‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 24 sur 339 · PARTIE II. — LIVRE V · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE V

quelques jours, la plus légère pluie détruit toute la récolte , et cause ainsi les plu^ grandes pertes à des vignerons dont elle est l'unique revenu.

La pensée de la terreur que l'ombre d'une nuée peut causer à tant d'ouvriers laborieux me disposa à supporter avec résignation la chaleur torride de l'Argolide. Du reste, cette résignation ne fut plus nécessaire ce jour-là , car , partie de Lerne à sept heures et demie du soir, j'arrivai à Argos à neuf heures. La plaine d'Argos est fertile en orge et en excellent tabac. Elle ne me parut offrir d'autres détails dignes d'être remarqués que les ondulations du terrain, des figuiers de Barbarie, des cyprès, et ces nids aériens sur lesquels les gardes-champêtres veillent à la conservation de la propriété. Ces habitations rustiques reposent sur quatre pieux dont l'un est coupé de manière à servir d'escalier. Là, le garde-champêtre, étendu de tout son long, son. fusil placé à coté de lui, domine les campagnes qui l'environnent.

Je fus accueillie dans la ville du e: roi des rois j avec la plus grande cordialité par l'éparque de l'Argolide, M. Jean Délyanis, appartenant à une

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importante et nombreuse famille du Péloponèse, et par sa femme née Rouleina Cassimatis, belle personne , qui me combla de marques de prévenance, en me répétant que «les femmes me doivent tous leurs soins et toute leur affection. » Le lendemain, les chorophylaques et les guides, prévenus que je me disposais à m'embarquer à Naupli, vinrent prendre congé de moi. Après leur avoir témoigné toute ma satisfaction pour le zèle avec lequel ils s'étaient acquittés de leurs fonctions, je fis mes préparatifs pour aller en voiture à Mycènes.

Fondée près de dix-neuf siècles avani Jésus- Christ, Argos n'eut pas plus à se louer des Spartiates que les habitants de la Messénie. Mais si cette fière cité dut subir trop souvent l'alliance onéreuse de Sparte, elle n'eut pas comme les Messéniens à supporter les affronts et les douleurs de la conquête. Une femme qui l'avait illustrée par ses écrits , la sauva par |on courage. Argos venait de perdre six mille hommes, parmi lesquels se trouvait l'élite de la jeunesse. Elle paraissait incapable de se défendre. Dans ce moment suprême, Tél^silla rassemble les femmes les plus énergiques; elle fait passer

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