‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 46 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE I

dont l'hospitalité gracieuse était bien de nature à faire oublier les petites tribulations de la nuit précédente, je me dirigeai vers l'antre célèbre de Trophonius, creusé dans un rocher qui domine la ville. Les anciens avaient la passion de connaître l'avenir, et l'ombre de Trophonius rendait des oracles aussi bien que la Pythie et les chênes de Dodone.

La légende de Trophonius est trop confuse pour que j'essaie de l'éclaircir. Trophonius est, selon les uns, un dieu pélasgique qui présidait aux forces nourricières et curatives de la terre, et, selon d'autres , un héros honoré à Lébadée à cause de sa faculté prophétique qu'on supposait, d'après les idées du temps, avoir persévéré après sa mort. Quoi qu'il en soit, l'oracle qui portait son nom doit son origine à une observation qui n'avait pas échappé à la sagacité des anciens. Ils avaient remarqué que de certaines grottes s'exhalaienl des gaz capables de troubler l'imagination ; «grâce à l'espèce de fureur qu'inspirent ces exhalaisons , dit Apulée , des hommes deviennent prophètes et révèlent l'avenir. » — «Il est des exhalaisons qui font rendre des oracles , dit l'auteur du Traité du monde attribué à Âristote, comme à Lébadée

et à Delphes. > Sous l'action stupéfiante de ces exhalaisons , on s'imaginait voir Trophonius ou entendre desvoix extraordinaires. Non-seulement on apprenait l'avenir de cette façon, mais on pouvait assister aux horreurs du Tarlare. Les récits de plusieurs témoins oculaires montrent avec quelle adresse les prêtres rendaient plus énergique l'action des principes naturels. Sous l'influence de ces diverses causes, le consultant épuisé par ce genre de délire qui fait passer devant les yeux les images les plus incohérentes , sortait de l'antre , « saisi d'efiroi , méconnaissable à soi-même et aux autres. » Ce sont les pai'oles de Pausanias qui «n'en parlait pas par ouï-dire. ]> Une manière si efiîcace d'agir sur l'imagination des multitudes était trop précieuse pour que la tradition s'en perdît, et les prêtres n'eurent pas de peine à faire voir aux crédules Irlandais dans le purgatoire de Saint-Patrice* les plus belles scènes de l'antre de Trophonius. «Là, dit un voyage a ce fameux purgatoire, avait hommes et femmes de divers aages qui se gisaient tous nus trestous estandus à terre, le ventre dessoulz, qui avaient des clous ardents fichiés parmy les

* Wright, 5. Pa/rice Pttrgfotory.

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