PARTIE I. — LIVRE I
remportait à Mycale une éclatante victoire. Un autel fut dressé sur Ja place publique de Platée à Zeus libérateur, et sur la proposition d'Aristide, la cité qui avait déjà rendu tant de services à Marathon, fut déclarée «inviolable et sacrée. »
Dans le cours d'une seule année, la Grèce avait vaincu à Salaraine , à Platée et à Mycale. Les grandes luttes nationales font naître les grands écrivains. La guerre médique trouva dans Hérodote un historien sans égal, et dans le chantre de Prométhéeun poëte capable de peindre en traits grandioses le triomphe de l'Europe sur la barbarie asiatique. La fière exaltation d'un peuple qui doit sa victoire à son amour de la terre natale et de l'indépendance , éclate dans la tragédie des Perses. Eschyle comprend si bien qu'il ne s'agit pas d'une bataille ordinaire, mais de la victoire d'un printipe appelé à rendre avec le temps tout despotisme impossible , qu'il s'écrie d'un ton triomphant: «La langue des hommes ne sera plus enchaînée; le peuple affranchi exhalera librement sa pensée, car le joug de la force est brisé ! »
Les ruines que j'avais sous les yeux me transportaient bien loin de l'idéal salué par le peintre
inspiré de la vie héroïque ! La Grèce avait en vain déclaré Platée une cité c inviolable et sacrée. » Unies contre les Perses, Sparte et Athènes n'avaient pas tardé à devenir ennemies acharnées. L'or du grand roi entretint ces fatales divisions. D'ailleurs entre Lacédémone et Athènes Taccord était difficile; la première représentait Télénient dorien, stationnaire, inculte, agricole et aristocratique; Athènes était la cité des Ioniens, des lettrés , des artistes , des marins et des démocrates. La guerre du Péloponèse fit éclater toutes ces antipathies. Platée, alliée constante d'Athènes, fut impitoyablement rasée par les Lacédémoniens qui donnèrent son territoire aux Thébains. Une fois engagée dans la voie des discordes , la Grèce, incapable d'arriver à l'union nécessaire à sa défense, devait infailliblement aboutir à la domination étrangère. Les mêmes causes amenèrent plus tard la conquête des Gaules , comme elles livrèrent aux barbares les descendants des soldats de Cécilius Métellus et de César. Combien de fois encore l'histoire présentera-t-elle le décourageant spectacle de pareilles erreurs ?
J'avais hâte d'oublier le désastre de Platée. Je m'empressai donc de partir pour Leuclres, nom