments pélasgiques qui en Grèce et dans la péninsule italique ont bravé les injures du temps. Le nom de « cyclopéens » qu'on leur donne ordinairement atteste assez leur caractère gigantesque. Des travaux pareils à ceux du lac Copaîs , que nos contemporains hésiteraient à entreprendre, prouvent quelle importance les Pélasges