PARTIE m. — LIVRE III
n'est pas mieux constatée. Il est clair que lorsque Cimon fut envoyé d'Athènes pour apporter de Skyros les restes du héros, on le regardait comme un personnage historique. Ce fait montre que le culte des reliques , qui est resté si populaire en Grèce , est une tradition nationale. L'épaule dePélops, l'orteil de Pyrrhus , etc. , guérissaient les malades , et les villes helléniques se disputaient ces taUsmans avec l'acharnement qu'on a vu revivre dans les cités du moyen âge. Ces reliques étaient quelquefois aussi fantastiques que celles de nos jours. Thèbes gardait les os de Géryon qui avait trois corps , et Tégée , les cheveux de Méduse. Les os de Géryon et les cheveux de Méduse valaient presque la plume de l'archange Gabriel, restée dans la chambre de la Vierge à Nazareth , dont le frate CipoUa (frère Oignon) de Boccace * veut se servir pour rançonner les paysans toscans de Certaldo. Dans son discours «l'éloquent religieux» — comme on dirait aujourd'hui — raconte que le patriarche de Jérusalem lui a montré un doigt du Saint- Esprit; le toupet du séraphin qui stigmatisa saint François d'Assise ; un ongle de chérubin ;
* Decamerone , G. VT, nov. X.
quelques rayons de Téloile des mages ; une fiole de la sueur de saint Michel luttant contre le diable. Ces belles histoires n'auraient pas para trop invraisemblables aux contemporains de Socrate , qui admiraient dans TErechthéion Folivier qu'Athéné avait fait sortir de terre dans sa contestation avec Poséidon , ou qui allaient vénérer à Délos le palmier sous lequel étaient nés Apollon et Artémis. Plus tard , les Hellènes ne parlaient-ils pas de l'arbre qui, à Hermopolis, s'était incliné devant le Sauveur pendant la fuite en Egypte * ? Ne soyons pas trop pressés de rire de la crédulité de nos pères. Si les anciens croyaient que les victimes offertes au temple d'Athéné à Néa en Troade ne pouvaient se corrompre, des blessés français recouraient en Crimée à l'eau de la Salette , et j'ai vu plus d'un Oriental accorder à l'eau bénite le privilège de l'incorruptibilité. Comment , avec de telles dispositions d'esprit, pourrait-on résister à l'envie d'employer les reliques, comme on se sert des cornes de corail dans l'Italie du sud, pour se préserver de la fascination (vascania) ? Dans mon voyage à Marathon , j'ai pu jeter un
* Voy. Sozomène, Histoire ecclésiastiqite , 1. V, ch. 6.