PARTIE I. — LIVRE I
et parfumées sans, disait-on, qu'aucune plante pernicieuse pût y prospérer. Maintenant il ne reste à l'Hélicon que quelques bouquets d'arbres, débris de sa luxuriante chevelure, et l'Hippocrène n'est plus qu'un filet d'eau. Malgré la religion, qui avait pris les arbres sous sa protection en les représentant comme le séjour des Oréades et des Dryades, on ne les épargna pas dans les guerres sans merci de l'antiquité. Les vignes de l'Attique coupées par les Lacédémoniens excitèrent avec raison la colère des Athéniens. Les invasions des barbares n'ont pas seulement renversé les cités, brûlé les bibliothèques, détruit les chefs-d'œuvre des arts, décimé les populations, elles ont enlevé au sol lui-même le principe de sa fécondité. On sait ce que sont devenus sous la domination ottomane les pays les plus fertiles du monde. Le général du pacha d'Egypte, — le plus civilisé des pachas, — avait organisé l'incendie des arbres utiles, et ses bandes étaient employées régulièrement à dépouiller la Morée de ses richesses végétales. Les Hellènes, qui ont construit de nos jours plus de 100,000 maisons',
* Depuis la guerre de rindépendance , le chiffre des maisons s'est élevé de 94,927, valant 97,840,269 dr., à 208,605, estimées
fait sortir de leurs ruines les villes d'Athènes , de Sparte, de Palras, d'Argos, de Missolonghi, de Naupli, etc., n'ont pas seulement à relever les cités saccagées: ils doivent rendre à la terre cette verdoyante parure qui, surtout dans les climats brûlants, peut seule en faire pour notre espèce un séjour agréable. En effet, quand la montagne est déboisée, la terre végétale ne tarde pas à être emportée par les pluies , et les monts se transforment en squelettes calcaires. On voit se tarir la source qui fertiliserait la vallée. A la place de la rivière au cours paisible et régulier, gronde, l'hiver, le torrent destructeur, et du lit desséché des cours d'eau s'exhalent, l'été, des miasmes empoisonnés.
La domination des Turcs n'ayant rien fait pour remédier aux maux des invasions, lès forêts et les bois, qui viennent très-lentement dans les pays où manque l'humidité, restèrent livrés à l'incurie des bûcherons et des pâtres. Ces derniers ont appris des propriétaires de troupeaux que la manière la plus commode de nourrir leurs moutons et leurs chèvres est de leur abaa-
à 323,667,857 dr. — Rapport (lithographie) au roi par M. Coumoundouros , p. 5.