‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 225 sur 284 · PARTIE II. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE II

attachaient à Tagriculture. Ce qu'on sait de leur histoire montre qu'ils étaient plus énergiques que capables de s'intéresser à la culture des lettres et des arts. Sous un ciel rude les tendances belliqueuses s'exagèrent encore. La passion de la guerre était si commune ^chez les Arcadiens qu'ils préféraient , ainsi que les Albanais de nos jours, lé service mercenaire au repos. Loyaux, hospitaliers, bienfaisants, ces pasteurs devenaient vraiment terribles quand leur liberté était menacée. Aussi parvinrent-ils à sauver leur nationalité quand les tribus helléniques donnèrent à la Grèce une civilisation qui devait, par sa supériorité, effacer les souvenirs de la période pélasgique.

Les Arcadiens , population pauvre et austère qui ne cultivait d'autre art que la musique, étaient nés pour une organisation démocratique. Ils formèrent de petits États indépendants, qui n'échappèrent pas plus aux luttes fratricides que les phars de l'Albanie. Deux cités rivales et presque toujours ennemies , Tégée et Mantinée , situées près de l'Argolide et de la Laconie , exerçaient seules quelque prééminence, en cas de danger commun. Mais un accord passager n'était

pas suffisant pour tenir tête à l'ambition des Lacédéraoniens. Lorsque Sparte, après avoir abattu toute résistance dans le Péloponèse , devint l'arbitre de la Grèce, les Arcadiens sévirent obligés de servir les projets de l'aristocratie dorienne. Epaminondas les délivra d'un joug qui , devenait chaque jour plus lourd. Ils entrèrent les premiers dans la ligue achéenne, où leur compatriote, le Mégalopolitain Philopœmen, joua un rôle si éclatant. Polybe , fils de Lycortas , un des chefs de la ligue achéenne , né aussi à Mégalopolis , contribua également à la gloire de son pays par la publication de son Histoire générale. Bossuet et Montesquieu lui ont emprunté une multitude de considérations pour écrire le Discours sur l'histoire universelle et la Grandeur des Romains. Si Polybe n'a pas la grâce ionienne d'Hérodote , ni l'art consommé de Thucydide , il est le type de ces historiens philosophes et impartiaux qui semblent faits pour être les organes de la raison. Le génie plus pratique que brillant des Pélasges a trouvé son idéal dans cet écrivain patriote et convaincu qui eut le bonheur, à la fin d'une glorieuse carrière , de sauver les statues de Philopœmen.

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