‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 30 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE I

qui fait plus d'honneur aux Thébains. Arrivée à Arkopodi, où coule une limpide fontaine, j'aperçus du haut d'un mamelon une jolie .vue, bornée au nord par une couronne de monticules au pied desquels coule le Thespios. J'avais devant moi le champ de bataille de Leuctres et j'étais à l'endroit où probablement on érigea le trophée. La prise de Platée n'était que le prélude des succès de Lacédémone. Là guerre du Pélopônèse devait lui assurer momentanément la domination de la Grèce. Pour maintenir cette domination, Sparte ne se montra ni très - scrupuleuse ni fort héroïque. La Grèce, si fière au temps où Athènes y occupait la première place , fut réduite à subir le traité d'Antalcidas , qui consolait les Perses des désastres de Platée et de Mycale. Au lieu de travailler à unir les Hellènes contre l'ennemi commun , Sparte s'efforça de les diviser. Afin de maintenir Thèbes, elle releva Platée et autorisa les citoyens de cette ville qui avaient échappé au désastre à rebâtir leurs murs. La Cadraée fut même occupée par les troupes lacédémoniennes. «On pourrait, dit Xénophon luimême, si favorable à Sparte, citer beaucoup de faits de celte époque qui prouveraient que les

dieux ont l'œil ouvert sur les impies et les méchants. Ainsi les Lacédéraoniens, qui avaient juré de laisser aux villes leur autonomie et néanmoins gardaient la forteresse de Thèbes, furent punis par ceux-là mêmes qu'ils opprimaient, i^

Un vaste mouvement des esprits , parti d'Athènes, avait profondément remué les intelligences béotiennes. La philosophie, — il est important que les Orientaux le comprennent s'ils veulent reprendre leur rang dans le monde, — joue dans les affaires un rôle aussi considérable que la religion et la politique. Les philosophes de la Renaissance, disciples de la Grèce, n'ontils pas préparé le vaste mouvement de la Réformation qui a changé la face de l'Occident ? Le cartésianisme n'a-t-il pas imprimé son cachet à tout le dix-septième siècle ? La révolution française n'est-elle pas sortie, tout armée , des salons où se réunissaient les encyclopédistes ? Cela est si vrai qu'on peut retrouver dans chaque école politique l'influence d'un penseur : le libéralisme monarchique de Montesquieu dans Mirabeau, dans Lafayette et dans Bailly; le génie absolu, étroit et misanthropique du philosophe de Genève dans le « vertueux » Robespierre et .ses farouches

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