PARTIE II. — LIVRE V
pays que tous les monuments. Cependant y n'ai-je pas été obligée de parcourir à cheval presque toute la Grèce ? Quant à renseignement agricole qui devrait exister à divers degrés , élémentaire dans les écoles communales et secondaires , approfondi dans des écoles spéciales, je ne m'aperçois pas qu'on s'en préoccupe sérieusement.
« Permettez-moi , dit le maître d'école , d'approuver la réserve prudente dont on use ici avec de pareilles innovations. Les Anglais , je le sais^ ont adopté tous ces systèmes , conformes à leurs tendances matérialistes , mais les Orientaux n'ont ni leur caractère ni leurs habitudes. Leurs machines sont ici inutiles, personne ne sachant s'en servir. Leurs méthodes ne réussiraient pas mieux , parce que l'esprit de notre peuple ne se prête point à ce genre d'études.
«Il me semble, répondis-je, qu'on peut résoudre toutes ces difficultés. On ne doit point condamner un progrès parce qu'il vient d'un Anglo-Saxon. Autrement il faudrait renoncer aux paratonneres , aux bateaux à vapeur, aux chemins de fer et au télégraphe électrique. Qu'on dise que les Orientaux n'auront jamais de goût pour le pui'itanisme anglais , pour les théo- II 5
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ries à perte de vue sur la « prédestination , » sur le «salut gratuit,» etc., je serai la première à en convenir. Ces systèmes sont des produits essentiellement indigènes, dus à la passion des races germaniques pour les hypothèses théologiques. Mais la chimie agricole n'est pas une hypothèse ! Si Tagriculture est une science anglaise, il me semble que la Grande-Bretagne s'en trouve assez bien pour qu'on ait envie de l'imiter! Mais vous faites tort à votre pays en donnant à la science une origine britannique. Toute science, comme toute philosophie, procède en Europe de la Grèce. Les physiciens, les naturalistes, les physiologistes , les astronomes de l'Occident ne sont que des successeurs des Aristole , des Théophraste, des Hippocrate , des Ptolémée, etc. , de tant de grands hommes dont on a pu compléter les découvertes , mais dont on n'a pas surpassé le génie. La Grèce a eu d'éminents agriculteurs, comme elle a eu d'illustres philosophes et d'immortels artistes. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire les descriptions que les voyageurs anciens nous ont laissées de ce pays. En s'occupant avec ardeur de l'agriculture, la Grèce n'aurait donc aucun besoin de s'inspirer des tradi-